Le PAT de Limoges Métropole : une approche structurante en faveur du développement économique et durable

Dès 2017, Limoges Métropole a axé son PAT sur la création d’une ceinture maraîchère : une approche structurante en faveur du développement économique. La volonté première est de préserver le cadre de vie de ses administrés, sur fond de développement économique.

 

En 2011, dans le cadre de l’Agenda 21, Limoges Métropole a cherché à développer une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Les élus ont affiché leur volonté d’assurer une alimentation saine et locale pour leurs administrés. Le maraîchage a été identifié comme un secteur agricole prioritaire dû à un taux de renouvellement faible. Les élus se sont donc fixé comme objectif de réussir à étoffer la production maraîchère. Pour amener un contexte favorable à ce changement sur un territoire principalement porté sur l’élevage, la stratégie s’est portée sur la structuration de la filière : avec une aide à l’installation et à la création de débouchés notamment via la restauration collective. Pour cela, la collectivité s’est appuyée sur la création d’un PAT voté en 2017 qui a permis d’avoir une vision transversale et systémique de la démarche.

 

Plus d’informations sur ce projet alimentaire et son contexte initial, consultez les documents de l’Essaimeur en ligne et de Bio Nouvelle-Aquitaine en téléchargement.

 

Le PAT permet donc de répondre aux nombreux enjeux locaux avec un vrai souci de réussir à créer un esprit intercommunal à travers ce projet. Pour le bon fonctionnement de certains outils, ils peuvent également s’appuyer sur des partenariats forts. Une nouvelle version du PAT a été votée en Novembre 2019, et une réécriture technique est en cours, avec une rencontre de l’ensemble des acteurs impliqués en Juin 2020.

 

 

Concertation sous la serre de l'espace test de Limoges Métropole

 

 

Des enjeux forts du territoire dont les élus se sont saisis

Répondre aux enjeux de renouvellement agricole au sein du PAT de Limoges Métropole

 

Un constat difficile de disparition des actifs agricole a été posé suite à l’étude de l’étude la Chambre d’Agriculture en 2014 : près de 50% des maraîchers allaient cesser leurs activités d’ici une dizaine d’année et une difficulté à la reprise a été identifiée. Dû à la faible part du maraîchage sur le territoire, les élus ont choisi de prioriser leurs actions autour de cette activité dès 2014. En effet, seulement 10 % de la production  maraîchère est consommée au local.

Pour augmenter cette part, il fallait favoriser l’installation de  nouveaux agriculteurs. Leur choix s’est donc porté sur la formation des porteurs de projet et la préservation du foncier agricole. Un espace test agricole a alors vu le jour en coopération avec le lycée agricole des Vaseix en périphérie de Limoges. Concernant le foncier, c’est sur le Plan Local d’Urbanisme (PLU) que les collectivités vont travailler. En effet, faciliter la reprise plutôt que l’agrandissement ou l’urbanisation passe avant tout par un foncier agricole disponible pour ceux qui en ont besoin. L’intercommunalité a donc cherché à augmenter la part des espaces agricoles dans les PLU communaux.

 

Pour plus d’éléments sur la question du foncier, de l’installation et de la transmission en agriculture, consultez les ressources de PQN-A en ligne.

 

De plus, une véritable inquiétude concernant la fragilité économique des jeunes installés hors cadre familial a été exprimée. Ce sont souvent des jeunes agriculteurs développant du bio, et que le territoire souhaite aider à pérenniser. Pour cela, ils ont cherché à offrir de meilleurs débouchés économiques. Ils ont réalisé un diagnostic en 2016-2017 et des études pour  « mieux appréhender le territoire et les enjeux de filière », ce qui a donné lieu à l’écriture stratégique du PAT.

 

 

La santé publique avant tout : genèse d’un projet de ceinture maraîchère

La santé de leurs administrés a été un élément essentiel pour les élus dans leur choix de projet de ceinture maraîchère afin de pouvoir apporter une alimentation saine aux habitants.

Une de leurs préoccupations est la réduction des risques liés aux pesticides notamment chez les jeunes, d’où leur volonté affiché de se tourner vers la bio dans le cadre des investissements de la collectivité. Afin de se confirmer ce besoin, ils ont pu s’appuyer sur une enquête de « consommateurs », réalisée par une équipe de sociologues du laboratoire Géolab de l’université de Limoges en 2014, celle-ci démontre d’une demande forte des consommateurs en produits locaux et de qualités.

L’espace test est donc complètement en agriculture biologique et l’intercommunalité porte une volonté affichée d’augmenter la part du bio dans les cantines scolaires

En se tournant vers le bio suite à la demande sociétale, les élus ont affiché un choix politique fort. Ce choix a par la suite été très bien accueilli par les citoyens. En effet, un sondage dans le cadre de l’écriture du Plan Climat-Air-Énergie Territorial (PCAET) en 2020 montrait un réel accueil positif de la population au 100 % bio dans les espaces tests. De plus, l’ensemble des répondants avait connaissance de l’action de la collectivité autour de la ceinture maraîchère. La collectivité a su donc rendre visible son action.

 

Développer l’esprit intercommunal basé sur des partenariats forts

Une des difficultés de ce projet alimentaire de territoire est que la Métropole ne détient pas de compétence agricole. En effet, elle a donc fait le choix d’axer sa démarche autour du développement économique afin de maintenir l’approche transversale de la démarche.  Cependant, certaines actions sont compliquées à mettre en place sous le prisme du développement économique. C’est pourquoi l’intercommunalité se place souvent en facilitateur de la démarche. Elle cherche avant tout à faire émerger les projets sur le territoire en les accompagnant. Cela demande donc un réel travail de coordinations des actions au local et le développement d’un esprit intercommunal.

De plus, pour réussir à avancer dans des projets ambitieux, Limoges Métropole peut s’appuyer sur un comité de pilotage composé de différents acteurs (chambre d’agriculture, organismes d’aide à l’installation, Interbio, des partenaires universitaires,…), ce qui permet la création d’un vrai dialogue de territoire.

 

 

 

Un projet ambitieux et structurant qui a gagné sa légitimité par les résultats

Pour renforcer le maraîchage, le PAT s’appuie donc sur deux axes majeurs, favoriser l’installation et le  développement de débouchés économiques. C’est donc une approche filière de l’amont vers l’aval en faveur du développement d’un tissu économique agricole stable sur le territoire.

 

 

Des mini tunnels de maraîchage

 

 

Favoriser l’installation en maraîchage via un espace test

La collectivité a mis en place un espace test agricole. Ce projet répond à un besoin d’accompagnement à la formation de jeunes agriculteurs cherchant à s’installer souvent hors cadre familial en maraîchage .

L’espace test agricole répond au besoin d’accompagnement et de formation des porteurs de projet souvent installé hors cadre familial. Le projet s’est appuyé sur de nombreux partenariats forts.

La collectivité met à disposition des terrains et du matériel pendant 3 ans pour 3 agriculteurs (ou couples d’agriculteurs). Les porteurs de projets bénéficient d’un accompagnement technique, sur les questions de production maraîchère et de commercialisation via la chambre d’agriculture de Haute Vienne. Ils sont également soutenus par une couveuse d’entreprise : BGE Limousin, qui offre un soutien administratif, comptable, financier, un statut juridique. Ils ont enfin la possibilité grâce à l’ADEAR Limousin (Association de développement de l’emploi agricole et rural) de faire des rencontres techniques entre maraîchers afin de créer leur réseau local.

En contrepartie, au moins 20 % de leur production est commercialisée en restauration collective sur la métropole.  Pour le moment, les volumes produits étant relativement faibles, ils alimentent uniquement les cuisines pouvant passer par des marchés en gré à gré. Les porteurs de projets sont accompagnés pour répondre aux marchés publics, ce qui est assez exigeant et spécifique.

La collectivité travaille également avec le lycée agricole pour renforcer la formation en maraîchage biologique. Elle offre la possibilité de rencontrer des professionnels (semi-grossiste) pour se rendre compte des débouchés.

 

Préserver des terres agricoles pour favoriser l’installation en maraîchage

Face à la pression urbaine, la collectivité doit également renforcer la part de terres agricoles disponibles sur le territoire afin de favoriser l’installation des jeunes agriculteurs.

Pour cela, les collectivités s’appuient sur le PLU. Limoges Métropole ne possède pas de Plan Local d’urbanisme intercommunal. Le lancement de la démarche de PLUi devrait s’effectuer avec la nouvelle mandature. La sensibilisation des élus couplée à une réglementation nationale plus ferme en matière de préservation du foncier (Loi ALUR et Loi ELAN) a notamment permis :

-l’obtention d’espace de préservation du foncier agricole pour Limoges Métropole

-la sortie de certaines parcelles constructibles vers de l’usage agricole par certaines communes

 

Favoriser des débouchés pour les maraîchers, le choix de la restauration collective

La restauration collective a été identifiée comme un débouché intéressant pour favoriser le maraîchage bio sur le territoire. C’est en effet un levier direct sur lequel Limoges Métropole peut s’appuyer. Pour cette raison, il s’est imposé comme une évidence pour de nombreuses collectivités.

La première difficulté réside dans l’absence de cuisine centrale sur l’EPCI. L’ intercommunalité s’est donc placée dans un travail d’accompagnement des communes volontaires. Il s’agit de travailler main dans la main individuellement avec chaque commune. C’est un travail de longue haleine. Il a fallu premièrement une phase de diagnostic de l’état des cantines et des possibilités en matière de circuits-courts via des enquêtes auprès des collectivités impliquées réalisée par Limoges Métropole.

Ensuite ce fut l’occasion de faire une rencontre avec tous les élus de communes afin de présenter les conclusions de cette étude et les solutions envisagées. Pour convaincre les communes de s’engager, la stratégie s’est portée sur la mise en avant de solutions face à certains freins techniques. Le principal frein est celui du coût. L’objectif était de montrer le faible coût matière comparé au reste des coûts de service. La présentation a également démontré en quoi une maîtrise des coûts de service, permettait de renforcer l’approvisionnement en produits locaux sans augmenter le coût global et donc le prix du ticket.

 

 

Une formation pour la restauration collective

 

 

Des élus qui s’engagent petit à petit au sein de Limoges Métropole

Pour convaincre les élus, Elodie Blanchard en charge du PAT à Limoges Métropole, s’est attachée au cours de sa présentation du bilan de son diagnostic à démontrer comment la restauration collective peut être vue comme un levier économique pour une commune. Ce fut l’occasion notamment de mettre en avant quelles seraient les retombées économiques sur le territoire. Collectivement certaines inquiétudes ont été levées. Cette rencontre entre élus organisée dans le cadre du PAT a été également l’occasion de réaliser un travail en collectif pour définir les actions prioritaires sur le territoire. Ce temps partagé a été apprécié de tous et vécu comme une réussite pour le PAT.

L’intercommunalité se place donc en facilitateur. Elle propose des formations pour les élus et le personnel de restauration. Les communes, elles, signent des chartes d’engagement personnalisées. De plus en plus de restaurateurs volontaires se joignent au mouvement. Aujourd’hui 18 communes se sont engagées sur les 20 de Limoges Métropole. En partenariat avec Interbio, l’intercommunalité a co-organisée la rencontre régionale professionnelle de la restauration collective bio locale durable, ce qui fut l’occasion pour les élus et les personnels de cantines, de pouvoir faire de la prospection de marchés publics, mais également participer à des retours d’expériences.

 

Favoriser l’accessibilité sociale à une alimentation saine

A côté de cet espace test, un jardin coopératif est mis à disposition de l’association Terre de Cabanes. C’est une action soutenue par l’Etat et Limoges Métropole dans le cadre du contrat de ville. Il a pour but d’offrir la possibilité aux quartiers prioritaires de Val de l’Aurence d’accéder à de la terre. Cela permet de recréer du lien social et de donner l’accès à une alimentation saine et de qualité à un public en difficulté.

Pour le futur, il y a une volonté de développer l’Agriculture urbaine en partenariat avec la ville de Limoges.

De plus, certaines communes via la restauration collective ont travaillé à l’intégration par tous les publics aux enjeux alimentaires et agricoles. Limoges Métropole les a accompagné en finançant des actions de sensibilisation et d’éducation. De cette façon on pu être réalisées des animations pédagogiques sur la sensibilisation au gaspillage alimentaire, l’intérêt des circuits courts et la saisonnalité.

 

 

Et après ?

 

Le nouveau PAT a défini les nouvelles priorités du territoire. Il permettra aussi de renforcer les actions déjà en place ou définies dans le premier PAT.

 

Prospective autour de la restauration collective

Malgré la volonté des communes, certaines rencontrent des difficultés concernant l’approvisionnement en local. De nombreux maraîchers ne sont pas intéressés par les marchés publics. Ils sont en effet souvent jugés moins intéressant économiquement comparé à la vente en circuit court.

Cela soulève donc des questions sur la valorisation du maraîchage économiquement. La collectivité a donc défini d’autres axes stratégiques. En particulier pour favoriser des débouchés économiques viables aux agriculteurs, notamment via la restauration privée. Une réflexion est toujours en cours avec la chambre de commerce et d’industrie pour valoriser et favoriser l’utilisation de produits locaux dans la restauration privée.

La ville de Limoges réfléchit actuellement à un projet de régie agricole pour l’approvisionnement de sa cantine. Il faudra alors passer par de l’acquisition de foncier.

 

Renforcer la stratégie foncière via un maillage d’acteurs importants

L’EPCI a la volonté de favoriser l’installation en maraîchage au-delà de l’espace test. Elle veut pouvoir aider les porteurs de projets à s’installer en maraîchage bio issus de l’espace test ou non.

Cela passe donc par une veille foncière active, multi-acteurs :

-des référents élus ont été désigné par communes pour la veille

-l’association Terres de Liens forme les citoyens qui souhaitent participer.

Limoges Métropole travaille également avec la SAFER et Terres de Liens sur les questions de stockage avant la vente de terres agricoles. La chambre d’agriculture et l’ADEAR organise quant à elles des rencontres entre cédants et porteurs de projets.

Cet aspect déjà identifié pendant le premier PAT, deviendra une priorité du nouveau PAT. La difficulté actuellement pour l’agglomération est de savoir qui sont les agriculteurs sur le départ.

 

 

Les lignes de petits légumes sous la serre de l'Espace test de Limoges Métropole

 

 

Un coup de pouce à la filière élevage

 

 A l’aube de l’écriture du nouveau PAT, Limoges Métropole réfléchit aux filières à prioriser sur son territoire. C’est le cas notamment pour la filière lait peu représentée sur le territoire mais connaissant des difficultés. La filière élevage, prépondérante sur le territoire, est également en ligne de mire.  Le renforcement du tissu agro-alimentaire et l’approche filière rentre donc dans la liste des priorités pour le nouveau PAT.

Une réflexion d’envergure s’est développé autour de l’élevage autour de la valorisation de la production. Cela notamment suite à l’intégration de l’abattoir de Limoges au niveau intercommunal fin 2019.

L’élevage utilise près de 70 % de la SAU du territoire. C’est une filière majoritairement bovine (avec la célèbre Limousine), déjà bien structurée. Néanmoins, une réflexion s’engage, notamment dû au faible taux de conversion en agriculture biologique. L’objectif serait de développer des exploitations polyculture-élevage. Elles pourraient ainsi s’assurer une meilleure résilience aux aléas économiques et écologiques auxquels la filière fait face. En effet, au vu des difficultés économiques actuelles de la filière, il devient nécessaire de diversifier les débouchés. L’objectif est aussi de minimiser l’impact des fluctuations des prix. Assurer un revenu correct aux éleveurs c’est aussi favoriser le changement de pratiques. Enfin, il contribuerait à renforcer le lien ville-campagne grâce au circuit court en :

  • promouvant des productions emblématiques du territoire chez les consommateurs demandeurs de local en ville
  • permettant la rencontre de la production et de la consommation et le partage des valeurs du terroir

Pour cela l’intercommunalité a mis en place un partenariat avec la Chambre d’Agriculture de la Haute Vienne. L’objectif est clair : favoriser le développement de la filière élevage locale durable. Une étude de faisabilité et d’opportunité est prévue pour 2022.

 

 

L’enjeu de l’eau, la nouvelle priorité du PAT 2.0

Un des enjeux importants que la collectivité va devoir traiter par la suite est l’enjeu de l’eau. En effet, le territoire fait face à l’absence de nappe phréatique. Or le maraîchage demande une importante irrigation et la production bovine est l’activité départementale la plus consommatrice d’eau. La sécurisation de l’eau et pas uniquement l’eau potable est donc un enjeu important pour les élus. C’est pourquoi un des groupes de travail au sein du PAT concernera l’innovation pour répondre à cet enjeu. Le travail s’effectuera en partenariat avec des universitaires et différents organismes travaillant sur l’eau, nouveaux membres autour de la table. L’objectif de ce groupe de travail sera de faire un diagnostic d’acteurs. Il aboutira à une définition de priorités d’orientations afin d’établir un programme d’actions.

 

 

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