Des entreprises d’agroalimentaire dans un PAT ? Le tour de la question avec l’Association régionale des IAA

Vignette CR induscties agroalimentaires

Comment réconcilier les entreprises agroalimentaires et les territoires? Comment un projet alimentaire territorial peut participer à recréer du lien entre Très Petites Entreprises (TPE) et Petites et Moyennes Entreprises (PME) et consommateurs ? Voici des éléments d’explication avec l’Association régionale des industries agroalimentaires de Nouvelle-Aquitaine …

 

CR atlier sur les netreprises agroalimentairesCet atelier de co-développement a eu lieu au printemps 2019 lors des rencontres “Conduite d’un projet alimentaire territorial” du réseau des démarches alimentaires territoriales.

Retrouvez aussi la fiche pdf en ligne.

 

 

 

Témoins :  Marlène THOUMIEUX
Agence régionale des industries agroalimentaires de Nouvelle-Aquitaine (ARIANA) – Chargée de mission, site de Limoges.

ConsultantsUne dizaine de participants d’horizons divers
Territoires et collectivités, services de l’État, Bordeaux Science Agro, organismes et réseaux d’accompagnement, entreprises…

 

Contexte

Avec la montée en puissance des projets territoriaux autour de l’agriculture et de l’alimentation, les Industries Agroalimentaires (IAA), (TPE/PME, incluant les coopératives, les entreprises aussi bien productrices, transformatrices, distributrices) ressentent un déficit d’image (trop grosses, trop de volume, logique industrielle éloignant du territoire,…). Il s’agit donc de trouver comment réconcilier les entreprises avec leur territoire (produire, transformer, distribuer en lien avec le territoire). Comment faire du territoire un facteur clé de succès pour les IAA ?

Bien qu’entreprises territorialisées par nature, les coopératives ressentent aussi ce déficit d’image, et cherchent aujourd’hui à se rapprocher des dynamiques territoriales. Il faut bien les intégrer à la ré flexion. La liaison au territoire est interrogée par plusieurs : s’agit-il de s’approvisionner, de commercialiser en local ? S’agit-il d’utiliser l’ancrage territorial comme vecteur de performance ? S’agit-il de reproduire la logique des signes de qualité revendiquant une origine, et de ne pas se préoccuper spécialement de l’écoulement en local ? N’y a-t-il pas parfois antagonisme entre IAA et logique de territoire, ou tout du moins pas de liaison nécessaire ?

Des idées sont plus affirmatives : Il  faudrait préciser les circuits qui sont visés, la restauration collective semble un circuit propice à l’intégration des IAA. Il faut permettre aux IAA de maintenir leur « business », si le territoire le permet, les IAA seront présentes.

 

 

Solutions et idées issues des échanges et témoignages

 

Le groupe a échangé sur de nombreux points autour de la question, illustrant notamment la diversité des situations qui existent, du côté des IAA comme du côté des territoires. Une réponse « générique » est donc difficile, mais des lignes directrices communes se sont cependant dégagées :

Un plan d’action en 3 étapes est donc suggéré :

 

1 – Identifier les acteurs

 

  • Il y a aujourd’hui une assez grande méconnaissance des acteurs d’un territoire (surtout que ce territoire « local » va de la commune à la Région), et des projets reliant agriculture et alimentation sur ce territoire. Commencer par les porteurs de projet est plus simple, mais il faut dépasser ce niveau. Par acteurs, il faut comprendre les entreprises mais aussi les projets sur les territoires. Implicitement (non exprimé ouvertement), il semble que ce travail puisse être mené par territoire de projet…

 

2 – Faire se connaître les acteurs, diagnostiquer la faisabilité de projets intégratifs pour les IAA

 

  • Devant le constat de l’hétérogénéité des situations, il faudra sans doute segmenter les configurations. Pour rapprocher les IAA de leur territoire, il faut bien sûr mieux connaitre les objectifs des IAA vis-à-vis des territoires, et les objectifs des projets sur les territoires.
  • Une fois trouvé quel va être le « + » du territoire pour les IAA, il faudra le confronter aux objectifs des projets, pour trouver une cohérence, une concordance, et cela permettra de différencier plusieurs « types ». Donc il faut rendre explicite pour les IAA la place du territoire dans leur stratégie (origine des approvisionnements, des produits, ancrage de l’activité, lieu d’écoulement, …), et rendre explicite pour les projets sur les territoires la place des IAA.

Des illustrations pour mieux comprendre

  • L’écoulement local n’est pas forcément recherché par les IAA parce que l’insertion dans une logique territoriale qui amènerait de la notoriété géographique permettrait un écoulement hors du territoire, alors qu’une notoriété « modeste » quant à l’origine conduirait davantage à s’insérer dans des projets où la diffusion se fera localement.
  • Par exemple, un territoire sans notoriété particulière mais avec des besoins d’ancrage des activités agricoles pour préserver une ressource locale (l’eau) a tout intérêt à trouver des IAA capables de rendre durable l’agriculture du territoire, sans obligatoirement générer un circuit local. Alors qu’une collectivité locale soucieuse d’approvisionner localement en restauration collective ses cantines pourra rechercher les IAA qui sont susceptibles de répondre à sa volonté de circuit local.

 

  • Des rencontres, des échanges, un diagnostic sont donc nécessaires dans chaque situation pour voir comment permettre une cohérence des objectifs entre IAA et projets d’agriculture et/ou d’alimentation sur les territoires. Certains pensent que la mauvaise image des IAA vient davantage d’une incompréhension que d’intérêts divergents entre les logiques, et qu’une meilleure communication peut faciliter la convergence. Pour les coopératives, c’est notamment le lien transformateur/consommateur qui fait défaut, le lien producteur/transformateur étant lui évident. Dans tous les cas, ces étapes de mutualisation et de diagnostic semblent incontournables. La caractérisation des points forts et des points faibles entre les IAA et les projets territoriaux en fait partie.

 

3 – Proposer un plan d’actions

 

La mise en évidence des actions à mettre en œuvre, une fois le diagnostic établi, permet de voir la place que peuvent occuper les IAA dans les projets, et à quel moment elles doivent s’impliquer. Il faut proposer des actions de type « gagnant-gagnant » entre les territoires et les IAA. Si pour certains il est utile d’associer les IAA dès le début d’un projet, pour d’autres la question est davantage de savoir à quel moment opportun il faut les inclure, car trop tôt ce n’est pas mieux parfois.

Ces actions doivent être concrètes, et répondre aux objectifs poursuivis sur les territoires. Les collectivités organisées autour d’un PAT disent ainsi proposer aux IAA de s’inscrire dans une des orientations du PAT. Sinon, il faut pouvoir, pour les actions retenues, identifier les freins à leur réalisation, mais aussi les avantages attendus.

Un point supplémentaire a été rajouté : cette évolution des IAA vers le rapprochement des questions territoriales demandera sans doute un accompagnement des IAA, et de la formation pour changer de pratiques ou de logiques d’action pour certaines d’entre elles.

L’ensemble des participants a trouvé l’exercice enrichissant et utile, car il a permis de bien percevoir le point de vue des différents acteurs, de mieux comprendre les logiques, tout en contribuant à fournir une réponse collective à la question.

Synthèse par Bernard DEL’HOMME, Bordeaux Sciences Agro

 

Ce que la commanditaire a retenu

Des éléments à garder en tête…

  • Proposition de méthodologie en alliant le collectif et l’individuel :

1) diagnostic : identifier les différents interlocuteurs de la problématique

2) provoquer la rencontre de ces interlocuteurs

3) valoriser les initiatives, co-construire => (!) à trouver le juste moment pour solliciter les acteurs économiques de façon très opérationnelle.

  • Perception des grandes coop et industries qui ne sont plus à échelle humaine. Fracture avec le territoire possible. Coopérative statut particuliers : « L’esprit coopératif semble être un peu parti ». Il faut une renaissance des coopératives créée par les producteurs pour les producteurs (Grand Poitiers : a rencontré coop de France pour savoir si les coop pourraient porter des actions).
  • Ne pas oublier aussi que TPE et PME = business. Il faut des sollicitations très concrètes
  • Sujets sensibles et des visions différentes s’affrontent. « Nous sommes à un point de rupture de l’agriculture ». L’alimentation est une question de société, pas que de l’agriculture.

 

… vis à vis des PAT

  • Une entreprise c’est un projet individuel, un PAT c’est collectif : quelle convergence des intérêts indiv et collectif : c’est certainement autre chose que l’économique …
  • Porteur de Projet Alimentaire de Territoire confronté à 2 modèles qui s’affrontent : faut-il privilégier des circuits très courts en « évitant » les IAA ? ou circuit plus long en « intégrant » les IAA comme acteur de la transformation ? Vraie réflexion qui fait souvent débat !
  • Dimension environnementale, voir les PAT comme une vraie opportunité de lien environnement – économie. L’agriculteur fournit un service « environnemental ». Ne pas opposer économie et environnement, démarche gagnant/gagnant, bienveillance.
  • Constat : difficulté des acteurs locaux à rentrer en contact avec les IAA. Exemple concret présent autour de la table : Syndicat des eaux de Charente-Maritime : territoire pilote sur Arnou, Saintes et Rochefort = recherche d’IAA pour valoriser les productions agricoles du territoire = résultat aucun contact. Comment contacter les IAA ? les mobiliser ? Pas de portes d’entrée. L’ARIA pourrait en être un relais.
  • Davantage creuser la question du pourquoi les IAA ont intérêt à se rapprocher des territoires ? Argumentaire à creuser.

 

Des idées d’action pour des entreprises d’agroalimentaire dans un PAT

  • Nécessité de faire visiter au public la production agricole alimentaire puis des sites de transformation : pédagogie de filière. Effort à faire de communication et de rééducation des citoyens, notamment auprès des jeunes.
  • Bourse régionale : entreprises, producteur, coopérative : proposition émanant d’OCEALIA (Simon Ferrari) retour d’expérience réussi à Lapalisse.
  • Un autre regard sur les IAA : les IAA permettent aux agriculteurs qui font de la vente directe de trouver d’autres débouchés, sur des circuits de distribution qu’ils ne sont pas en mesure de toucher. Mettre en avant cette force, de structuration et de complémentarité, entre producteurs et transformateurs.
  • Besoin de transparence vis-à-vis du client local : mieux communiquer sur le prix/qualité pour la valorisation des produits. Attention, local ne veut pas dire qualitatif. Prévoir une étude de marché pour connaître les attentes des consommateurs locaux et identifier les freins à l’achat de produits locaux.
  • Intégrer dans les démarches de RSE des IAA l’approvisionnement en matières premières locales. Motivation des IAA pour justifier un appro local : diversification de l’origine des matières premières (comme le besoin de diversification de marchés).
  • Mission de représentation des administrateurs de l’ARIA auprès des territoires ++ D’autant plus que le CA de l’ARIA est composé d’au moins un représentant par département
  • Les réseaux sociaux un moyen de fédérer les entreprises. Favoriser les échanges interentreprises, partage d’expérience entre pairs à favoriser.
  • Sensibiliser les structures et organismes de formation sur ces besoins d’échanges.
  • ARIA et Coop de France peuvent être le relais des Projets alimentaires de territoire.

 

 

Retrouvez les autres comptes rendus d’ateliers de la rencontre Conduite d’un projet alimentaire territorial” sur la page dédiée.

Consultez aussi toutes nos ressources méthodologiques sur les projets et démarches alimentaires territoriaux.

 

 

 

 

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