La santé par l’assiette : un foisonnement d’initiatives qui peine à toucher tous les publics

Des légumes découpés au couteau sur une planche de bois

Les Projets Alimentaires de territoire sont peu nombreux à aborder aujourd’hui en France les problématiques alimentaires et de santé mais surtout d’inégalités d’accès à une alimentation saine et durable. La journée nationale de la FTS (Fabrique Territoires Santé) proposait le 17 janvier 2020 de croiser dispositifs de santé et démarches alimentaires de territoires. Animation ad hoc, sensibilisation des bénéficiaires et organisation de la gouvernance sont autant de points clés qui ont été soulignés lors des ateliers.

Retour sur la 5ème rencontre nationale de la Fabrique Territoires Santé

La journée démarre sur un constat qui fait l’unanimité: la nécessité d’une alimentation saine et de qualité afin de limiter de nombreux problèmes de santé tel que les maladies cardio-vasculaires, l’obésité et le diabète de type II. Tous les intervenants et participants sont d’accord, il est devenu urgent de se concentrer sur l’accès à une alimentation saine et durable pour tous. Yuna CHIFFOLEAU, enseignante chercheuse et membre du RMT (Réseau Mixte Technologique) Alimentation locale explore ces questions à travers la grande enquête nationale du RMT. Après avoir rapidement évoqué les inégalités d’accès à une alimentation saine et de qualité, elle interroge les effets induits des nombreuses initiatives qui se développent sur les territoires. Ne participent-elles pas à recréer une élite ? Elle conclut en soulignant que toutes ces initiatives de relocalisation sont aujourd’hui en plein foisonnement et de nombreux modèles économiques restent encore à inventer.

Déjà en février 2018, la FTS mettait en lumière dans son Dossier ressources « Alimentation et territoires : comment garantir localement une alimentation de qualité et accessible à tous ? », les inégalités sociales d’accès à l’alimentation et la nécessité de la reterritorialisation de l’alimentation.

Comment articuler actions de santé et Projet Alimentaire de Territoire ?

 

C’était la problématique de l’atelier « Concilier les enjeux économiques, sociaux, sanitaires et culturels : pourquoi construire un projet de territoire autour de l’alimentation ». Deux interventions ont permis de se pencher sur le rôle que les Projets Alimentaires de Territoire (PAT) pouvaient jouer dans les actions de santé et vice-versa. Le Pôle d’équilibre Territorial et Rural (PETR) Corse du Sud, porteur du 1er PAT de Corse, s’est fixé comme objectif de structurer l’offre agricole afin de recréer du lien et de réduire les inégalités d’accès. Dans le cadre du projet multi-acteurs qu’est le PAT, l’IREPS (Instance Régionale d’Éducation et de Promotion de la Santé) s’est vu confier la mission d’animation du groupe «  Santé et médico-social » au sein du PAT.

Dans cette optique, leurs actions portent sur :

  • la  création de lien social autour de la thématique alimentaire
  • la promotion des aspects de nutrition et de santé de façon positive

 

Quelques exemples d’actions sont cités :

  • des repas intergénérationnels dans des écoles primaires avec des produits frais, locaux et de saisons, permettant la rencontre des enfants de ces écoles avec les bénéficiaires de l’ADMR (Aide à Domicile en Milieu Rural)
  • l’animation par un service de cardiologie d’un Établissement de Soins de Suite et de Réadaptation d’un atelier sur le régime méditerranéen, un régime bien caractérisé par les produits corses

 

Et de nombreuses autres sont en réflexion comme :

  • des interventions sur le bien vieillir et le lien avec le sport et l’alimentation proposées par les services de l’ADMR
  • une formation-action des infirmières au sein du service de cardiologie sur le bien manger
  • le repérage d’outils pédagogiques pouvant servir au personnel éducatif dans différents établissements

 

L’ensemble de ces projets et les nombreuses idées des différentes structures montrent des résultats plutôt concluants et méritent d’être pérennisés. C’est donc dans ce sens que l’IREPS cherche à développer un Contrat Local de Santé (CLS) à l’échelle du Projet Alimentaire de Territoire permettant par là d’assurer aussi un financement pour le PAT.

Comment réussir à mener un projet alimentaire et de santé au plus près des citoyens ?

 

C’est la question que se posent les participants de l’atelier après avoir soulevé la difficulté de toucher les bénéficiaires des actions portant sur la santé ou l’alimentation mais aussi d’évaluer ces actions.

Les réponse se trouvent en partie sur le terrain

 

La lutte contre la précarité, et notamment alimentaire est un enjeu social important, au cœur de toutes les actions présentées et citées lors de la journée. Cependant, il peut y avoir un décalage entre l’approche conceptuelle de grands projets comme les PAT ou les CLS et le quotidien des bénéficiaires des actions mises en place. Quelques exemples ressortent de la discussion et parmi eux revient souvent le don alimentaire. Le don alimentaire est souvent vécu comme stigmatisant. Les personnes en situation de précarité demandent aujourd’hui d’avoir le choix afin de pouvoir s’affranchir de cette stigmatisation, un discours qui n’est pas toujours très audible. De plus, le don n’est pas une situation viable.

Il n’existe pas de solution clé en main et aucun projet ne peut passer en force auprès des citoyens, un public multiforme et aux réalités très diverses. La solution se trouve dans la multitude des échelles d’intervention et dans l’adoption d’une “vision microsociale des territoires et de la ville” comme le souligne une diététicienne du Centre Aquitain de Rééducation Alimentaire. On retrouve dans ces propos l’évocation de la “petite intelligence du terrain” déjà évoquée dans un article sur les démarches alimentaires dans les quartiers prioritaires en Politique de la Ville (Lire l’article sur le site de PQN-A).

Un décalage important entre la théorie des actions et l’opérationnalité du terrain

 

La deuxième présentation d’expérience porte sur l’initiative du GPV Rive Droite (Grand Projet des Villes), un groupement d’intérêt public composé des villes de Bassens, Lormont, Cenon et Floirac.  Il est porteur d’une démarche alimentaire, mise en lumière par Benjamin Chambelland son chargé de mission.

“ Si c’était à refaire, on le ferait autrement.”

C’est la réalisation de l’installation d’une micro-ferme sur la commune de Floirac qui lui met la puce à l’oreille. Les objectifs éducatifs, environnementaux et économiques fixés initialement sont atteints: la micro-ferme accueille du public, produit en bio et cultive des variétés anciennes à destination des grands restaurants bordelais. Néanmoins le projet ne touche pas les populations précaires du territoire et c’est pourquoi le GPV se tourne aujourd’hui vers la restauration collective. C’est pour M. CHAMBELLAND, un des meilleurs moyens de toucher l’intégralité des publics de son territoire, aux côtés des nombreuses actions qui contribuent à sensibiliser les mangeurs à des échelles différentes . Il n’est pas possible de tout miser sur les changements d’habitudes, il faut aussi s’appuyer sur des structures et acteurs locaux afin de multiplier les actions, les lieux et les formats.

Finalement, encore un argument en faveur des alliances PAT/CLS pour faire valoir la santé dans les actions des territoires. Néanmoins, n’oublions pas que le PAT ou les CLS ne sont que des outils. Et l’outil ne fait pas le projet. Gouvernance partagée, pilotage multi-acteurs et multi thématiques, écoute du terrain et temps long sont encore et toujours les clés de ces projets d’envergure. En particulier pour réussir à comprendre puis répondre aux enjeux du territoire et à la diversité des consommateurs dont nous faisons tous partie.

Des expériences à suivre de près

 

La table ronde de l’après midi « La place des citoyens dans les politiques de santé et d’alimentation », fut l’occasion de découvrir quelques projets autour de l’accès à une alimentation saine pour tous.

Pour une Sécurité Sociale Alimentaire proposé par Ingénieurs Sans Frontière (ISF) Agrista

Le principe : offrir une enveloppe pour chaque citoyen afin de se nourrir dignement. Leur système, basé sur une cotisation, suivrait un système proche de celui de la sécurité sociale. Chaque citoyen pourrait recevoir une enveloppe de 150 € pour réaliser ses achats alimentaires. Le choix des aliments serait conventionné et basé sur un choix démocratique à l’échelle locale et nationale. Il s’agirait d’une manière d’offrir un marché rémunérateur pour la filière alimentaire et de valoriser des produits locaux et sains.

Association VRAC (Vers un Réseau d’Achat en Commun)

En réponse aux problématiques de déserts commerciaux dans la région lyonnaise, l’association VRAC a développé des groupements d’achats dans les quartiers prioritaires. L’objectif est d’offrir à tous, des produits de l’agriculture paysanne et/ou bio. Pour cela, l’association revend à prix coûtant les denrées achetées en gros. Cette action s’inscrit dans une démarche de santé, permettant ainsi un accès à des produits sains et de qualité. Les associations VRAC, aujourd’hui réparties dans de nombreux quartiers prioritaires de France, sont financées par les bailleurs sociaux. L’animation par les salariés de l’association tente à la fois de redonner l’envie de cuisiner aux bénéficiaires mais offre également, au moment des livraisons collectives, un lieu et un temps de socialisation autour de l’alimentation.

Des ressources à consulter

 

“Quels enjeux pour l’alimentation dans les quartiers ? avec le Pôle ressources du Val d’Oise” –  PQN-A

“Inspir’Actions – Alimentation et territoires: Comment garantir localement une alimentation de qualité et accessible à tous ?” – Fabrique Territoires Santé

«  Se nourrir lorsqu’on est pauvre. » – ATD Quart Monde

 

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