Retour sur le cycle “La place de l’agriculture et de l’alimentation dans l’économie des territoires” des 18 novembre et 03 décembre 2020

Visuel 18 novembre 2020

Les 18 novembre et 03 décembre 2020, Pays et Quartiers de Nouvelle-Aquitaine (PQN-A) a organisé un cycle de rencontres sur la place de l’agriculture et l’alimentation dans l’économie des territoires.

La première session d’acculturation, le 18 novembre, conviait trois experts pour débattre de la question :

  1. Bruno Parmentier, conférencier et auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation ;
  2. Carl Gaigné, économiste et directeur de recherche à l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRAE) ;
  3. Thomas Binet, directeur du bureau d’études VERTIGO Lab et agriculteur dans le Lot-et-Garonne.

Au programme :

  1. Les grands enjeux économiques et environnementaux de relocalisation de l’agriculture et l’alimentation ;
  2. Les solutions pour répondre à ces enjeux ;
  3. Les moyens d’agir à l’échelle locale.

 

La 2e session de passage à l’action proposait 11 ateliers. Retrouvez-les en bas de cet article qui synthétise avant tout les échanges de la table ronde.

 

Quels sont les grands enjeux économiques et environnementaux de relocalisation de l’agriculture et l’alimentation ?

 

Pour Bruno Parmentier, les enjeux économiques doivent être prise en compte à l’échelle européenne.

« La crise Covid19 s’est révélée comme un véritable crash-test pour la Politique Agricole Commune (PAC) ».

Parmi les 440 millions d’européens, une bonne moitié de ces gens vive dans des régions incapables de les nourrir, et pourtant tout le monde a mangé.

En suivant, Carl Gaigné, a précisé les termes de la relocalisation :

« la France est un pays producteur de produits agricoles, on produit plus que nos besoins. Donc, l’enjeu ce n’est pas tant la localisation des produits mais les flux des produits. 1/3 des terres de céréales sont dédiées à l’exportation. »

Ce qui importe à ses yeux c’est de savoir comment les flux répondent mieux aux attentes des consommateurs ?

Thomas Binet, a pour sa part, souligné les injonctions contradictoires adressées au monde agricole.

« On a cherché depuis trente ans à spécialiser l’agriculture française et à développer des capacités d’exportation. Et on sollicite maintenant la profession pour les inciter à la relocalisation, produire local et retravailler leurs filières dans ce sens. C’est un virage raide, dur à avaler ».

 

L’autonomie alimentaire des grandes villes, une utopie inaccessible ?

 

« Pour la métropole parisienne qui compte 12 millions d’habitants, il faut faire venir 25 000 tonnes d’aliments tous les jours. Les grandes villes ont besoin de 2 à 5 fois la superficie de la ville en bonne terre agricole, pour nourrir leur population ». Bruno Parmentier

Pour Bordeaux (dans une configuration projetée de métropole millionnaire), le rayon d’autosuffisance alimentaire théorique s’établit à une distance de 100 km.
Ainsi, les trois intervenants ont convenu que la recherche d’autosuffisance alimentaire, souvent brandie comme un slogan dans les grandes villes n’a pas de sens. A l’échelle nationale, 6% des villes pourraient être autosuffisantes. Des marges de manœuvre intéressantes pour la relocalisation ?

Néanmoins, une analyse plus fine des besoins et des modes de consommation révèle des opportunités d’action ciblées.

« On peut donner l’impression que tout va bien, qu’il n’y a pas besoin de relocaliser, on est compétitif, on est content… mais on est quand même sur des positions concurrentielles. Les importations augmentent de plus en plus. La part qu’on importe pour satisfaire la demande en France augmente fortement. »

« La recherche d’autosuffisance est intéressante pour certaines gammes d’aliments : pour les produits frais, la proximité est intéressante. Les produits frais bruts constituent 20 à 25% de nos dépenses alimentaires. »

« Donc si on fait ses courses une seule fois par semaine, il est parfaitement légitime de manger des produits frais les trois premiers jours et le reste de la semaine, des conserves et des surgelés car ça devient plus frais que le frais. »

« L’objectif de relocalisation a du sens au regard d’une agriculture plurielle et diversifiée : des producteurs choisissent des circuits courts et rémunérateurs pour écouler leur production localement. D’autres s’orientent vers une spécialisation pour développer des filières compétitives à l’échelle internationale »

 

Les enjeux environnementaux ne plaident pas toujours en faveur de la relocalisation

 

Encore une fois, nos intervenants ont dépassé les idées préconçues, en décrivant des phénomènes contre-intuitifs.

« Un des arguments de la relocalisation, c’est la lutte contre le réchauffement climatique. En effet, on se dit, s’il y a moins de km, il y aura moins de réchauffement. Grave erreur. Car la plus grande partie des émissions de Gaz à Effet de Serres (GES) dans la consommation des produits alimentaires en France, est plus liée au mode de production (65 %) qu’au transport des produits (13,6 %) ».

« Il y a deux exemples d’aliments importés qui ont un impact carbone plus faible que les même aliments produits en France : la pomme du Chili et l’agneau de Nouvelle-Zélande ».

« Sur l’enjeu environnemental, il y a des certes des cas particuliers. Pour autant, une étude faite en Bretagne est intéressante à noter : entre 25 et 40% des agriculteurs qui pratiquent les circuits courts sont plus enclin à s’engager dans des démarches environnementales. On constate la vertu de la relocalisation pour engager aussi une transformation des modèle de production, à meilleur impact sur l’environnement ».

 

En savoir plus ? Découvrez l’intégralité des échanges de cette première partie, incluant les questions des auditeurs !

 

 

Quelles solutions pour répondre aux enjeux économiques et environnementaux pour les territoires français et néo-aquitains ?

 

Loin d’apporter les réponses toutes faites, Carl Gaigné a montré l’impact positif de l’activité agricole. Celui-ci a un effet multiplicateur sur l’emploi.

« Un emploi pour la production agricole génère trois emplois induits (pour la transformation, la distribution, l’approvisionnement de matières premières..). On observe aussi des gains liés à la spécialisation, à la concentration géographiques des filières agricoles et alimentaires. »

Il rappelle aussi le caractère aléatoire d’émergence des filières sur les territoires. Ces derniers restent encore difficiles à prévoir tant les facteurs de réussite sont liés à des histoires particulières.

Pour lui, « les collectivités locales ont la responsabilité de créer les bonnes conditions d’émergence de filières, en accompagnant l’esprit d’entreprenariat ».

En Bretagne, naissent des incubateurs d’entreprises agricoles, dans d’autres régions, des mutualisations s’organisent autour de centres de Recherche et Développement (R&D).

En bref, « il faut créer l’environnement favorable à la réussite de projets émergents et nouveaux sur un territoire ».
Les politiques nationales ont un rôle majeur d’impulsion, en complément de l’action des collectivités : « la Loi EGALIM incite les collectivités à introduire 50 % de produits de qualité et 20 % de bio dans la restauration collective ». La commande publique apparait comme un levier significatif, une opportunité de débouchés nouveaux pour les agriculteurs.

 

Considérer l’agriculture comme un secteur économique à part entière

 

Depuis longtemps, la filière agricole n’est pas considérée au même titre que d’autres filières économiques.

« Bon nombre de collectivités, en milieu rural, ont souvent dédaigné cette filière, pour des raisons sociologiques. Elles considéraient que cette activité allait de soi et n’avait pas besoin d’être accompagnée. A l’inverse, l’intérêt pour l’agriculture a connu un renouveau et suscité un intérêt grandissant, depuis une dizaine d’années, de la part des collectivités plus urbaines et denses »

L’activité agricole, non délocalisable mérite d’être bien plus soutenue et accompagnée par les collectivités. Elle peut contribuer à la fois au dynamisme économique et à développement des zones rurales.

« Il y a un vrai déclin, une récession de certains territoires ruraux (la diagonale du vide) qui appelle une réaction des collectivités, une prise de conscience et un soutien pour une activité économique agricole forte ».

« L’agriculture est néanmoins un secteur fortement aidé par les pouvoirs publics, au titre de la politique agricole commune (un tiers du budget de l’Europe). Mais ce soutien est peu visible de la part des collectivités » rappelle Bruno Parmentier

 

Les leviers d’action pour les collectivités sont multiples

 

L’approvisionnement des cantines scolaires est un axe d’intervention évident pour les communes et leurs groupements. La crise sanitaire a aussi contribué à la demande d’aide alimentaire, du fait de la précarité accrue de bons nombres de citoyens.

« Les collectivités constituent la bonne échelle d’action, du fait de la proximité. C’est là qu’il faut agir, les circuits courts sont importants car ils ont pu suppléer à la disparition des surplus émanant de la restauration notamment».

Un autre levier d’action pour les collectivités réside dans la préservation du foncier agricole, notamment à travers les documents d’urbanisme.

« Chaque année, l’équivalent de la surface d’un département disparait tous les 7 ans ».
« La préservation de la ressource en eau est aussi un fort enjeu environnemental, autant qu’un sujet de débat de société. Les collectivités sont toutes concernées du fait de leur compétence pour garantir l’accès à une eau potable de qualité. Des initiatives sont menées dans ce sens pour sensibiliser les agriculteurs et les usagers, par des actions collectives. Par exemple, le label Terres de sources à Rennes».

En savoir plus ? Découvrez l’intégralité des échanges de cette deuxième partie, incluant les questions des auditeurs.

 

A l’échelle locale, comment assurer le lien entre économie et territoire ? Entre collectivités et entreprises ?

 

Les analyses menées par Vertigo Lab ont révélé des impacts économiques très forts de la filière agricole et alimentaire sur la métropole bordelaise.

« Ce n’est pas le coût pour la collectivité, mais le bénéfice rendu par la filière qui est apparu de manière surprenante ». L’agriculture arrive en 8ème position, sur les 62 secteurs d’activités en matière d’effets multiplicateurs sur le chiffre d’affaires sur la production. » 

C’est un argument de poids pour légitimer le rôle de moteur de développement de l’agriculture sur un territoire.
Soigner le lien entre les collectivités et les entreprises
L’analyser du déterminisme d’un partenariat réussi entre le secteur public et le secteur privé au service du développement économique n’est pas aisé.

« En Bretagne, la symbiose s’est faite dans les années 60, les élus ont réussi à réunir les industriels pour développer un tissu agroalimentaire très performant ». 

« En Vendée, dans chaque village, il y a une usine. Ce département, très rural et agricole, connait un des plus bas taux de chômage. Et une bonne partie de ces usines c’est de l’agro-industrie qui valorise le local. On trouve des grandes marques nationales (Fleury Michon) au fin fond de la campagne ».

En Nouvelle-Aquitaine, une récente commandée par La Coopération agricole a révélé le rôle des coopératives dans le maintien d’un tissu agricole non délocalisable et de filières de qualité largement implantées et rémunératrices pour les agriculteurs.

 

Comment gérer la transition ?

 

Avec la fin programmée du pétrole, la disparition des terres agricoles, la décroissance du nombre d’agriculteurs, comment doit-on faire face ? L’agriculture doit travailler au stockage du CO2, à la réduction de GES et aux leviers d’adaptation au changement climatique.

Grâce à la loi Egalim et au changement des générations d’agriculteurs (45% des agriculteurs à la retraite d’ici 10ans), il y a de réelles opportunités pour développer un tissu de petits agriculteurs de proximité, de maraîchage diversifié. D’autre part, il s’agit d’inventer de nouveaux modèles entrepreneuriaux agroécologiques compatibles avec les circuits longs. Les territoires ruraux et urbains sont inter dépendants en matière de débouchés et approvisionnements. Des solidarités ville-campagne restent encore à inventer, ou renforcer.

La moitié de la Surface Agricole Utile (SAU) va changer d’exploitants agricoles d’ici 10 ans, c’est le bon moment pour que des collectivités locales actionnent des leviers, agissent sur : qui va s’installer ? Avec quel modèle agronomique et quel modèle économique ?

En savoir plus ? Découvrez l’intégralité des échanges de cette troisième partie, incluant les questions des auditeurs.

 

Onze ateliers menés de manière simultanée pour “passer à l’action”

Après la séance plénière, les participants ont été répartis dans deux catégories d’ateliers.
Certains avaient choisi de débattre collectivement de la conduite de projets dans les ateliers de codéveloppement.

Cinq projets concrets ont ainsi été examinés :

  • Conserverie artisanale « Domaine Terra » – Saint Macaire (33)
  • Transformation alimentaire des aliments – Limoges (87)
  • Tiers-lieux agricole – Tulle Agglo (19)
  • Mutualisation logistique pour la restauration collective – Mont’Plateau (86)
  • Implantation de maraîchers bio – Grand Cognac (16)

D’autres ont préféré découvrir des retours d’expériences menés en 2019 et 2020.

Six ateliers se sont attachés à évoquer des initiatives engagées, parfois très abouties :

  • un projet de coopération territoriale en faveur d’une filière locale blé farine sur le territoire Adour Landes Océanes (40)
  • la mise en place d’un drive fermier en Gironde (33)
  • une recherche sur l’agri-urbanisme et le développement territorial : ferme urbaine de Floirac (33)
  • l’analyse comparée de diverses organisations de circuits courts par les agriculteurs (France)
  • le développement de la filière 4ème gamme en lien avec la restauration collective
  • l’organisation de filières fruits & légumes pour l’approvisionnement de la restauration collective

 

Une synthèse express illustrant la diversité des projets agricoles et alimentaires en Nouvelle-Aquitaine

En guise de clôture de la visioconférence, les 11 rapporteures et rapporteurs, ont proposé une lecture des points forts des différents ateliers.
(Re)visionnez cette synthèse, réalisée en moins de 30 minutes !Elle illustre la multiplicité des actions menées en faveur de l’agriculture et de l’alimentation pour favoriser le développement économique. On y découvre l’ancrage local des circuits de productions agricoles. Dans certains cas, c’est l’ensemble d’une filière alimentaire locale – voire régionale- qui sont présentés.

Chaque atelier fera l’objet d’un compte-rendu synthétique, accompagné parfois de supports de présentation des projets.

 

Vous souhaitez en savoir plus ? Contactez PQN-A !

Fanny Laison, chargée de mission Démarches alimentaires de territoire

E-mail : fanny.laison@pqn-a.fr

Tél : 06 31 21 56 09

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