L’inclusion numérique, de quoi parle t-on? Par Pierre Mazet

Comprendre l’inclusion numérique, ses caractéristiques et ses enjeux, n’est pas toujours facile. A l’occasion de son intervention lors du webinaire “Les facteurs clés de réussite d’une démarche territoriale d’inclusion numérique”, le 27 mai 2021, Pierre Mazet nous a partagé quelques éléments de définitions.

Pierre Mazet est chercheur en sciences sociales, spécialiste des usages numériques. Il est notamment associé au Lab Accès, un projet de recherche action autour des questions de l’accès aux droits et aux services publics dans un contexte de dématérialisation. Retour sur les points forts de son intervention.

Vous n’avez pas pu assister à son intervention le 27 mai ? Visionnez le replay !

Les trois niveaux d’inégalités numériques

 

Pierre Mazet distingue trois niveaux dans lesquels les inégalités sont les plus fortes :

  1. Les équipements et la connexion ;
  2. Les usages : ce n’est pas parce qu’on est équipés et connectés qu’on a les mêmes usages. On peut avoir très peu d’usage (notamment avec les personnes âgées) et au contraire des usages très intenses (notamment avec les plus jeunes) mais peu diversifiés.
  3. L’inégalité d’accès à l’accompagnement humain pour apprendre le numérique.

 

L’inclusion numérique navigue entre deux pôles

 

1. L’inclusion numérique : la lutte contre l’exclusion par le numérique

“On est dans un phénomène de rattrapage : on s’est rendu compte des problématiques d’inégalités numériques avec le processus de dématérialisation. Autrement dit, il a fallu que les services publics dématérialisent pour qu’on se rende compte qu’il y avait des usages numériques différenciés”.

Le numérique est rendu progressivement obligatoire, notamment en raison de la dématérialisation des services publics. C’est donc un processus long qui rend les individus exclus du numérique : ils ne choisissent pas eux-mêmes d’être exclus, ils le subissent. Les publics qui ont le moins de chance d’être connectés sont les personnes âgées (plus de 75 ans) ainsi que les populations les plus précaires, et les personnes peu diplômées.

 

2. L’inclusion numérique : un levier vers l’émancipation

“La visibilisation de la demande d’aide numérique est extrêmement coûteuse en milieu rural, car elle est stigmatisante. C’est pour cela qu’il y a toute une éducation à faire autour de signaux de positivation du numérique”.

Cette émancipation par le numérique oscille entre deux volets :

  1. La montée en compétences, notamment sur le “numérique du quotidien” ;
  2. La citoyenneté numérique, car le numérique permet au citoyen d’être actif et autonome dans la société.

“Il faut tenir compte de la dimension émancipatoire du numérique. Arrêtons de penser que l’on va apprendre le numérique aux gens  en faisant des démarches administratives (…) Les fablabs ou la commande numérique sont de bons moyens d’attirer des gens, plus efficace que de les attirer par des déclarations d’impôts”.

 

Les questions qu’il faut se poser avant de s’engager sur l’inclusion numérique

 

Qu’est ce qu’on vise ?

” Il faut savoir se situer entre deux objectifs : lutter contre l’exclusion numérique ou lutter pour l’inclusion numérique”.

Favoriser la montée en compétences de ses citoyens sur le numérique ou favoriser l’autonomie de ses usagers dans leurs démarches administratives ne visent pas les mêmes objectifs :

  • On n’intervient pas dans les mêmes lieux ;
  • On ne s’adresse pas aux mêmes personnes ;
  • Ce ne sont pas les mêmes acteurs qui sont mobilisés.

 

Qui on vise ?

Qu’est-ce qu’on doit faire, avec quel public, où et comment ?

Point de vigilance : ne pas tout centrer sur l’e-administration dans sa stratégie.

 

Les personnes ont-elles vraiment envie de se former?

Les publics sont parfois extrêmement difficiles à motiver et à toucher, notamment si on s’attache au volet démarches administratives. En effet, cela demande des exigences cognitives très importantes de la part des usagers. Le processus d’appropriation est long, il faut :

  • du temps ;
  • des lieux appropriés ;
  • du matériel ;
  • du personnel qualifié.

 

Les enjeux de l’inclusion numérique

“Il y a un enrôlement au local qui est très important sur ces questions d’inclusion numérique”.

Selon Pierre Mazet, plusieurs conditions sont nécessaires pour mener une démarche d’inclusion numérique :

  1. Sensibiliser les élus : la présence d’un élu porteur est toujours facilitateur ;
  2. Mesurer (quantifier) et détecter les publics concernés (aller vers) ;
  3. Penser les chaines d’acteurs suivant son objectif (favoriser l’inclusion numérique, l’autonomie numérique ou l’accès aux droits…) ;
  4. Rassembler les acteurs : faire se rencontrer les mondes (notamment ceux de l’action sociale et de la médiation numérique). L’identification d’un chef de file facilite la coordination d’ensemble.

 

Pour en savoir plus :

 

 

 

Contactez-nous !

 

Contactez PQN-A :

Laurine Brun, référente inclusion numérique et territoires

Tél : 07 72 55 06 99

Mail : laurine.brun@pqn-a.fr

Contactez Hubik :

Hub de Nouvelle-Aquitaine pour un numérique inclusif

Mail : contact@hubik.fr

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