Les impacts de la crise sanitaire sur les démarches alimentaires de territoires en Nouvelle-Aquitaine

Crise sanitaire démarches alimentaires de territoire

Pendant 2h, une vingtaine de territoires néo-aquitains a pu échanger sur le ressenti et la prise en compte de la crise sanitaire au sein des Projets alimentaires de Territoire (PAT). Entre l’arrêt de la restauration collective et l’explosion de la demande en produits locaux, voici quelques tendances partagées par les territoires néo-aquitains.

 

[Retrouvez sur notre chaîne YouTube l’enregistrement de la webconférence: Les introductions par les copilotes, PQN-A et le projet de recherche SEREALINA et le tour d’actualité des territoires]

 

La restauration collective et les marchés à l’arrêt, réorienter l’offre

La restauration collective constitue un des axes de travail majeur dans les PAT. Son arrêt total du jour au lendemain a entraîné une rupture soudaine de la demande à destination des producteurs locaux. L’ingénierie des collectivités a beaucoup travaillé pour tenter de compenser les pertes ; même cas de figure observé sur les marchés.

Les initiatives mises en oeuvre

Tous ont pris le parti de réorienter les produits vers les différents circuits alors submergés par une demande jamais vécue jusque là. Plusieurs initiatives ont alors vu le jour. A destination des consommateurs, des agriculteurs ou des circuits de vente, on a pu retrouver :

  • une organisation des producteurs pour faire de la vente directe ou en drive en collectif, avec la collectivité ou avec la Chambre d’agriculture via le drive fermier
  • une mise en lien d’agriculteurs avec des points de vente. C’est notamment le cas les Grandes et Moyennes Surfaces avec qui les coopérations ont été souvent peu fructueuses
  • un relais vers les plateformes de recensement de la région, des départements. C’est aussi le cas d’une diffusion d’informations via les réseaux sociaux ou des cartes participatives locales.
  • une réorientation vers des circuits en souffrance : portage de repas à domicile, banques alimentaires ou épiceries sociales et solidaires

Suite à cette expérience, beaucoup envisagent de maintenir des initiatives voire de faire essaimer les actions. D’autres s’inquiètent. Le local a en effet supplanté toutes les réflexions. Cela remise notamment les modes de production. Enfin, tous s’accordent sur un point. Encore et toujours, l’offre en produits locaux reste bien inférieure à la demande.

 

Un moyen inattendu de faire connaître les PAT

Face aux nombreux imprévus et tentant de pallier au plus vite, les équipes des PAT voire des collectivités ont déployé leurs forces sur le terrain. Il s’agit de communication, de mise en relation ou d’appui à la logistique. Dans ce sens, les initiatives pour maintenir le système alimentaire local ont permis de créer maintes relations nouvelles.

Pour certains, le grand public a pu prendre connaissance du PAT de leur collectivité à travers les relais sur les réseaux sociaux. Certains ont pu recueillir l’envie des citoyens de mieux s’impliquer à l’avenir pour l’alimentation sur leur territoire. Ils tentent ainsi dès aujourd’hui de réfléchir à la manière de mieux associer les citoyens à l’avenir.

Concernant les agriculteurs, certains ont pu trouver du soutien auprès de l’ingénierie des PAT. L’idée est de réorienter leurs débouchés lors de l’arrêt des marchés et de la restauration hors domicile.

Au sein même des collectivités, la thématique agricole et alimentaire a parfois pris une toute autre ampleur dans les orientations des élus. Certains territoires où un PAT peinait à émerger pourraient être relancés. Cette émergence se ferait particulièrement au lendemain des élections municipales et du renouvellement de l’exécutif.
Enfin, la plus grande “découverte” reste celle des acteurs de l’aide alimentaire.

 

Une prise de conscience des problématiques d’alimentation sociale et solidaire

Que le don alimentaire et les divers réseaux d’aide se soient effondrés ou pas, la thématique s’est imposée sur beaucoup de territoires pendant la crise. Pour certaines banques alimentaires, ce sont les bénévoles qui, âgés, ne pouvaient plus assurer la logistique. D’autres ont vu un regain d’implication des citoyens dans les réseaux.

Dans quelques territoires, l’alimentation sociale et solidaire (don alimentaire, épiceries sociales et solidaires, repas à domicile …) a justement permis de réorienter les produits locaux en mal de débouchés. Cette réorientatin s’est effectué avec le soutien des collectivités. Ces mises en lien et l’importance des nouvelles filières ainsi créés ont ainsi convaincu nombre d’élus. Ce sujet n’était jusque là moindre pour ces élus. Elles ont également permis à l’ingénierie de réaliser les besoins de structuration du réseau d’acteurs et de la logistique. Cela permet ainsi à ces micro filières de perdurer.

Ainsi pour de nombreux PAT, l’alimentation sociale et solidaire est devenue une priorité. Cette priorité est présente aux côtés de la restauration collective et des questions de foncier et d’installation.

 

Des structures en ballotage entre deux élections et de nouveaux engagements politiques

Le dernier retour commun à une grande partie des structures porteuses de PAT concerne les difficultés de la situation électorale, inédite. Qu’il s’agisse des Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI) ou des échelles supra communautaires (Pays, Pôle d’Equilibre Territorial et Rural, …), beaucoup ne disposaient pas d’exécutif installé au 19 juin 2020. L’incertitude concernant les orientations politiques futures laisse beaucoup de projets “au milieu du gué”. Certains territoires craignent un arrêt des projets. D’autres anticipent des objectifs plus ambitieux mais sans visibilité concernant les moyens disponibles. Beaucoup sont enfin dans l’impossibilité de lancer de nouveaux projets ou actions d’ici à ce que les équipes soient constituées, pendant l’été.

 

Pour finir, deux programmes de recherche à suivre

> Programme Sécurité et résilience alimentaire en Nouvelle-Aquitaine (SEREALINA)

Bernard Del’Homme, enseignant de Bordeaux Science Agro (BSA) a profité de ce temps pour présenter le futur programme de recherche :  Sécurité et résilience alimentaire en Nouvelle-Aquitaine (SEREALINA). Il s’agit d’une réponse à un appel à projet “flash” régional pour 1 an et demi de programme, reconductible sur 1 an et demi.

L’objectif est de proposer un programme de recherche action sur l’alimentation post-covid s’appuyant sur les territoires. Les résultats de cette recherche action contribuerait à renforcer et essaimer tout ce qui a été observé de positif en N-A pendant la crise. Il s’agit aussi de travailler à des pistes de travail pour ce qui est ressorti de négatif.

BSA a orchestré une réponse commune avec un réseau régional de chercheurs. Un dispositif quasi inédit de collaboration a été mobilisé à cet effet à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine : 45 chercheurs répartis entre 13 laboratoires.

> Quatre axes de travail pour ce programme :

  1. Impacts de la crise sur les acteurs des filières existantes de la production à la commercialisation en passant par la transformation
  2. Impacts de la crise sur les consommations, les changements qui perdurent et ceux qui sont à venir avec la crise économique.
  3. Ce qui a pu s’observer en matière de synergies sur le moment et ce qui perdure à savoir les modifications des systèmes alimentaires locaux.
  4. Une synthèse des trois points précédents : tout ce qui a pu changer pour travailler à la capitalisation et l’essaimage des expériences locales et permettre à d’autres d’agir en conséquences.

L’ambition vise à ainsi à mener un programme de recherche sur 3 ans sur ces différents thèmes de recherche.

 

> Projet Dyal connect piloté par l’Institut d’Administration des Entreprises (IAE) de La Rochelle

Nathalie Clain Beauchef de l’agglomération de La Rochelle a présenté le projet Dyal connect piloté par l’IAE de La Rochelle. Ce programme a pour but d’étudier le rôle des Techniques d’Information et de Communicatin (TIC) dans la consommation de produits locaux. La question principale est celle-ci : Comment mieux orienter les consommateurs qui ne s’y retrouvent dans l’offre de produits locaux ? ». Les chercheurs ont fait plusieurs enquêtes, avant, pendant et après le confinement. L’utilisation d’applications pour mettre en lien est une de ces 3 enquêtes. On est aujourd’hui sur la 2e année du programme.

 

Vous souhaitez en savoir plus ? Contactez

  • Zoé PUJOL, chargée de mission
    Tél : 06 31 21 56 09
    E-mail : zoe.pujol@pqn-a.fr

ou

  • Xavier STEFFAN, chargé de mission
    Tél : 06 31 26 44 23
    E-mail : xavier.steffan@pqn-a.fr

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