Le projet de VRAC Bordeaux dans les quartiers prioritaires : comment favoriser l’engagement citoyen et politique ?

Comment passer d’une action isolée à une démarche intégrée et globale sur un territoire ? Telle était la problématique de VRAC Bordeaux avec son projet de recherche-action “Accès à l’alimentation et urgence climatique dans les quartiers populaires”. Citoyens, acteurs locaux et collectivités, quels engagements sont possibles pour rendre le projet pérenne sur un temps long ? Retour sur les éléments de réflexion relevés lors d’un atelier de co-développement mené le 25 février 2020.

 

L’objectif de la recherche-action : aller au delà d’un enjeu de sensibilisation

 

VRAC Bordeaux est une association qui favorise le développement de groupements d’achats dans les quartiers Politique de la ville (QPV) de la métropole de Bordeaux. Leur principe est de permettre aux habitants des QPV d’accéder à des produits alimentaires de qualité, biologiques, équitables et à prix bas. L’objectif est de s’inscrire dans une consommation durable et responsable.

 

Plusieurs constats ont conduit VRAC à vouloir aller plus loin grâce à cette recherche-action

 

Ces constats sont de plusieurs ordres :

  • la crise sanitaire a fait basculer de nombreuses familles de ces quartiers dans l’insécurité alimentaire ;
  • les groupements d’achats VRAC se multiplient dans différents quartiers mais les plus anciens peinent à élargir leur nombre d’adhérents à l’échelle des quartiers ;
  • les actions de terrain menées permettent de constater la scission entre préoccupations environnementales et préoccupations économiques. Le sentiment est qu’il faut choisir entre les deux ;
  • les actions menées par l’ensemble des partenaires jusque-là se positionnent  essentiellement dans le domaine de la sensibilisation.

C’est pourquoi VRAC lance une recherche-action sur deux ans sur le thème de “accès à l’alimentation et urgence climatique dans les QPV”. Cette étude répond au besoin d’accompagner les habitants des quartiers populaires vers des changements individuels et collectifs de pratiques alimentaires de qualité, accessibles, justes et répondant aux enjeux climatiques.

 

Deux phases composent le projet

 

La première phase (2021) consiste à agir sur les leviers individuels. Pour cela, trois points sont ciblés :

  • Vulgariser les données scientifiques concernant le changement climatique, pour les rendre davantage accessibles
  • Accès l’action sur la préparation des repas via  une cuisine itinérante par exemple
  • Toucher et sensibiliser plus de personnes grâce au développement d’une meilleure communication

A travers ces points, c’est un travail de conscientisation des enjeux environnementaux et de santé autour de l’alimentation qui est engagé. Ces trois points sont pour le moment co-construits avec les habitants. Les premières expérimentations auront lieu à partir de mai.

 

La deuxième phase se déroulera en 2022. Il s’agira “d’aller vers des leviers collectifs”. Cette seconde phase permet d’aller plus loin, vers un changement de pratiques de chacun face aux enjeux du changement climatique.

 

 

La problématique de VRAC : comment passer de l’action individuelle à la démarche globale de territoire ?

 

C’est autour d’un atelier de co-développement que cette problématique a été discutée. Nicolas Trézéguet, coordinateur de la recherche-action, a ainsi pu partager ses questionnements aux participants. Ces derniers lui ont ensuite partagé leurs expériences et avis pour l’aider à solver sa problématique.

 

L’objet de l’atelier était de mettre en débat la phase 2 de leur projet : aller vers une démarche globale d’action. En effet, VRAC souhaite lors de cette phase pouvoir impliquer les partenaires institutionnels car ils estiment que les changements collectifs passeront forcément par des politiques publiques engagées sur le sujet.

 

Ils voulaient notamment discuter deux modèles d’expérimentations :

  • expérimenter une nouvelle politique publique sur un territoire : par exemple mettre en place une sécurité sociale de l’alimentation, chèque alimentaire, maison de l’alimentation, …
  • expérimenter un modèle de participation citoyenne dans la proposition de politiques publiques : par exemple une convention citoyenne de l’alimentation.

 

 

Les cinq points à retenir

 

Les échanges entre les participants ont permis d’identifier cinq points saillants. VRAC a pu ainsi se baser sur ces points pour avancer dans sa réflexion :

 

1. Diversifier les moyens d’accès  à l’alimentation pour faciliter l’engagement et le libre arbitre des citoyens :

Le but est qu’ils puissent avoir à leur disposition différentes manières de s’engager à travers leurs achats.

Retour d’expérience“L’après M” à Marseille : ancien Mc Donald réapproprié par les habitants lors du confinement pour se transformer en un lieu dédié à l’apport de denrées alimentaires pour les plus démunis.

 

2. Se servir d’une monnaie locale comme appui :

La monnaie locale est un vecteur de sentiment d’appartenance commune. Elle permet de créer une communauté et une certaine cohésion autour d’acteurs et de lieux communs.

Retour d’expérienceEusko au Pays-Basque ou la Miel à Bordeaux

 

3. Dans les actions proposées, remettre l’alimentation au cœur des envies  :

L’alimentation de qualité doit être avant tout un plaisir. Pour cela, il est proposé de s’appuyer sur des marqueurs de plaisir (le sport, les burgers, les fast-food), des modes actuelles, pour ensuite les adapter à l’alimentation saine et de qualité.

Propositions – Faire un pique nique géant dans un jardin partagé, participer au forum des associations, à des compétitions sportives, faire des jeux autour du thème de l’alimentation, etc.

Retours d’expériences“Mon territoire a du goût” à Tulle agglomération

 

4. S’appuyer sur des leaders d’opinion, c’est-à-dire des acteurs relais diversifiés, des “pairs” au sein des lieux de vie et d’activités. Se rapprocher également des groupes sociaux déjà formés : par exemple des équipes de football.

Par exemple – se rapprocher des adultes relais dans les quartiers, des services civiques, des bailleurs sociaux ou des conseils citoyens.

 

5. Sensibiliser les collectivités et les élus : c’est la condition pour que l’offre soit diversifiée et volontariste. Par exemple, c’est à la collectivité que revient le rôle d’implanter un marché de proximité de produits locaux ou encore une borne de retrait de produits locaux. Cela permet également de faciliter l’implantation de commerces alimentaires différents de la grande distribution dans les quartiers.

Conseils – S’appuyer sur des partenaires compétents sur ce sujet. Il s’agit des Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS), le service cohésion sociale/Politique de la ville, le Département (maisons des solidarités), les Contrats Locaux de Santé (CLS), les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), les Ateliers Santé Ville (ASV), l’Agence Régionale de Santé (ARS), etc.

 

Pour en savoir plus :

 

Contactez Nicolas Trézéguet, coordinateur du projet de recherche-action VRAC Bordeaux : coordination-bm@vrac-asso.org  

 

Revivez le cycle de rencontresAlimentation sociale et solidaire” (février 2021) : retrouvez le compte rendu et le replay de la plénière dans l’article qui lui est dédié aux côtés des autres synthèses d’ateliers.

 

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