La coopération locale pour repenser le rapport au travail

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Le rapport au travail a fortement évolué ces vingt dernières années en raison de mutations sociétales profondes. Ces évolutions récentes invitent les professionnels de l’emploi à revoir leurs pratiques pour coopérer davantage avec la société civile et apporter des réponses adaptées aux besoins des personnes.

Par Lucile Aigron, gérante de la SCIC Coopérative Tiers-Lieux.

Des évolutions sociétales qui impactent le rapport au travail

La période que nous vivons renforce les inégalités sociales et amplifie la difficulté à trouver ou garder un emploi. Les périodes de recherche d’emploi s’étirent dans le temps, obligeant même les demandeurs d’emplois ces derniers mois à faire des entretiens masqués. Drôle de façon de créer la relation avec les futurs employeurs ! Force est de constater qu’aujourd’hui plusieurs marqueurs entrent en jeu et complexifient notre relation au travail.

D’abord une recherche de sens qui se traduit par différents questionnements.

A quoi contribue-t-on aujourd’hui dans le cadre de notre travail ? Que produit-on de vertueux et d’utile socialement pour soi et pour les autres ? Quelle relation entretient-on avec ses collègues ? Quel est le cadre de confiance qui nous permettra de nous exprimer, de contribuer au futur de l’organisation et par extension à la société ? Quelle rapport moral souhaitons-nous conclure dans le cadre de nos activités productives ?

En outre, la santé au travail reste préoccupante car ces dernières années, nous avons vu les cas de burn-out / bore out exploser.

Les confinements successifs n’ont fait que renforcer ces cas de figure qui ne sont plus un phénomène marginal.

D’autre part, et sur d’autres plans, l’inclusion du handicap dans le cadre du travail reste un enjeu majeur à traiter.

De même les adaptations qui pourraient être proposées aux aidants familiaux restent timides alors qu’ils sont 11 millions en France. La monoparentalité conjuguée aux situations de travail n’est pas encore un sujet de concertation dans l’organisation.

La perte de puissance du syndicalisme a renforcé l’isolement des salariés.

Les cumuls d’activités (les slashers) font perdre tout repère à ces organisations collectives.

L’entreprenariat individuel, proposé comme une solution à la reprise d’activité a été largement précarisé avec l’arrivée de l’auto-entreprenariat.

Ce constat amène progressivement les individus à ne plus travailler collectivement à la création et préservation de communs.

Enfin, les générations arrivant sur le marché du travail depuis une vingtaine d’années sont des “générations tampons”.

Elles vivent dans un paradoxe : coincées entre des représentations sur la “sécurité de l’emploi” et la réalité qui leur dicte de changer de métiers, de régions, de secteurs d’activités plusieurs fois dans la vie sans y avoir été préparés. Les parcours professionnels sont devenus non linéaires scandés de ruptures et de rebondissements. Le cumul d’activités est aussi un signe fort d’un cheminement à plusieurs entrées.

Créer de nouveaux standards pour répondre à ces changements

Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons plus penser la question de l’emploi comme auparavant. L’accompagnement des personnes nécessite pour les acteurs de nouveaux modes d’actions : faire autrement et avec tout le monde. Dans ce contexte, les tentatives d’expérimentations portées par des citoyens et élus sont les bienvenues pour apporter de nouvelles solutions. Voici quelques fondamentaux :

Expérimenter collectivement pour se trouver individuellement

C’est un nouveau commun que nous visons à créer pour vivre notre rapport au monde. Nous devons nous repenser tout au long de notre vie au regard de nos conditions au travail. Passer d’emploi jeune à contractuel de la fonction publique, d’indépendant à salarié associé nécessite de pouvoir bien se former et s’orienter tout au long de sa vie et tant qu’à faire à proximité de chez soi.

Réimaginer son parcours professionnel devient alors une expérience qui se vit dans le rapport à l’autre

L’expérimentation “Territoire zéro chômeur de longue durée” à Castillon La Bataille montre à quel point la concertation avec les publics est un levier d’engagement pour les personnes. L’expérience de l’Escalier à Saint-Léonard de Noblat illustre aussi combien ce tiers-lieu, ouvert à tous sans distinction, permet de se saisir de formations gratuites ou de rencontres qui provoquent un déclic. Le développement des Coopératives d’Activités et d’Emploi (CAE) offre aussi à ce titre des solutions collectives à l’entreprenariat-salarié. La CAE sécurise en effet l’expérience en offrant un cadre collectif protecteur.

Agir en proximité pour rendre accessible les ressources

A l’instar des tiers-lieux répartis sur l’ensemble de la région Nouvelle-Aquitaine, qui ont ainsi vu le jour grâce à la mobilisation des publics, ces espaces de rencontres, de partage et de création sont désormais reconnus par tous comme une richesse. Ces lieux de vie apportent de vraies réponses aux besoins des populations qui y trouvent des services jusqu’alors éloignés de chez eux. D’autre part, leur caractère neutre permet aux personnes d’entrer “sans ticket” et cela par différentes portes d’entrées : animations locales, formations, partage de savoirs, espaces de travail, café associatif…
La société civile s’est mobilisée à travers ces lieux pour apporter des réponses souples et collectives afin de compenser parfois l’absence de services publics et parfois pour rendre intelligibles les dispositifs et les démarches. Elle répond à un besoin d’accéder à la fois à l’information et joue un rôle d’aiguillage important notamment en milieu rural.

L’intermédiation pour favoriser la coopération locale

Tous les exemples montrent que plus on coopère, plus on va repenser le modèle autour de la remobilisation des personnes. L’accompagnement des personnes est renforcé grâce à une gestion localisée et à une coopération entre les acteurs socio-économiques, de l’orientation et de la formation professionnelle mais également des secteurs culturel, jeunesse, etc.  Cette offre renouvelée permet à qui le souhaite de tester, d’expérimenter, de construire et d’apprendre.
Cependant, ces lieux collectifs de travail et d’expérimentations trouvent leur limite dans l’aide à apporter car ils ne sont pas spécialistes de ces politiques publiques. Travailler à l’identification des acteurs de l’emploi, de la formation et de l’orientation et à leur mise en réseau au bénéfice des personnes reste encore une démarche nouvelle et peu commune. La fonction d’interface et d’animation d’un écosystème local occupée par les tiers-lieux n’est pas aujourd’hui reconnue à sa juste valeur. Le financement de cette intermédiation n’est pas intégré dans les dispositifs d’aides.

Élargir le cadre de référence des acteurs et leur mode d’interaction

Chacun dans cette coopération autour de l’activité se voit contraint d’ouvrir son cadre de référence à travers des actions de sensibilisation, des méthodes de co-développement, des outils d’animation de l’intelligence collective, des dispositifs et méthodes pédagogiques utilisées par les différents acteur.trice.s. Cette interconnaissance des acteurs nécessite un temps long d’apprentissage des méthodes des uns et des autres pour qu’ils puissent mettre en œuvre une coopération locale autour de l’emploi.

“Faire avec” les publics pour co-construire des solutions nouvelles est primordial. Imaginer une nouvelle façon d’intervenir sans une approche “utilisateur” n’aurait aucun sens. Pour ce faire, il est nécessaire de recréer du lien avec ces personnes en comprenant leur histoire personnelle.
Cette approche offre la possibilité aux demandeurs d’emploi de changer de posture et d’être réellement acteurs de leur parcours.

“Écouter ce que souhaitent les personnes c’est déjà faire une bonne partie du chemin avec elles”. Jacques Breillat, maire de Castillon-la-Bataille.

 

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