La Cité de l’emploi de La Rochelle, un nouveau modèle de coopération entre acteurs

Dans le quartier de Villeneuve-les-Salines à La Rochelle, les acteurs de l’emploi se fédèrent pour accompagner les publics les plus éloignés du marché du travail : les femmes, les seniors et les jeunes. Une méthode renouvelée qui s’appuie sur un accompagnement global des personnes et une coopération étroite entre professionnels de l’emploi et de l’insertion.

 

 

@Lucie Gougeon / Régie de quartiers Diagonales

 

Une difficile mobilisation des personnes éloignées de l’emploi

 

Villeneuve-les-Salines est un quartier prioritaire de la Politique de la ville (QPV). Il est situé dans la commune de La Rochelle. Les revenus par habitant du quartier sont les plus faibles de la Communauté d’agglomération de La Rochelle. En effet, la présence de nombreux demandeurs d’emplois peu diplômés et la forte proportion de bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (RSA) ainsi que de familles monoparentales témoignent des difficultés présentes sur le territoire.

Par ailleurs, les acteurs de l’emploi observent une mobilisation particulièrement difficile des jeunes dits “invisibles”, c’est-à-dire les jeunes “sortis des radars” des institutions publiques et des services publics de l’emploi. Ils constatent également une fréquentation des lieux associatifs et d’accompagnement des femmes en baisse.

 

 

La volonté d’une coordination des dispositifs existants initiée par l’Etat

 

Face à ce constat, le Préfet de Charente Maritime mandate la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi (DIRECCTE) pour répondre à l’appel à projets Cité de l’emploi lancé par l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT) en février 2020. Les acteurs du territoire (la ville de La Rochelle, la Communauté d’agglomération, le Conseil Départemental) et les acteurs pour l’emploi (le service public de l’emploi, le PLIE, la mission locale et la régie de quartiers “Diagonales”) ont donc travaillé conjointement afin de construire le projet du quartier de Villeneuve-les-Salines.

 

Trois publics cibles

 

Le quartier de Villeneuve-les-Salines compte plus de 5 600 habitants dont 37% de jeunes de moins de 25 ans et 53% de femmes. En ce sens, l’expérimentation Cité de l’emploi s’adresse à trois cohortes : les séniors, les femmes et les jeunes.

 

 

Une coopération de multiples acteurs permettant un accompagnement des personnes complet et personnalisé

 

Lors du lancement de l’expérimentation Cité de l’emploi, les acteurs ont annoncé leur souhait de ne pas créer une structure supplémentaire. L’objectif était en effet de profiter de l’existence de nombreux dispositifs pour les articuler et les coordonner autour d’une mise en réseau commune. Cette mobilisation des acteurs de l’emploi et du social permet de répondre aux besoins non-couverts par le droit commun. Cela permet ainsi de favoriser une approche plus globale et un accompagnement “sur mesure” des publics vulnérables. Pour cela, le projet s’appuie sur trois piliers :

 

La distinction du public suivi en trois cohortes différentes (jeunes, séniors et femmes) :

Ceci permet d’initier des actions nouvelles d’accompagnement, par exemple sur des problématiques de garde d’enfants. Ainsi, chaque type de cohorte est suivi par l’acteur le plus adapté en termes de compétences.

 

La mise en place d’un groupe opérationnel “Objectif Réussite Emploi Formation à Villeneuve-les-Salines” :

Il regroupe l’ensemble des techniciens de l’insertion socio-professionnelle du territoire. Ce groupe permet de structurer sur le long terme le réseau d’acteurs. Le travail en interdisciplinarité assure une meilleure connaissance de l’offre de services des différents acteurs du territoire (PLIE, mission locale, centre social, CCAS…). Les professionnels vont ainsi chercher une solution à chaque cas particulier en mobilisant directement les différents services existants.

 

La création d’un fonds d’urgence dédié à l’emploi :

Il intervient en complément des moyens existants de droit commun. Il finance ainsi des actions nécessaires à l’entrée sur le marché du travail et enlève certains freins à l’emploi.

 

 

Le dialogue et la proximité, essentiels pour la réussite du projet

 

> Des modalités d’accompagnement différentes en fonction des publics

Le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) assure l’accompagnement du public “jeunes” âgé de 16 à 25 ans, dans la continuité du Programme de réussite éducative qu’il porte depuis 2005.

 

Un suivi qui s’organise en trois temps pour le CCAS

  • La mission “Réussite solidaire”, expérimentée en 2019 sur le QPV Villeneuve-les-Salines :

Elle consiste à établir un premier contact avec les jeunes en difficultés. Le référent de cette mission échange ainsi avec les jeunes et les remobilise à l’aide de leviers correspondant à leur centre d’intérêt, comme le sport ou la culture. Il cherche ensuite à définir un “parcours de vie” selon une approche globale incluant toutes les dimensions (santé, logement, garde d’enfants…). Dès lors que les freins à leur insertion sociale sont levés, le référent oriente systématiquement les jeunes non inscrits vers la mission locale.

 

  • La mission locale

Elle réalise un diagnostic précis de la situation professionnelle de chacun et leur soumet plusieurs propositions de parcours. Les jeunes ont alors la possibilité de choisir un accompagnement individuel renforcé en intégrant la Cité de l’emploi. Si une personne opte pour un dispositif proposé par la mission locale, telle que Garantie jeunes par exemple, il ne pourra pas intégrer la Cité de l’emploi.

 

  • Le volet Cité de l’emploi au CCAS

Lorsque le jeune intègre le dispositif, la correspondante de la Cité de l’emploi prend le relais en approfondissant voire en établissant le projet professionnel avec les jeunes. En effet, elle travaille sur la production de leur CV. De plus, elle leur propose de candidater pour des stages en immersion, des formations ou encore des emplois. Sa fiche de poste lui permet d’aller à la rencontre des professionnels (prise de contact spontanée, porte à porte, etc) afin de présenter elle même les jeunes. Elle effectue également un suivi post-recrutement, en rendant visite aux jeunes sur leur lieu de stage. Elle entretient une relation de confiance à long terme en s’adaptant à leurs moyens de communication. Par la suite, ces derniers restent encadrés par la Cité de l’emploi jusqu’à ce qu’ils obtiennent une expérience professionnelle d’une durée minimale de six mois.

 

Un accompagnement global du côté de Diagonales

Le référent jeune du CCAS décide d’intégrer les jeunes dans la Cité de l’emploi lorsqu’il estime que la personne est prête à l’emploi, c’est à dire lorsque les freins périphériques à l’emploi sont levés.  De son côté, la régie de quartier Diagonales quant à elle prend en charge des femmes et des seniors présentant de multiples problématiques. Ces difficultés les empêchent d’intégrer d’autres programmes d’accompagnement. Les femmes et les seniors ont des difficultés en matière de garde d’enfants ou petits-enfants, de démarches administratives et d’accès aux droits. La référente de Diagonales intervient donc sur des parcours particulièrement longs pour agir sur l’ensemble des difficultés identifiées. Elle dispose d’une souplesse dans les modalités d’accompagnement lui permettant de s’adapter aux besoins et préférences des bénéficiaires : lieux des rdv, accompagnement lors des rencontres avec les entreprises, etc.

 

“ En plus du maillage partenarial, la Cité de l’emploi est aussi novatrice dans la manière dont elle se met en oeuvre. (…) Il m’est également possible de me déplacer pour rencontrer physiquement partenaires, entreprises et toutes personnes utiles pour solutionner les problématiques rencontrées.”
Christelle KERLEAU, référente de parcours Cité de l’emploi Diagonales

 

> Une intervention en proximité dans le quartier

 

Pour capter les publics éloignés de l’emploi, Diagonales assure une proximité auprès des habitants grâce à deux moyens :

 

  • Le point emploi DEFI (Diagonales Emploi Formation Insertion) situé dans le quartier agit comme un lieu d’accueil ouvert à tous. Il apporte des informations relatives à l’emploi, à la formation et à la validation des acquis de l’expérience. Il oriente également les personnes concernées vers la Cité de l’emploi.

 

  • Des permanences réalisées tous les mercredis matins sur le marché par la référente de parcours Cité de l’emploi Diagonales et une médiatrice emploi, au sein d’un local situé dans la mairie annexe du quartier. La médiatrice emploi dispose d’un contrat adulte relais financé par l’Etat. Ses missions sont réparties sur les quartiers prioritaires d’intervention de Diagonales avec comme objectif d’”aller vers” les habitants et de les informer sur les services de l’emploi.

Le CCAS assure également une présence à proximité des habitants du quartier. Le référent de la mission réussite solidaire part à la rencontre des jeunes dans la rue pour les aborder, repérer les personnes en difficulté et instaurer une relation de confiance avec eux. La référente Cité de l’emploi, quant à elle, accueille tous les jours les jeunes en flux et en accompagnement avec ou sans rendez-vous dans un local de la maire annexe situé à côté du marché.

 

 

> Un groupe opérationnel et des échanges informels

 

Pour optimiser la coopération entre acteurs ainsi que le suivi et l’accompagnement des bénéficiaires, le groupe opérationnel “Objectif réussite emploi formation” se réunit toutes les six semaines au cours du comité organisationnel. Il permet de faire un bilan de la situation de chacun, d’évoquer les problématiques rencontrées et de chercher des solutions collectivement. De plus, les différents partenaires prévoient des moments d’échanges techniques directement entre eux.

Ce maillage partenarial permet :

  • à chaque acteur de prescrire les personnes concernées vers la Cité de l’emploi. Par exemple, la référente du CCAS, chargée de l’accompagnement éducatif auprès des familles rapproche les familles monoparentales de la référente Cité de l’emploi Diagonales. Ceci facilite la mise en confiance des personnes suivies.
  • aux référents de cette expérimentation de solliciter rapidement les partenaires compétents pour chaque problématique. Ainsi tout au long du parcours, la référente Diagonales sollicite Pôle emploi en fonction de la demande et de l’avancée du participant.

 

Pour suivre l’évolution de l’expérimentation, des points hebdomadaires sont organisés entre les services de l’Etat, Diagonales et le CCAS. Un comité d’engagement est organisé dès que nécessaire pour valider les projets du fonds de soutien à l’emploi. Enfin, des comités de pilotage ont également eu lieu au lancement du projet en juillet et en septembre 2020, ainsi qu’à mi-parcours en janvier 2021.

Afin de réaliser ce projet, un financement de l’Etat de 100 000 € a été débloqué. Cette somme a permis le recrutement de deux personnes à temps plein :

 

  1. une correspondante Cité de l’emploi au CCAS,
  2. une conseillère en insertion professionnelle et formatrice à la Régie de quartier Diagonales. Enfin une partie du budget est consacrée à alimenter le fonds d’urgence dédié à l’emploi.

 

 

Des résultats contrastés suivant les publics mais prometteurs

 

Les travaux ont débuté au mois d’octobre 2020 pour une expérimentation d’une durée d’un an. Au mois d’avril 2021, on compte 44 bénéficiaires de cette expérimentation :

  • dix-neuf jeunes,
  • quinze femmes âgées de 27 à 49 ans,
  • dix seniors entre 50 à 60 ans.

 

Malgré la crise sanitaire, qui a provoqué l’annulation d’un BAFA et de trois stages, les résultats à mi-parcours de la cohorte jeunes sont encourageants :

  • certains sont entrés en formation,
  • sept sont engagés dans une démarche active de recherche d’emplois,
  • certains ont effectué des stages ou immersions,
  • trois ont débuté un service civique,
  • certains occupent des postes durant les pauses méridiennes et péri-scolaires,
  • un jeune a même décroché un CDI.

 

La correspondante Cité de l’emploi du CCAS a notamment permis à un jeune, qui essuyait de nombreux refus dans sa recherche d’alternance pour son BTS immobilier, d’obtenir deux avis favorables lorsqu’il l’a accompagné.

 

Pour les séniors et les femmes, outre la remobilisation sociale, les résultats sont prometteurs sur la dimension professionnelle :

  • 3 personnes ont des missions intérimaires
  • 2 entrent en formation certifiante
  • 1 est en recherche de contrat professionnalisant en alternance
  • 1 est embauchée en CDDI (contrat à durée déterminée d’insertion)
  • 2 est embauchée en CDI

 

L’expérimentation se termine en octobre 2021, mais le territoire exprime le souhait de prolonger l’expérience.

 

 

Les enseignements de la Cité de l’emploi

 

On peut dégager les éléments suivants :

  • Le fonctionnement de la Cité de l’emploi offre aux conseillers le temps nécessaire à un accompagnement très complet et qualitatif. En effet, cette expérimentation prévoit un temps consacré aux demandes et aux besoins particuliers du public suivi. Ces nouvelles modalités d’accompagnement favorisent souplesse et proximité auprès des bénéficiaires. Ces nouveaux modes de faire viennent conforter l’accompagnement global des personnes intégrant les dimensions sociale et professionnelle.

 

  • Cette expérimentation apporte une meilleure connaissance des situations personnelles des habitants éloignés de l’emploi. Elle révèle l’absence de dossier d’adulte handicapé pour certaines personnes concernées, ou encore des problèmes divers et variés d’addiction, d’isolement, de phobie administrative… et offre la possibilité de les traiter. Elle permet également de répondre à une demande jusqu’alors non-couverte, en termes de gardes d’enfants ponctuels, grâce à la mobilisation du fonds pour l’emploi.

 

  • La Cité de l’emploi fédère l’ensemble des partenaires et impose des temps dédiés à l’échange et à la coopération. Ce travail en réseau rapproche les acteurs, facilite le partage d’informations et d’expériences et donc offre des gains de temps pour le professionnels et les demandeurs d’emploi.

 

  • Elle génère également un re-questionnement du fonctionnement de base des acteurs et favorise un nouveau modèle d’organisation en faveur de l’emploi.

 

  • Les acteurs du dispositif entretiennent des liens individuels avec les entreprises du territoire, mais ces dernières ne participent pas encore directement au projet. L’enjeu à venir est d’impliquer davantage le monde économique dans la Cité de l’emploi pour faciliter l’insertion professionnelle des publics.

 

 

 

Vous souhaitez en savoir plus ?

 

Contacts Cité de l’emploi :

 

Direction Départementale de l’Emploi du Travail et des Solidarités (DDETS)
Elisa Baillon, Cheffe du pôle insertion emploi logement
Tél : 05 46 50 86 25
Mail : elisa.baillon@charente-maritime.gouv.fr

 

CCAS de La Rochelle
Mohamed Azouagh, Responsable du service Parcours et initiative Jeunes
Tél : 05 46 30 53 00
Mail : mohamed.azouagh@ccas-larochelle.fr

 

Régie de quartiers Diagonales
Catherine Braguier, Coordinatrice DEFI

Tél : 05 46 52 32 00

Mail : cbraguier.diagonales@orange.fr

 

Contact PQN-A :

Mail : contact@pqn-a.fr

 

Retrouvez nos autres fiches d’expérience

Ici

Partager