La Cité de l’emploi de Belfort : fédérer les acteurs locaux pour développer une ingénierie commune

Depuis début 2020, les acteurs du territoire de Belfort sont engagés dans une démarche collaborative pour trouver des solutions pour les personnes très éloignées de l’emploi. Partenariats, confiance entre acteurs, mobilisation des dispositifs existants, parcours personnalisés etc. tels sont les ingrédients de la recette expérimentée. Retour sur la méthodologie employée à Belfort.

 

 

Répondre à une situation toujours préoccupante d’exclusion du marché du travail dans les QPV

La démarche entreprise sur le territoire de Belfort vise à répondre à plusieurs problématiques :

  • un taux d’emploi près de deux fois plus important dans le reste de l’aire métropolitaine que dans les QPV avec un sentiment de défiance envers les institutions et les services publics de l’emploi ;
  • une offre en dispositifs d’insertion et d’accès à l’emploi peu lisible pour le public ;
  • un cloisonnement des dispositifs ;
  • des demandeurs d’emploi sortis des radars des services publics de l’emploi ;
  • une réponse pour parer aux effets de la crise sanitaire et ses impacts économiques, notamment sur l’emploi des jeunes et des plus vulnérables.

 

Devant ces constats, la Cité de l’emploi de Belfort cherche ainsi à :

  • décloisonner des méthodes de prise en charge ;
  • créer des liens entre acteurs aux fonctionnements distincts ;
  • intégrer de nouveaux acteurs autour de la table (clubs sportifs, associations de quartier, habitants) ;
  • lever les effets de concurrence entre les dispositifs de droit commun ;
  • générer les bases de coopération nouvelle.

 

 

Mettre en cohérence les politiques publiques de l’emploi

La démarche de la Cité de l’emploi de Belfort réunit les professionnels de différents horizons (institutions et acteurs de terrain) pour étudier collectivement les situations individuelles et apporter les meilleures solutions.
En croisant le regard de tous ces professionnels, ce “mode de faire” rapproche les institutions les unes des autres. Il décloisonne également les logiques d’intervention et réduit la concurrence entre acteurs et dispositifs.

 

 

Une démarche collaborative impulsée par l’Etat

La Cité de l’emploi n’a pas de structuration juridique. La démarche a été impulsée à Belfort par le Préfet. Elle repose sur la collaboration des acteurs. C’est un projet qui ne surcharge pas mais qui vient lier les différents dispositifs. Ce n’est pas un dispositif de plus !

 

…et inspirée des cafés CV

En 2015, le territoire de Belfort était confronté à des difficultés de recrutement dans l’industrie automobile notamment. Le délégué du préfet avait alors initié le café CV. Il s’agit d’un lieu de rencontres permettant à un tiers (associations, travailleurs sociaux, etc) de présenter des profils de personnes en recherche d’emploi à des recruteurs. Cette instance informelle et agile a eu des résultats très positifs en matière d’accès à l’emploi et de retour en formation. On estime en effet à 600 le nombre de personnes, insérées grâce à ces cafés CV en quatre années.

 

 

Une mutualisation de l’ingénierie et de l’offre d’accompagnement

 

Quelques principes forts

  • La démarche se veut collaborative. “Il n’y a pas de leadership”!
  • Une grande liberté est accordée aux acteurs pour s’organiser.
  • Une délégation est donnée aux acteurs compétents pour “faire”.
  • Les partenaires du contrat de ville sont largement associés dans les groupes de travail.

 

Des groupes de travail par publics prioritaires

Trois groupes de travail ont été constitués en fonction des publics cibles. Pour chacun d’entre eux, des partenaires co-pilotent l’action et des référents de parcours accompagnent les personnes.

  • “Jeunes décrocheurs” piloté par la Mission locale et Unis-cités
  • “Familles monoparentales” piloté par le Conseil départemental, le PLIE et le CIDF
  • “Diplômés” piloté par Pôle emploi, la Maison de l’Information sur la Formation et l’Emploi et le CREPI

 

Pour chaque groupe :

  • Le Comité d’orientation étudie les situations individuelles, réalise un diagnostic partagé et propose des orientations des publics plus fines vers les dispositifs existants “faire dans la dentelle”.
  • Le Comité de suivi restreint (composé des copilotes et des référents de parcours) suit également l’avancement global de la cohorte.

 

Le Comité de pilotage est l’instance plénière réunissant l’ensemble des partenaires. Il dresse des éléments de bilan de la cité de l’emploi chaque trimestre et permettre un échange d’information sur les nouveaux dispositifs.

 

Les réponses par le droit commun sont la priorité. Cependant des actions complémentaires sont également proposées suivant les besoins. Par exemple, pour les “très décrocheurs”, citons des sessions collectives en service civique, des remobilisations ou des accompagnements renforcés, type Initiatives pour l’Emploi des Jeunes (IEJ) !

 

“Pour certaines personnes en difficulté, les dispositifs de droit commun ne suffisent pas toujours, nous cherchons alors à répondre aux besoins en développant de nouvelles ingénieries” – Olivia AMOS, Coordinatrice de la Cité de l’emploi

 

Des actions transversales aux trois groupes sont mises en place.

  • Des partages d’expériences entre les trois groupes
  • Des sorties sportives et culturelles à visée pédagogique entre les trois groupes de bénéficiaires. Par exemple : atelier d’initiation à la boxe ou sur la confiance en soi, randonnées pédestres

 

Une implication des acteurs de terrain et des partenaires “satellites” pour toucher les invisibles

Des partenaires institutionnels et porteurs de projet du contrat de ville constituent chaque groupe : clubs sportifs, centres sociaux, maisons de quartiers, associations culturelles, etc. Ces opérateurs de proximité interviennent ici en complément des Services Publics de l’Emploi (SPE) pour identifier et mobiliser les publics cibles. “Tout le monde peut être prescripteur même les habitants”. Chaque groupe de travail compte à minima un habitant, résidant de différents quartiers prioritaires de Belfort. Ceux-ci tiennent un rôle important dans le déploiement du projet en émettant suggestions, points de vigilance et en assurant un lien avec les habitants du quartier.

 

“Un club de boxe a plus de choses à dire qu’un conseiller de pôle emploi”
Raphaël THIERRY – Délégué du Préfet

 

La démarche associe les entreprises du territoire via un travail d’animation du réseau d’entreprises locales, de mise en lien entre salariés et demandeurs d’emploi (parrainage) assuré par l’animateur.

 

Des moyens humains dédiés pour animer la Cité de l’emploi

2 recrutements sont effectifs pour animer la Cité de l’emploi :

 

  • un poste de coordination (effectué en septembre 2020)
  • un poste d’animateur des réseaux d’entreprises (recrutement en janvier 2021) dont la mission est de démarcher les entreprises et susciter leur adhésion au projet.

 

La Cité de l’emploi est une démarche initiée au niveau national et bénéficie à ce titre de financements de l’Etat. Il s’agit d’une enveloppe de 100 000€ pour l’année 2020 et renouvelable deux fois. Cette subvention finance les deux postes et des actions spécifiques (notamment pour les décrocheurs). En décembre 2020, le territoire national recense 20 Cités de l’emploi !

 

 

Les jeunes et les parents seuls particulièrement ciblés

L’action vise les personnes les plus éloignées de l’emploi avec 3 public cibles.

  • Les jeunes décrocheurs (16-25 ans) ni en emploi ni en formation, sans qualification
  • Les personnes en situation de monoparentalité
  • Les jeunes diplômés (18-30 ans)

 

Les partenaires se sont fixés l’objectif d’accompagner une cohorte de 60 à 70 personnes par an.

Au sein de l’agglomération belfortaine, cette action vise tout particulièrement les cinq quartiers prioritaires de la Politique de la ville qui représentent 17 000 habitants.

 

Le respect et la confiance pour susciter l’adhésion de chacun

Au départ : une vraie difficulté ! Certains partenaires étaient réticents. Ils ne voyaient pas en effet l‘intérêt du projet et se sentaient concurrencés ou remis en cause.

 

“Au démarrage, les partenaires n’ont pas tous été enthousiasmés par le projet”
Raphaël THIERRY – Délégué du préfet

 

S’il est encore trop tôt pour dresser un bilan de cette action qui entre dans sa phase opérationnelle à l’automne 2020, des conditions nécessaires au succès ont déjà été identifiées :

  • Respecter les partenaires en leur accordant une réelle liberté dans le dispositif. “L’acceptation du projet est arrivée par ce principe qui est générateur de confiance” Raphaël THIERRY – Délégué du Préfet
  • Mobiliser les partenaires en amont de la démarche et pas pendant
  • Susciter l’adhésion et l’engagement des partenaires (disponibilité, moyens humains)
  • Discuter collectivement d’une situation personnelle. Ce regard multi acteurs valide le diagnostic et renforce la prescription
  • Proposer un accompagnement individualisé conjugué à des actions collectives
  • Accompagner les personnes le temps nécessaire, sur le long terme si besoin
  • Trouver les acteurs pertinent pour identifier les plus éloignés de l’emploi
  • Bénéficier d‘un portage politique, celui du Préfet en l’occurrence

 

En raison du double confinement de 2020, le démarrage opérationnel sera effectif en janvier 2021.

 

décembre 2020

Vous souhaitez en savoir plus?

 

Contact Cité de l’emploi:

Olivia AMOS, Coordinatrice de la Cité de l’emploi du territoire de Belfort
tél : 03 84 57 15 35
E-mail : olivia.amos@territoire-de-belfort.gouv.fr

Raphaël THIERRY Délégué du préfet dans les quartiers de Belfort
tél : 06 70 53 46 45
E-mail : raphael.thierry@territoire-de-belfort.gouv.fr

 

Contact PQN-A:

E-mail : contact@pqn-a.fr

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