#1 – Les 4 incontournables pour initier une démarche alimentaire sur son territoire.

La prospective territoriale un incontournable pour une démarche alimentaire

Mis en ligne le: 14 avril 2020

Les deux articles de cette série proposent 4 incontournables pour initier une démarche alimentaire sur son territoire. Ces 4 incontournables proposent d’abord une façon de lancer le projet en interne à la collectivité ou à la structure porteuse. La partie 1 se termine en abordant la question de la mobilisation des acteurs du territoire. La partie 2 traite de la déclinaison du projet sur des thématiques variées et de l’importance d’une animation ad hoc.

 

Retrouvez la 2e partie en ligne sur notre site.

 

Les bandes dessinées qui illustrent cet article sont issues de: La BD TATA Box, Neuf métaphores des concepts clés des démarches participatives pour la transition agroécologique. Les 12 pages de cette BD décortiquent le concept de “démarche participative”, un concept parfois difficile à saisir.

 

Que chercher dans ces pages ?

 

Une compilation de ressources

En 2019, Pays et Quartiers de Nouvelle-Aquitaine a eu l’occasion de proposer des rencontres régionales plusieurs thématiques. Notamment une rencontre et des ateliers portant sur la méthodologie des démarches et projets alimentaires de territoire au printemps 2019.

Cet article rend compte de ces échanges en les recoupant avec:

  • les échanges lors du groupe de travail dédié à l’ingénierie territoriale en charge des démarches alimentaires de territoire du 12 février 2020 lors du Forum “Alimentation, agriculture & territoires”
  • les rencontres et suivis de différents projets par l’équipe à travers toute la Nouvelle-Aquitaine dont vous pouvez retrouver les fiches
  • la veille générale et territoriale de l’équipe sur le sujet pour dénicher des ressources diverses et variées afin de croiser les points de vue
  • des retours d’expérience et ateliers du Forum “Alimentation, agriculture & territoires”

Il permettra au lecteur de s’approprier quelques notions fondamentales sur le sujet et se créer une culture. Il pourra ainsi suivre des pistes pour l’action étayées sur des principes méthodologiques que d’autres ont déjà expérimentés. Cet article est également conçu comme une présentation qualifiée et organisée des ressources existantes.

Il s’agit pour nous de donner à voir un contenu opérationnel de qualité, riche et diversifié que d’autres structures et partenaires ont déjà élaboré. N’hésitez pas à prendre des chemins buissonniers et à vagabonder en suivant les liens, nombreux et divers, qui émaillent cette lecture !

 

Une façon de mettre le pied à l’étrier

Il est avant tout important de considérer ces 4 étapes comme le point de départ d’une réflexion de long terme. Elles peuvent être comprises comme un “diagnostic au long cours”. Elles constituent alors une base pour chercher à répondre aux questions suivantes:

  • Quelle place pour la démarche alimentaire dans le paysage local d’actions existantes ?
  • Quel rôle donner à la collectivité / la structure porteuse au sein du système d’acteurs ?

 

Un cas concret pour mieux comprendre ?  Lors de la rencontre 2019 à Angoulême, un atelier de co-développement a permis à l’agglomération de La Rochelle de réfléchir au lancement de son “diagnostic”. Face à la quantité de sujets et objets à “diagnostiquer”, par où commencer ? Découvrez le compte rendu de cet atelier.

 

 

 

1/. Partir d’un travail en interne pour initier une démarche alimentaire

 

Se construire une vision partagée

 

Avant de commencer, comme pour chacun des incontournables, il est conseillé de partir du contexte local en s’appuyant sur les forces vives existantes. Partir de constats, de personnes voire d’initiatives existantes c’est partir du concret, du faisable afin de valoriser et ensuite mobiliser plus largement. Appliquer le premier incontournable dans une collectivité c’est partir d’une concertation interne avec des élu.es et/ou des services que la question agricole et alimentaire intéresse. Avoir un.e élu.e ou un noyau d’élu.es motivé.s et investi.s sur la thématique est incontournable pour assurer la pérennité du projet dans le temps. Ce ou ces élu.es pourront se saisir d’une vision et l’incarner tout en représentant et assumant le moment venu l’intérêt du collectif.

Partant, une prise de conscience partagée de la situation du territoire par le prisme de ses enjeux et besoins spécifiques peut commencer à émerger.

Les 3 étapes de la prospective territoriale illustrées au-dessus peuvent se travailler en amont en interne pour initier une démarche alimentaire. Il s’agit ici de réfléchir aux motivations de chacun et à la situation actuelle.

  1. Diagnostic: Où en est-on sur le territoire ? Pourquoi l’agriculture ? Pourquoi l’alimentation ?
  2. Vision: Quels effets utiles pourra produire la démarche à moyen et long terme ? Que voulons-nous ? Cette même phase peut comprendre trois parties permettant alors d’embrasser toutes les possibilités:
  1. Le souhaitable, ce qu’il serait idéal de faire, sans limite de moyens théorique. C’est le temps du citoyen ou de l’habitant.
  2. Le réalisable, ce qui est techniquement possible d’engager. C’est le temps de l’ingénierie, humaine et financière.
  3. Le réaliste, le prioritaire. C’est le temps du politique, qui prend la responsabilité d’engager un décision et un budget.
  1. Hybridation des connaissances : Comment faire ? Comment articuler les trois visions au mieux ? C’est la vocation de cet article de vous aider à répondre à ces question.

 

 

Construire le positionnement de la structure porteuse

 

Cette phase, permet de construire un discours. Il s’agira d’un discours partagé par tous les acteurs en interne, élu.es, administrateurs.trices et personnes en charge de l’animation. Assumé par la suite tout au long de la démarche, ce positionnement sert de fil rouge. Il justifie l’existence de la démarche et permet, dans des situations compliquées, de garder le cap.

« On ne se pose pas la question. On nous donne un élu référent, on part vite dans l’opérationnalité et on pense que c’est inné dans la relation technicien-élu. Pourtant, c’est bien parfois dans la méthode d’ingénierie territoriale de poser un temps en amont pour répartir qui fait quoi, ça permet d’amortir des situations de tensions le moment venu. »

 Un animateur de Projet Alimentaire de Territoire.

Il est essentiel dans ce positionnement de ménager les sujets sensibles, parfois mal interprétés, souvent sources de tensions. Le rôle de la structure porteuse à travers la démarche n’est pas de mettre des pratiques ou des acteurs en porte-à-faux. Son positionnement se centre avant tout sur des valeurs de développement territorial. Définies au départ lors de la construction d’une vision partagée, elles englobent souvent:

  • L’ancrage de la production et de la consommation au territoire pour contribuer à son développement et son attractivité
  • Une activité agricole et des filières créatrices d’emploi et rémunératrices
  • Des circuits alimentaires touchant l’intégralité de la population afin de lui assurer une alimentation saine et de qualité
  • La réduction de l’empreinte écologique des productions et des circuits en préservant les terroirs, la biodiversité et la qualité de vie

 

Les questions à se poser

Utilisée en interne par l’équipe de PQN-A, l’animation des chapeaux de Bono aide à organiser la réflexion et faire émerger des idées nouvelles. Elle s’applique aussi bien aux actions de terrain qu’aux grands projets territoriaux et vous aidera à initier une démarche alimentaire. Elle permet enfin en structurant la réflexion de donner une place à toutes les approches, sans censure.

 

Ils l’ont fait sur leur projet

  • Avant de lancer le projet, Tulle Agglomération (23) a mis en place un groupe d’élus qui a réfléchi au sujet en interne pendant plusieurs mois . Alimenté par le chef de projet de la collectivité, le groupe s’est acculturé au sujet et à la réalité locale. Articles universitaires, retours d’expériences et rencontres avec les acteurs des territoires sont autant de ressources qui ont pu alimenter le projet.
  • Un cas concret pour comprendre, découvrez le compte rendu de cet atelier : lors de la rencontre d’Angoulême, un atelier de co-développement a permis à deux EPCI des Deux-Sèvres (79) de réfléchir aux questions à se poser en amont. Leur envie de co-porter un projet alimentaire territorial en coopération les a de fait obligées à se poser ces questions de positionnement et de posture commune.

 

2/. Installer une démarche participative

 

La participation, un incontournable pour une démarche alimentaire

 

Avec qui et comment ?

 

C’est autour de ce deuxième incontournable que le projet de développement territorial commence réellement. Il s’agit d’élargir la démarche initiée en interne aux différents acteurs du territoire. On reprend alors ici les 3 étapes de la prospective territoriale (Diagnostic, Vision et Hybridation de connaissances) avec des acteurs concernés par les questions de transition agricole et alimentaire. Ici encore, il s’agit de commencer avec les forces vives du territoire. On y retrouve :

  • des acteurs économiques agricoles et des filières alimentaires
  • les habitants
  • nombre d’institutions et organismes du développement agricole
  • des chercheurs présents sur le territoire
  • les collectivités voisines

Il est essentiel dès les premières rencontres et concertations de faire comprendre aux acteurs en présence qu’ils sont partenaires et non prestataires. Lors de ces premiers contacts, proposer une base ou une trame permettra ensuite de la soumettre au débat et d’initier une démarche alimentaire. Cette trame peut s’inspirer des réflexions en interne réalisées au départ, s’appuyer sur une projection débat, sur une conférence autour d’une thématique, etc.

 

Des lignes qui peuvent bouger

 

Présenter la réflexion de la collectivité c’est la soumettre à la réalité des acteurs de terrain. Une démarche participative est nécessairement longue et elle évoluera au gré des apports de tous les acteurs qui la feront vivre. La participation amène à des aller-retour incessants qui enrichissent et modifient parfois le projet initial. Il est impératif à ce stade de comprendre et faire comprendre, notamment aux élu.es, que les lignes peuvent bouger. Cela ne sera possible qu’en permettant des temps de rencontre, d’interconnaissance et d’hybridation des points de vue.

“Les questions de gouvernance alimentaire partagée sont fondamentales. C’est pour moi ce qu’il y a de plus intéressant dans nos démarches. Réussir à mettre des gens différents autour de la table, et de manière pérenne, c’est un vrai enjeu.”

Un directeur du développement rural en charge du PAT.

La confrontation avec le terrain conduira probablement à des réflexion sur l’échelle de la démarche et des actions qui en découlent. Des démarches engagées à l’échelle supra communautaire devront potentiellement intégrer des démarches associative à l’échelle bien plus réduite. Une commune, un quartier voire même une rue pourront être des échelles pertinentes selon les actions et les acteurs qui les portent.

Ces échelles multiples invitent alors à naviguer sur différentes échelles afin de:

  • coopérer avec différents acteurs
  • réaliser des actions les plus pertinentes possible

 

A garder en tête

 

Les tensions, besoins et réalités diverses du contexte local se comprennent majoritairement lors de ces moments-là. Tentez de ne jamais porter de jugement à la hâte, soyez à l’écoute de tout ce qui se fait et se dit. Car c’est bien tout cela qui constitue la réalité du territoire sur lequel la démarche alimentaire va prendre racine. A la base de ces démarches alimentaires, il y a besoin d‘un réel savoir-faire en matière de participation et de coopération.

 

Les leviers pour la participation dans une démarche alimentaire

 

Enfin, soulignons l’importance à ce stade de bien relayer et faire comprendre les valeurs de développement territorial portées par la collectivité ou la structure porteuse. Les acteurs partenaires, souvent issus de la sphère économique, n’ont pas l’habitude de manipuler ces cadres de pensée. D’où l’importance de faire comprendre que la structure porteuse n’est pas là pour “voler le travail des autres”. Au contraire, son rôle est de permettre l’émergence d’actions répondant directement aux enjeux de développement sur le territoire. Dès les débuts, il est important d’arriver à créer une représentation commune du rôle de la collectivité ou de la structure porteuse dans le projet. Il s’agit avant tout d’un facilitateur, portant des enjeux de développement pour le bien commun.

 

Les questions à se poser

  • Où en est-on dans le processus vis-à-vis des acteurs de terrain ?
  • Qui connaît-on ? Qui est déjà engagé ?
  • De qui a-t-on besoin au vu de notre ambition ?
  • Avec qui travaille-t-on en interne et externe ? Avec qui ne travaille-t-on pas ?
  • Qui est déjà mobilisé ? Pourquoi ? Autour de quels enjeux ?
  • Sait-on mobiliser ? Sait-on travailler avec eux ?
  • Pour quoi faire ensemble ? Quelle place de leur action dans la démarche ?
  • Quelles difficultés ? Avec les partenaires ? les non-partenaires ?
  • De qui ai-je besoin pour légitimer mon action ?

Questionnements inspirés de l’article Identifier, Connaître et mobiliser les acteurs du système alimentaire local.

 

Ils le font sur leur projet

  • Bordeaux Métropole (33) avec le Conseil Consultatif de Gouvernance Alimentaire Durable, une instance territoriale partagée dédiée à l’alimentation durable. Les positions et référentiels produits par le conseil consultatif alimentent directement les décisions des élus de la métropole. L’animation du Conseil permet également à tous ses membres de se rencontrer, de confronter leurs points de vue et de faire émerger une culture commune.
  • La dynamique alimentaire du CBE (40) travaille avec deux “instances”. Un comité de pilotage élargi, plutôt consultatif, se réunissant tous les ans et un groupe projet resserré. Ce groupe projet, cheville ouvrière du projet, réunit les acteurs opérationnels des projets initiés au sein de la dynamique. Une fiche expérience rédigée présente l’intégralité de la démarche alimentaire
  • Grand Poitiers Communauté Urbaine (86) a initié la démarche participative en s’appuyant sur le conseil de développement. Premièrement, phase de sensibilisation s’est déroulée de 2011 à 2013. En parallèle, une mission fut confiée à un prestataire extérieur. Aujourd’hui, pas moins de 15 services du Grand Poitiers échangent régulièrement en comité technique et développent une approche transversale. Consultez la fiche dédiée à cette initiative.

 

Pour initier une démarche alimentaire, d’autres ressources…

 

  • L’intégralité de la BD TATA Box, utilisée dans cet article. Elle reprend les grands principes d’une démarche participative pour la transition agroécologique sur un territoire.
  • L’excellent Guide TATA Box. Une boîte à outils issue du programme de recherche sur “l’accompagnement à la conception collective d’une transition agroécologique à l’échelle du territoire”. 130 pages de mise en perspective, d’idées d’animations et de méthodes participatives pour accompagner les acteurs d’un territoire à travailler ensemble.
  • La synthèse de retours d’expérience dans le cadre du projet ATLASS en Bretagne. Les apprentissages de l’accompagnement de plusieurs territoires autour de la mise en place de stratégies alimentaires.
  • La page ressources Démarrer, initier une réflexion sur une démarche alimentaire territoriale de Cap Rural comprenant de nombreux supports et cartes mentales pour réfléchir son projet
  • Le webinaire Agir pour une alimentation durable du Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Solidaire (RTES) dans le cadre du projet TRESSONS mêlant ESS et Ruralité avec l’Avise.

 

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