Les systèmes alimentaires locaux, vecteurs d’emploi et d’insertion

Quelles sont les opportunités d’insertion et d’emploi pour les plus précaires, dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation de proximité ? Quels défis pour les acteurs de l’insertion ? Quelles sont conditions de réussite et points de vigilance pour garantir la viabilité économique de ces projets ?

Cet atelier d’échanges de pratiques a été proposé dans le cadre du cycle de rencontres “Alimentation sociale et solidaire (ASS)” en février 2021. Retrouvez des éléments de réponse dans cet article. Plus globalement, (re)découvrez le compte rendu et la vidéo de la rencontre sur l’ASS, lors du temps “acculturation”, le 02 février.

 

 

Un contexte favorable au développement de ces activités pourvoyeuses d’emplois

Les activités relatives à l’agriculture et l’alimentation de proximité sont en plein essor depuis quelques années. Trois raisons expliquent ces conditions favorables.

  • Une forte attente des consommateurs pour une offre alimentaire de proximité et de qualité
  • Des politiques publiques (nationales, régionales et locales) qui convergent pour accompagner une meilleure structuration de la filière alimentaire locale et de qualité.

Le plan pauvreté porté par l’Etat offre, quant à lui, des moyens conséquents pour accompagner les initiatives en matière d’insertion.

  • Un besoin pour les territoires de contribuer à cette dynamique en proposant un accompagnement et une structuration de la filière.

 

 

Des opportunités d’emplois nombreuses et des postes en insertion aux profils variés


“Les projets se multiplient en Nouvelle-Aquitaine depuis 3 ans dans le domaine du maraîchage et de la transformation” –
Guillaume Guéguen, chargé de mission “partenariats responsables” à l’Insertion par l’Activité Économique sur les territoires de Nouvelle-Aquitaine (INAE).

Les activités d’insertion sont ainsi pourvoyeuses d’emplois dans des domaines variés : maraîchage, transformation (lavage, découpe, conditionnement), logistique, commercialisation/vente.

Parmi ces activités, le maraîchage est en effet facilement accessible pour l’insertion car il ne nécessite pas de techniques complexes. En revanche, les activités liées à la transformation sont plus exigeantes car elles imposent le respect de normes sanitaires beaucoup plus contraignantes.

Lors de l’atelier d’échanges de pratiques organisé par PQN-A le 25 février dernier, la présentation de deux expériences a ainsi servi de support à la discussion entre participants :

  • La Milpa charentaise est une action de coopération entre quatre structures d’insertion.

Elle était présentée par (témoignage d’ Elodie Plassin, chargée de mission développement à la Milpa).

Retrouvez une fiche d’expérience dédiée au projet de la Milpa charentaise pour découvrir l’initiative plus en profondeur.

L’objectif de cette initiative est triple :

augmenter les volumes de production et de transformation de légumes destinés à la transformation,
structurer la commercialisation et l’offre logistique de produits transformés voire conditionnés
contribuer au développement de l’emploi local en maraîchage mais aussi sur tous les postes de la filière (transformation, logistique, commerce etc).

 

  • Un projet de légumerie qui vise l’accès de tous à une alimentation saine et durable aux alentours de Limoges.
    Le projet, présenté par Philippe Boetschi est en cours de montage,. Il répond à une logique multidimensionnelle de lutte contre le gaspillage, d’économie circulaire et d’éducation/sensibilisation. Le principe est d’acheter des fruits et légumes abîmés et non commercialisables à bas prix pour les revendre transformés à des associations caritatives. L’initiative vise également la restauration collective et des commerces plus classiques.

 

 

Quels défis pour les Structures de l’Insertion par l’Activité Economique (SIAE) ?

 

La réussite de ces projets n’est pas aisée et les opérateurs doivent faire face à différents défis.

  • Une problématique d’approvisionnement local et bio pour les activités de transformation. Sur les confitures et conserves, l’approvisionnement reste difficile pour avoir une gamme élargie. “C’est très compliqué de faire tout ça en bio. Les maraîchers bio arrivent à écouler leur production par ailleurs”.
  • Une problématique de dimensionnement des outils de transformation en fonction de volumes difficiles à quantifier précisément. Faut-il un seul atelier de transformation mutualisé sur le territoire? ou plusieurs petits ateliers ? La première hypothèse impose de “faire beaucoup de kilomètres pour transformer ça n’a pas beaucoup de sens sur le plan écologique”.
  • La modernisation des équipements. Elle est incontournable pour être compétitif et concurrentiel. Il convient néanmoins de privilégier un outil de production suffisamment accessible à des personnes éloignées de l’emploi.
  • Le développement de nouveaux partenariats avec les maraîchers. La production assurée par les SIAE est en effet insuffisante pour répondre aux besoins de la restauration collective et répondre à des marchés publics (Milpa charentaise). Il est important de nouer des contacts interpersonnels avec les maraîchers et légumiers pour mieux se comprendre et dépasser des relations qui peuvent apparaître a priori comme étant concurrentielles.
  • Des modes de gouvernance et des statuts à bien définir. L’enjeu est de sécuriser chaque structure d’insertion et de trouver des modes de fonctionnement garantissant de la souplesse, de l’adaptation et des prises de décisions rapides (Milpa charentaise). Statut de SCIC potentiellement pertinent pour le projet porté par Philippe Boetschi.
  • Le territoire, organisateur de la démarche alimentaire globale. Il s’agit de coordonner la démarche, d’organiser la transversalité et d’encourager les coopérations entre acteurs (Grand Libournais, agglomération de Saintes, réseau P.L.O.U.C. dans les Landes…), la démarche la plus aboutie étant le Projet alimentaire territorial.

 

 

Un équilibre économique difficile à trouver pour les projets d’alimentation sociale et solidaire

 

  • L’équation est difficile à résoudre quand on achète des fruits et légumes non commercialisables car abîmés à des maraîchers. Cela pour les revendre transformés au secteur public ou à des associations caritatives. La faible marge réalisée ne peut pas couvrir les coûts de fonctionnement.
  • Parallèlement, les aides publiques aux postes d’insertion ne couvrent pas les frais de fonctionnement de la légumerie. Comment financer ce delta?
  • Pour le projet limougeaud, le coût de sortie sera trop cher pour les associations caritatives. L’objectif est de créer un modèle hybride avec un volet social du projet structurellement déficitaire financé par le volet commercial. C’est à dire la vente de produits transformés aux commerces traditionnels.
  • La puissance publique est amenée à s’impliquer fortement pour garantir la pérennité de ces projets d’intérêt général. Des exemples existent à Saint-Herblain et à Marseille avec la légumerie solidaire du marché d’intérêt national.

 

 

Vous souhaitez en savoir plus ?

Consultez l’article proposé par PQN-A : Alimentation sociale et solidaire, quelles politique publiques ?

 

Contactez-nous !

Christophe Rochard, chargé de mission Dynamiques territoriales pour l’emploi
Tél : +33 (0)6 31 21 77 44
E-mail : christophe.rochard@pqn-a.fr

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