Quels enjeux de l’alimentation dans les quartiers ? avec le Pôle ressources du Val d’Oise

Parler alimentation, changement d’habitudes alimentaires et justice sociale avec les territoires et acteurs locaux de l’ESS, voilà autant de sujets importants traités par le Pôle Ressources sur la politique de la ville dans le Val d’Oise.
Le centre de ressources organisait le 4 décembre 2019, dans le cadre du mois de l’Economie Sociale et Solidaire, une matinée d’échanges intitulée “De la fourche à la fourchette : des leviers pour une gouvernance alimentaire territoriale.” Retour sur une matinée riche en échanges !

 

Gouvernance alimentaire, reterritorialisation, projet de territoire… de quoi parle-t-on ?

 

Introduction de mise avec le Pôle Territorial de Coopération Economique (PTCE) Passerelles, un groupe d’acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) travaillant sur la restauration tout en abordant des thématiques comme l’insertion professionnelle, la réduction du gaspillage alimentaire et des actions de sensibilisation.

Benjamin Masure directeur de l’association APPUI sert aux convives 5 ingrédients pour penser la gouvernance alimentaire :

  • Maîtriser le foncier et mettre en culture ce qui peut l’être,
  • Revaloriser les déchets, travailler dans une optique d’économie circulaire,
  • Mettre en place des espaces appropriables par tous pour favoriser les changements, questionner et accompagner la « petite intelligence » du terrain qui fait naître de grandes choses,
  • Travailler avec les agents économiques de la production, transformation et distribution,
  • Accompagner la transition vers de nouveaux comportements.

Forts de ces cinq acquis, nous avons pu écouter le point de vue du RTES (Réseau des collectivités Territoriales pour une Economie solidaire) qui observe depuis plusieurs années ses adhérents travailler sur l’agriculture et l’alimentation.

La reterritorialisation de notre alimentation comme le définit le réseau français de chercheurs travaillant sur le sujet, préoccupe de plus en plus de collectivités. Celles-ci se posent des questions sur la santé et la nutrition, le pouvoir d’achat des ménages face à une offre peu lisible ou la fragile économie du monde agricole aujourd’hui. Le rôle des collectivités dans le cadre des PAT n’est pas de faire à la place des acteurs mais plutôt d’articuler, d’animer et “faire pour” les acteurs et initiatives locales. Le tout en essayant d’être exemplaire au niveau de la restauration collective scolaire et en étant vigilants et fermes sur la préservation du foncier et des sols.

 

C’est ensuite l’Etablissement Public Territorial (ETP) Plaine Commune, territoire de projet expérimentant depuis plusieurs dizaines d’années sur la participation citoyenne et la gouvernance partagée, qui présenta son projet de « boucle alimentaire locale ».

Les acteurs de l’ESS déjà présents sur le territoire et moteurs de l’économie locale travaillent main dans la main avec les collectivités depuis 2016 pour monter une stratégie agri urbaine allant de la production à la valorisation des déchets en passant par la consommation. Ce territoire voit l’alimentation avant tout comme une thématique porteuse de sens pour tous les projets relevant de l’économie, de l’insertion, du renouvellement urbain ou de la citoyenneté.

C’est ainsi que la collectivité a pu accompagner trois fermes urbaines tout en travaillant sur un gros projet d’aménagement sur 33ha dont 15 seront dédiés aux espaces naturels, à l’agriculture urbaine et à des jardins familiaux. D’autres initiatives comme celle des Alchimistes permet de collecter les déchets organiques des foyers pour les composter et ensuite pouvoir le redistribuer aux habitants ou le vendre à des agriculteurs.

La clé de cette réussite pour l’ETP, c’est une équipe de renouvellement urbain en charge des projets qui a su prendre le temps de la concertation et de l’expérimentation. L’ETP loue également le maintien de leur position en faveur des “espaces immatériels » de discussion et d’ouverture afin de placer l’usager au cœur du projet et dans sa construction et dans le projet lui-même.

 

Un sac de carottes en vrac.

Et les consommateurs ? Qu’en disent-ils ?

 

La deuxième partie de la matinée était dédiée à deux présentations sur les modes de consommation, le rapport culturel à l’alimentation et les comportements des consommateurs. 

L’Agence Régionale de Santé en collaboration avec le Pôle Ressources a pu présenter le résultat de ses focus groupes ayant réunis 87 personnes des quartiers en collaboration avec les centres sociaux, les groupements scolaires, les associations et les personnes en charge des contrats locaux de santé. Plusieurs points sont mis en avant dans le résultat de cette consultation :

  • Les parents ne veulent pas que le repas devienne une bataille avec les enfants, le repas étant parfois le seul moment passé ensemble,
  • Les consommateurs des quartiers ne savent pas où trouver ces fameux produits « sains », en « circuit court », etc. L’offre n’est pas présente sur leur territoire, ils ne comprennent pas vraiment les tenants et aboutissants de ce nouvel engouement et ont l’impression que de toutes façons ces produits ne sont pas faits pour eux,
  • Ces quartiers sont en fin de chaîne de l’approvisionnement et les produits frais sont souvent justement peu frais, ne se conservent pas et ne donnent pas envie,
  • Pourquoi remettre en question la qualité des marchandises  des enseignes qui portent des noms comme « grand frais » où les légumes brumisés à longueur de journée sont magnifiques et plein de couleurs ?
  • Le temps du repas représente beaucoup de choses dans l’inconscient. Un bon repas, un repas où l’on se fait plaisir, c’est un repas qui dure, que l’on prépare pendant longtemps, qui est riche et surtout copieux. Et ça on ne peut pas le faire tous les jours pour de multiples raisons.
  • Beaucoup de parents partent du principe que l’enfant a bien mangé, sain et équilibré à la cantine le midi donc que le repas du soir à la maison peut être moins « sain » et plus « plaisir » même si d’autres disent être parfois surpris de voir leur enfant affamé à 16h car il n’a mangé que du pain le midi.

 

Enfin, ces focus groupes ont permis d’interroger la volonté des habitants et les solutions qui pourraient être envisagées pour les aider :

  • le jardinage et l’idée d’espaces de jardins partagés ou familiaux avec une animation adaptée fait consensus auprès de tous les participants ;
  • il faut laisser la place à la liberté d’initiative et au test sur ces sujets qui sont peu familiers pour tous ;
  • il faut ouvrir « l’institution » de la cantine pour y permettre à la fois plus de sensibilisation auprès des enfants et permettre aux parents de mieux comprendre ce qui s’y passe. Et pour cela il faut pouvoir avoir des personnels accompagnants en salle bien formés et pérennes.
  • Ouvrir le sujet à tous, sensibiliser et faire comprendre les débats qui traversent la société aujourd’hui.

 

Yorgos REMVIKOS a conclu la matinée avec son point de vue d’enseignant-chercheur à l’Université de Versailles, Directeur du Master Sciences de la Santé, de l’Environnement, du Territoire et de la Société.

Pour lui, l’alimentation est un facteur parmi d’autres qui contribue au rejet social, à une position/un classement en tant que « public » défavorisé qui conduit à un mal être puis des pathologies comme l’obésité par exemple.

L’alimentation est pour chacun quelque chose de très personnel, d’intérieur et donc plus encore que pour d’autres problématiques, une solution durable n’est pas d’établir des injonctions culpabilisantes ou d’apporter simplement de l’assistance. Il faut comprendre les comportements pour pouvoir les déconstruire en mettant la personne au centre d’une réflexion qui lui est propre, en remettant l’individu au cœur du processus, loin des dispositifs qui aujourd’hui classent les gens comme « immigré », « pauvre » ou « sans activité ». Il faut dès lors bien garder en tête que si d’un côté il semble difficile de comprendre certaines postures, cela est vrai dans les deux sens comme l’illustrent bien les résultats de l’étude des focus groupes. C’est en permettant à ces individus d’innover avec leurs propres moyens que leurs actions seront les plus pertinentes et durables et pour ça la collectivité doit pouvoir être en mesure d’accompagner avec du microcrédit, de l’ingénierie de projet et de l’accompagnement.

La fin de la matinée a été occupée à des présentations tournantes des belles initiatives du RER (Réseau Echange Restauration), de l’Ecole de la 2e chance du Val d’Oise et de son projet « Planter Récolter Partager », de la Ville de Moussy-le-Neuf et des pépinières locales Châtelain en conversion vers du maraîchage bio diversifié pour alimenter citoyens, entreprises et écoles de la région.

 

Contact

Zoé PUJOL, Chargée de mission

Tél : +33 (0)6 31 21 56 09

E-mail : zoe.pujol@pqn-a.fr

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