L’ingénierie dans les projets de revitalisation, de quoi parle t-on ? par François-Xavier Leuret

Photo François-Xavier Leuret

L’ingénierie est nécessaire dans les projets de revitalisation comme des soutiens de la création de valeur et de la narration du récit. Quelles types d’ingénierie solliciter pour construire ces projets ? Comment déployer ces ingénieries lors de la mise en oeuvre opérationnelle de ces projets ? 

François-Xavier Leuret, directeur de Soliha Nouvelle-Aquitaine et professeur associé à l’Institut d’Aménagement, de Tourisme et d’Urbanisme (IATU) apporte des éléments très éclairants sur les enjeux et la place de l’ingénierie dans les projets de revitalisation de centres-bourgs. (Re)découvrez l’intervention de Francois-Xavier Leuret, lors du webinaire proposé le 15 avril dernier par PQN-A, sur : “mobiliser les différentes formes d’ingénierie en faveur des centres-bourgs”.

 

Ingénierie, vous avez dit ingénierie ?

Pourquoi une ingénierie est-elle nécessaire dans un projet de revitalisation ?

L’ingénierie structure trois points essentiels d’un projet, sans en oublier aucun. Elle recherche à la fois :

  • la structuration des conditions d’un projet réaliste et réalisable,
  • l’apport d’analyses externes et internes qui alimentent la réflexion,
  • la mesure des écarts entre ce qui a été décidé et au fur et à mesure réalisé,
  • les conseils de toutes sortes nécessaires à tel ou tel point du projet.

L’ingénierie est ainsi composée de trois éléments importants, la création de valeur, le rythme choisi et enfin l’opérationnalité du projet.

1- L’ingénierie, soutien de la création de valeur

> Engager des projets de revitalisation des projets de renouvellement urbain, c’est définir une nouvelle dynamique de création valeur à partir du territoire et au territoire.

Cette nouvelle valeur (ou valeur renouvelée) est créée bien entendu avec les atouts et les potentiels, mais aussi de la réflexion nécessaire autour de la « raison d’être » du territoire.
Cette notion est donc centrale à tout projet de requalification d’un espace.

Christophe Sempels, économiste qui travaille depuis de nombreuses années sur l’efficience économique définit ainsi la raison d’être comme : « l’expression de la finalité d’un collectif dans laquelle ses parties prenantes se reconnaissent. Elle permet d’organiser les actions et les prises de décisions. Elle inspire et oriente. »

 

schema1-articleFXLeuret

Source : C. Sempels

 

Ainsi, un projet de revitalisation ne pourra être « utile » qu’à partir du moment où son efficience sera déterminée.

A titre d’illustration, nous pourrions revisiter ensemble les 19 et 20 ème siècles à travers le comportement des élus pendant ces décennies. Ce comportement pourrait ainsi être appelé celui des maires « bâtisseurs » ou de maires « gestionnaires ».
Pas une commune qui n’ait un certain nombre d’immeubles en propriété propre, pas un espace rural sans son « foyer », peu de communes en « sous équipement » foncier ou immobilier.

Une revitalisation de centre va donc interroger la commune sur sa «raison d’être »  propriétaire, révisant la gestion en bon père de famille des intérêts de la commune vers le sens du projet. L’immobilier patrimoine de la commune est-il une finalité, un héritage du passé, une opportunité au service d’un autre projet ?

 

> Pour définir un projet, il faut alors se frotter sur la notion de valeur.

Quelle valeur donner à mon organisation urbaine demain ? Quelle valeur de vie collective attendent mes concitoyens ? Quelles valeurs fondent le potentiel économique de mon territoire ? Quelles ressources produisent quelles valeurs ?

Ainsi, la première des questions que doit vous soumettre une ingénierie digne de ce nom, c’est :

« Quelle est votre raison d’être ? »

A partir de là, peuvent se décliner les éléments de création de la « valeur » de votre territoire. Ainsi, s’enchainent à partir de la création de la « valeur » l’ingénierie qui va vous permettre de la produire, de la distribuer et de permettre son appropriation. Puis viendront en finale la monétisation de cette valeur et sa répartition .

 

schéma2-Article

Source : C.Sempels

2- L’ingénierie, soutien de la narration du récit et détermination de la rythmique du projet

> Un projet de territoire est un récit, de ce qu’est et de ce que pourrait être le territoire.

La projection d’un territoire requiert qu’on raconte une histoire, celle d’aujourd’hui et celle de demain.
Cette narration, ce récit vont en effet s’écrire à partir d’un quotidien où l’objet aura plus d’importance que le projet. Mais où le projet doit être contenu dans tout objet défini…

Je présente ainsi souvent à mes étudiants : les intérêts de définir la force du projet de revitalisation dès le départ du projet, force centrifuge ou force centripète. Si le projet emploie la force centrifuge, il va alors poser dès le démarrage un objet fort ou symbolique au centre du territoire. Puis il va générer à partir de cet objet sa déclinaison radiale ou concentrique sur tout le territoire, du plus près de l’objet primaire, vers le site le plus éloigné.

A l’inverse, un projet utilisant la force centripète va utiliser un ou plusieurs objets très éloignés de la cible principale pour aller vers le cœur du projet. Cela réclamera sans doute plus de bouleversements du territoire, à amener progressivement jusqu’au cœur du projet.

Ainsi, le récit créé dès le départ par l’ingénierie du projet va construire la rythmique propre à chaque projet.

 

> Tous les projets se construisent en cinq grandes étapes :

  • une analyse situant des diagnostics multithématiques, analysant des données, des réalités factuelles ;
  • la détermination des enjeux du projet, phase toujours sensible et relativement difficile ;
  • le choix de la stratégie à déployer pour répondre à ces enjeux,
  • conduisant la programmation,
  • maitrisant sa réalisation.

 

Comme tout récit, le projet déterminera donc sa propre « musicalité ». La réflexion stratégique portera alors sur l’organisation, sur un espace, dans un territoire, des stocks qui composent cet espace : dimension géographique, foncier, immobilier, entreprises, populations, ressources naturelles etc. en relation avec les flux qui le traversent, flux matériels économiques mobilités matérielles, mobilités de populations, mobilités immatérielles, images etc.

Organiser la rythmique d’opération est donc sans doute une des choses difficiles, et nécessite des accompagnants aguerris, des pilotes expérimentés. Quand accélérer, ralentir, éviter un obstacle, choisir son véhicule, son carburant son itinéraire, ses étapes ?

Un des outils intéressants de construction du récit est le “design thinking”. Cet outil de créativité propose une rythmique pour conduire un projet de revitalisation, s’il est correctement employé.

 

 

 

L’ingénierie utilise des outils. Mais elle se construit différemment pour chaque projet. Elle ne permet pas en effet de « décréter » de façon autoritaire, académique, affirmée que le projet doit forcément passer par… telle étape. Elle adapte un récit propre à chaque territoire, une musicalité particulière.

 

3- L’ingénierie : mise en oeuvre et opérationnalité

> Nous préconisons à l’université de construire les projets de façon réaliste et réalisable.

L’ingénierie construit donc trois dimensions les projets : de la structuration des gouvernances et des compétences, à la détermination des fonctions et des outils et vers la mesure de l’action, son suivi et son évaluation. Son appui pose ainsi des questions d’ordre stratégique et opérationnelle auxquelles les communes et les intercommunalités doivent répondre.

Quelles ingénieries solliciter pour définir son projet de revitalisation et sa gouvernance ? Comment déployer et articuler de manière pertinente les ingénieries lors de la mise en place opérationnelle du projet ?

 

Les questions clés tournent souvent autour des termes suivants :

    • Que permettent les différentes études, l’expertise thématique plus ponctuelle ?
    • Ou quel doit être le travail d’un chef de projet dédié ?
    • Comment et avec qui définir son projet et sa feuille de route ?
    • Quelles modalités pour garantir une synergie de travail entre l’ingénierie dédiée, les partenaires, l’expertise externe et les services de la commune et ceux de l’Etablissement Public de Coopération Intercommunale (EPCI) ?
    • Comment définir les soutiens techniques appropriés pour la phase opérationnelle du projet ?
    • Quelles complémentarités entre professionnels et élus ?
    • Comment les élus locaux peuvent-ils assurer un portage politique de la démarche ?
    • Faut-il nécessairement des concertations ?

 

> Aujourd’hui, on voit apparaitre de plus en plus de « grilles » définissant quatre groupes d’études nécessitant une ingénierie ad hoc.

  1. Les études stratégiques qui comprennent un état des lieux, diagnostic à l’échelle d’un territoire, dont un diagnostic socio-économique et urbain, une analyse des éléments d’attractivité et des leviers de revitalisation. Cette analyse stratégique devra définir ou non la nécessité d’une stratégie conduisant à l’élaboration d’un projet global de revitalisation, d’un éventuel plan guide ou d’une simple feuille de route actions. Cette ingénierie sera adaptée aux besoins des territoires et des études qu’ils auront déjà menées.
  2. Les études pré-opérationnelles qui peuvent être multiples, telles l’élaboration de schéma ou plan thématique, une étude capacitaire, une programmation urbaine, une étude de marché, une étude de repérage et de gisement foncier à l’échelle de la ville, une étude de clientèle, un bilan numérique etc.
  3. L’ingénierie d’opération, qui doit permettre aux collectivités ou à leurs groupements des prises de décision, définissant les actions et leur dimensionnement, les alternatives, les conditions de réalisation possible, leur impact sur la création de valeur dans le territoire et leurs conditions d ‘évaluation et ce, dans différents domaines thématiques.
  4. L’ingénierie d’accompagnement, où l’on retrouve tous les concepts d’Assistance à Maitrise d’Ouvrage (AMO), d’Assistance à Maîtrise Urbaine (AMU) ou de mandat, concessions, contrats… Qui consistent à se substituer en tout ou partie à la conduite du projet par la gouvernance propre et directe.

 

On peut passer en revue le contenu de telles démarches d’ingénierie. Cependant, il faut savoir que l’ingénierie la plus adaptée sera celle qui « matchera » avec la gouvernance locale dans un dialogue franc. Elle ne sera pas toujours en accord avec cette dernière, mais avec une détermination forte de trouver ensemble la raison d’être d’un territoire et d’en construire alors la valeur

 

 

Vous souhaitez en savoir plus ? Inspirez-vous et ressourcez-vous avec PQN-A !

 

  • Visionnez le webinaire#5 du 15 avril 2021 sur la Revitalisation des centres-bourgs et centres-villes : “mobiliser les différentes formes d’ingénierie en faveur des centres-bourgs”.
  • Retrouvez d’autres articles sur la Revitalisation des centres-bourgs et centres-villes ici.

Partager

Étiquettes :
,