“La coordination locale au service de sa démarche d’inclusion numérique” : les points à retenir de la web-conférence du 16 mars 2022

Pays et Quartiers de Nouvelle-Aquitaine et Hubik ont organisé une web-conférence dédiée à “la coordination locale au service de la démarche d’inclusion numérique” le 16 mars 2022, réunissant 70 participants. 

 

Comment coordonner les acteurs de l’inclusion numérique présents sur mon territoire ? Quels sont les exemples de coordination locale en Nouvelle-Aquitaine ? Comment faire naître et faire perdurer une telle dynamique ?

 

Pour répondre à ces problématiques, nous avons accueilli quatre intervenants : 

  • Edith Goudard, chargée de projet au conseil départemental de la Creuse (23)
  • Guillaume Chérel, conseiller municipal, adjoint en charge des finances et du numérique à la mairie de Saint-Palais-sur-Mer (17)
  • Paul Crémoux, responsable de la Cohésion territoriale à la communauté de communes du Civraisien en Poitou (86)
  • Nicolas Godin, chargé de mission informatique à l’Agence landaise pour l’informatique (40)

 

Voici les points clés à retenir de nos échanges.

 

Les différents modèles de coordination locale, du niveau départemental au niveau intercommunal 

 

Au niveau départemental comme au niveau intercommunal, “il faut être capable d’amener cette coordination alors que les sensibilités, le portage politique et les enjeux locaux ne sont pas les mêmes sur les territoires“. Nicolas Godin

 

L’exemple de la Creuse : les groupes pilotes (département) et les groupes moteurs (établissements publics de coopération intercommunale)

 

“Le premier niveau, c’est le département” explique Edith Goudard (Creuse – 23). “En Creuse, on a mis en place un consortium d’acteurs, composé de tous les acteurs du territoire concernés par cette question. Ce groupe se réunit tous les ans, pour travailler à une feuille de route d’actions à entreprendre sur l’année. En parallèle, on a créé un groupe pilote pour coordonner les conseillers numériques france services (13 CNFS sur le département). Ce groupe pilote vient compléter le groupe pilote qui coordonne les médiateurs certifiés #APTIC. On travaille en collaboration (…). Le deuxième niveau, ce sont les Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI). A ces échelles, on a voulu créer des dynamiques collectives, notamment entre les acteurs certifiés #APTIC et les CNFS”.

 

Pour cela, le conseil départemental a créé des groupes moteurs sur chaque EPCI du département, composé :

  • d’élus
    • les maires des communes, invités par le président à être présents ;
    • les élus plutôt thématiques, en charge des TPE/PME ou de la scolarité par exemple ;
  • d’acteurs locaux comme par exemple :
    • le club des aînés, 
    • les associations caritatives comme le Secours populaire, 
    • les travailleurs sociaux, 
    • les acteurs du handicap, 
    • les acteurs de l’éducation scolaire 

 

L’objectif de ces groupes est de traduire collectivement une feuille de route de déploiement de toute l’action numérique sur le territoire

 

L’exemple des Landes : insérer l’inclusion numérique dans des instances déjà existantes

 

D’autre part, là où le département de la Creuse a créé des groupes moteurs spécifiques, le département des Landes a choisit de ne pas créer d’instance supplémentaire mais de rentrer dans des instances déjà existantes. “On aborde l’inclusion numérique dans des commissions pluridisciplinaires, là où on aborde déjà des sujets qui s’attachent par exemple à l’accès aux droits ou à l’accompagnement des personnes. Cela permet que les acteurs soient déjà mobilisés et sensibilisés” explique Nicolas Godin.

 

L’exemple de Coclic’O : créer un consortium cohérent de communes engagées pour l’inclusion numérique

 

Coclic’O, c’est le groupement de huit communes de la presqu’île d’Arvert et de Saint Palais sur Mer, qui ont décidé d’agir ensemble pour l’inclusion numérique, en partenariat avec le syndicat mixte Soluris. On ne savait pas trop comment traiter cet enjeu au début. Les CNFS ont été une réelle opportunité” explique Guillaume Chérel, maire de Saint Palais sur Mer. “On a créé un groupe de collectivités motivées : Coclic’o. L’enjeu était d’arriver à se coordonner sur les besoins de nos territoires et de définir des objectifs communs“. 

 

Comment embarquer les élus et acteurs locaux dans cette dynamique ?

 

Aller à la rencontre de chaque commune

 

Edith Goudard explique la méthodologie employée par la Creuse: “je pars à la rencontre de chaque maire. Ensuite, je vais rencontrer les conseillers municipaux car je souhaite que tous les élus du conseil municipal puissent s’investir dans la démarche. Je leur présente le champ des possibles, c’est-à-dire tout ce qu’un conseiller numérique peut faire dans la commune. J’ai toujours un ou deux référents qui sont des élus qui suivent la démarche tout le long, avec qui j’ai un contact très régulier“. 

 

En parallèle, un effort de communication est demandé, afin d’informer au mieux la population : “je demande aux collectivités de communiquer via leur site internet, leurs réseaux sociaux, leurs magazines locaux, leurs panneaux lumineux. Certaines communes font même du boitage. Comme ça, quand le conseiller numérique arrive pour faire sa permanence, on a déjà des gens qui nous attendent“.

 

Connaître, faire connaître et partager un même langage

 

Nicolas Godin,  chargé de mission informatique à l’agence landaise pour l’informatique (40), insiste sur trois étapes :

  • Connaître : il faut interroger le territoire, identifier les acteurs 
  • Faire connaître : communiquer sur l’offre de services de ces acteurs présents ;
  • Partager un langage : l’inclusion numérique n’est pas un sujet partagé par tous et tout le monde n’a pas la même maîtrise de la technicité de ce sujet.

 

Dans le département des Landes, ce sont le président du département et la préfète qui ont impulsé le fait que l’on puisse mettre autour de la table des acteurs divers, comme : 

  • les opérateurs de services publics, 
  • le services publics de l’emploi;
  • les structures de sécurité sociale et de retraite
  • les représentants des travailleurs sociaux,
  • les représentants des structures de l’ESS…

 

 “Cela permet dans un premier temps  de travailler sur les axes, sur des orientations partagées du sujet et sur une prise en compte globale de la politique publique de l’Etat. Mais pour passer concrètement à l’action, pour agir sur le quotidien des citoyens, un deuxième niveau doit être activé : le niveau local” explique Nicolas Godin. 

 

Coordination ou coopération ?

 

On distingue coordination et coopération” explique Guillaume Chérel. “Quand on coordonne, on coordonne un dispositif, un service au quotidien. La coopération, c’est travailler dans un écosystème avec flux entrants et flux sortants. On coopère avec des acteurs territoriaux et on se coordonne entre communes pour gérer la démarche. Autrement dit, dès qu’on est avec des acteurs qu’on ne peut pas piloter, on parle de coordination“.

Paul Crémoux, responsable de la cohésion territoriale à la communauté de communes de Civraisien en Poitou, précise : “pour mettre en œuvre une stratégie et des actions, il faut pouvoir jouer de la coordination et de la coopération. A des moments, on a besoin de coordination, et à d’autres moments, on a besoin de coopération. On est là dans les fondements du développement local. C’est systémique : ce sont des éléments autonomes mais interdépendants, reliés par des dénominateurs communs. L’inclusion numérique fait partie de ces dénominateurs communs, tout comme la mobilité, l’insertion sociale, etc. Pour travailler sur des projets communs, cela nécessite de la coordination, même si celle-ci ne se traduit pas toujours dans une instance formelle. L’important, c’est de jouer avec les différents niveaux d’acteurs (locaux, institutionnels, départementaux, etc)“. 

 

La coordination locale, un levier pour la pérennisation du dispositif Conseillers Numériques France Services ?

 

La limite de ce dispositif réside dans son temps très court : deux ans. Guillaume Chérel explique que “le temps de décider de se lancer, de former les conseillers numériques, qu’ils arrivent sur le terrain et qu’ils soient opérationnels, déjà plusieurs mois se sont écoulés. Il y a également toute la phase de communication pour faire venir les gens, qui prend du temps. On arrive rapidement au bout de la première année. Ensuite, au bout de deux ans, on ne sait pas ce qui se passera“. 

En conséquence, Guillaume Chérel insiste sur le fait que “l’enjeu de la coopération, c’est d’arriver à valoriser le travail réalisé, avec des chiffres qui justifient clairement que ce dispositif a été un véritable succès. Sans quoi, on ne pourra pas, ou très difficilement, légitimer la poursuite de ce dispositif“.

 

Les rôles de l’élu dans le processus de coordination locale

 

Généralement, on a au moins l’élu au numérique et l’élu au social qui sont intéressés par la question” explique Guillaume Chérel. “Ensuite, il faut aller sensibiliser les autres : l’élu en charge des entreprises, l’élu en charge des associations, l’élu en charge de l’éducation, etc. Quand on s’aperçoit qu’on décline une vraie stratégie locale, en tirant la pelote de laine, on arrive à intégrer chacun des élus au fur et à mesure des problématiques que l’on rencontre“.

 

Le rôle naturel et le rôle complémentaire de l’élu

 

Selon Guillaume Chérel, “le rôle naturel de l’élu, c’est d’impulser une politique. Dans notre cas (groupement Coclic’O), on avait quasiment tous les élus qui avaient déjà une sensibilité pour ce sujet. L’objectif est donc de sensibiliser ses pairs. On a encore beaucoup de maires pour qui l’inclusion numérique n’est pas du tout une priorité. C’est pourquoi nous avons une réflexion au niveau de la communauté de communes, sur comment on pourrait intervenir en conférence des maires par exemple, pour que la majorité des élus puisse eux-aussi intégrer la problématique

D’autre part, il y a le rôle complémentaire de l’élu, plus opérationnel. Dans des petits groupements comme le nôtre, il n’y a pas de coordinateur. C’est pourquoi nous avons sollicité notre syndicat mixte, Soluris, pour faire ce travail de coordination, aux côtés des maires des communes. De fait, les élus ont dû se retrousser les manches de chemise pour s’engager réellement dans cette dynamique et y consacrer du temps ! Il faut être aussi un porteur d’idées, car les maires connaissent bien leurs habitants, les problématiques locales. C’est à nous de proposer des idées d’offres de services ou des réorientations d’actions

 

L’élu, garant de la légitimité de la démarche

 

Nicolas Godin ajoute que selon lui, “l’élu, il apporte incontestablement une légitimité. Si l’élu est porteur de la volonté de mettre en place une action ciblée sur la question, cela facilite grandement les choses. Il a aussi une excellente connaissance de son territoire. Les maires et les conseillers connaissent les associations qu’il faut mobiliser, les acteurs qu’il faut aller chercher, voire même les usagers qu’il va falloir toucher et orienter vers les structures. C’est un gain de temps énorme ! D’autre part, l’inclusion numérique, c’est une question qui est transversale, très large. Selon moi, l’élu c’est aussi celui qui va définir l’axe stratégique qui va être le sien. Par exemple, sur une commune des Landes, l’élu a fait le choix de traiter cette question d’inclusion numérique auprès des professionnels de son territoire, car il a estimé que c’était le besoin local prioritaire“.

 

Paul Crémoux poursuit en précisant qu’il y a “une relation très forte entre la question du numérique et la question de la ruralité. Ça pose des préalables“. 

 

Le rôle du technicien auprès de l’élu

 

Ce n’est pas toujours naturel pour un élu d’impulser une politique sur l’inclusion numérique” explique Paul Crémoux. En effet, “des fois, c’est la politique qui fait naître des opportunités, et parfois c’est l’opportunité qui fait naître la vocation politique. Avec les CNFS, on se situe souvent dans ce deuxième cas”.

Nicolas Godin poursuit : “Malheureusement, j’ai davantage l’expérience de techniciens qui amènent les sujets et impulsent, que d’élus qui portent ce sujet.  Les élus sont pleinement conscients de la difficulté, mais c’est plus facile pour les techniciens d’avoir cette approche entre la théorie et la mise en œuvre concrète, de suivre les nombreux dispositifs qui émergent”.  En effet, “les élus expriment les besoins, mais ne sont pas toujours en mesure de trouver des solutions” explique Guillaume Chérel. En revanche, quand il n’y a pas d’ingénierie, il y a la possibilité de se rapprocher des syndicats mixtes départementaux, qui sont là pour accompagner les plus petites EPCI avec de la méthode et de l’animation. 

 

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Contactez-nous !

 

Pays et Quartiers de Nouvelle-Aquitaine

Laurine Brun, référente Inclusion numérique et territoires

Tél : 07 72 55 06 99

Mail : laurine.brun@pqn-a.fr

 

Hubik

Hub de Nouvelle-Aquitaine pour un numérique inclusif

Mail : contact@hubik.fr

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