Olivier Bouba-Olga : “Cerner les causes du chômage au niveau local pour mieux traiter les problèmes”

Bouba-Olga

Olivier Bouba-Olga est professeur des Universités (Université de Poitiers) et chef de service études et prospective à la Direction de l’intelligence territoriale et de la prospective au Pôle DATAR du Conseil Régional. Olivier Bouba-Olga nous accorde un entretien et partage ses analyses sur l’emploi et le chômage dans les territoires. Il plaide pour une analyse fine territorialisée et pour la mise en place d’actions adaptées en fonction du diagnostic réalisé.

 

Pourquoi est-il important d’observer finement les dynamiques d’emploi et de chômage au niveau local ?

 

Les taux de chômage varient fortement selon les territoires. A l’échelle des Etablissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI), cela peut aller d’environ 5% à près de 20%. Raisonner sur le taux de chômage France entière, ou à l’échelle d’une région dans son ensemble, n’est donc pas suffisant. Il faut prendre acte de cette géographie du chômage. Il en va de même s’agissant des dynamiques d’emploi.

 

Quelles différences observe-t-on en matière de chômage entre les territoires de la région ?

 

Comme indiqué, les taux de chômage peuvent varier dans un rapport de un à quatre, voire plus si on regarde à l’échelle de certains quartiers… De plus, on constate qu’un même taux de chômage peut correspondre à des contextes territoriaux très différents. Dans certains cas, en effet, coexistent fort chômage et forte création d’emplois, sur certains territoires littoraux notamment. Dans d’autres cas, on observe un fort chômage et une faible création d’emploi (sur la communauté de communes Val de Charente, ou Côteaux et Landes de Gascogne, par exemple). Aussi, dans d’autres cas encore, coexistent faible chômage et faible création d’emploi. Croiser ces deux indicateurs, chômage et création d’emploi, est déjà riche de premiers enseignements et peut commencer à guider l’action.

 

Comment expliquer ces différences ?

 

Les différences de taux de chômage sont liées au fait que les marchés du travail sont des marchés essentiellement locaux. La mobilité des personnes est relativement faible, les spécialisations économiques se déploient à des échelles fines. C’est donc à l’échelle des territoires infra-régionaux, disons à l’échelle des zones d’emplois, que se structurent les marchés du travail.

 

Quels sont les principaux déterminants du chômage dans les territoires ?

 

Ces déterminants sont multiples. Ils peuvent en effet résulter de problèmes de formation des personnes, de mobilité, de logement, de garde d’enfants, d’emplois du conjoint, … côté demande. D’autres déterminants ont une origine côté offre : moindre dynamisme des entreprises, ou encore conditions de travail ou de rémunération des candidats… A noter que l’existence d’un chômage important sur un territoire ne signifie pas pour autant absence de problèmes de recrutement pour les entreprises, les deux problématiques coexistent souvent. Sans doute y-a-t-il là aussi un sujet à traiter : comment mieux accompagner les chômeurs pour qu’il puissent occuper les postes proposés par les entreprises, ce qui suppose de travailler conjointement avec les deux parties.

 

Quelle(s) réponse(s) apporter ?

 

Pour identifier les bonnes réponses, il faut avant tout identifier les déterminants principaux du chômage évoqués juste avant, qui peuvent différer d’une territoire à l’autre. Comme le problème est multidimensionnel, la réponse doit souvent être multi-acteurs et multi-échelle, en fonction des compétences de chacun.

 

Quel conseil simple donneriez-vous à un élu qui souhaite engager son territoire dans une démarche locale pour l’emploi ?

 

Je conseillerais de bien cerner le problème, en identifiant côté offre et côté demande les sujets à traiter, pour mettre ensuite en œuvre les réponses adaptées. Ce n’est pas forcément long ou difficile à faire :

  • collecter les informations statistiques disponibles,
  • compléter par de la collecte de terrain,

auprès des entreprises, des demandeurs d’emploi et des institutions qui ont des compétences en la matière. Néanmoins, ce qui peut être plus difficile ensuite c’est de mettre en place les bonnes réponses…

 

Quelles sont les ressources nécessaires à mobiliser pour la conduite d’une démarche territorialisée pour l’emploi ?

 

Il convient de combiner des ressources en termes d’analyse de la situation, pour relever l’enjeu de connaissance. Puis des ressources plus opérationnelles, pour mettre en œuvre les bonnes réponses. Une partie de ces ressources ne sont pas nécessairement sur le territoire, on peut les trouver à l’échelle des départements ou de la région, d’où l’enjeu de travailler de manière coordonnée avec eux.

 

Qu’est-ce que le Centre de ressources PQN-A peut alors faire ?

 

Il peut répondre à un enjeu essentiel : donner à voir ce qui s’invente sur les territoires, en précisant bien dans quels contextes s’inscrivent ces territoires. En effet, il y a une carence en la matière : beaucoup de choses s’inventent sur les territoires, sur tout un ensemble de sujets, mais on a collectivement du mal à capitaliser sur ces innovations. Non pas pour en faire des modèles génériques à répliquer partout, mais pour les donner à voir aux territoires qui sont dans des contextes proches et sont confrontés à des problématiques similaires, afin qu’ils s’en inspirent.

 

Pourriez-vous nous partager quelques actions que vous jugez particulièrement inspirantes et dire dans quel contexte elles s’inscrivent ?

 

Beaucoup de choses s’inventent et beaucoup sont encore à inventer ! J’ai notamment eu connaissance d’une initiative consistant à organiser un “rallye des chômeurs”. Ces derniers prospectent les employeurs potentiels sur un territoire sans prendre de rendez-vous préalables, en les interrogeant sur des besoins potentiels non couverts de stage, d’emploi à temps partiel, à temps plein, etc. Sur le Pays Bassin d’Arcachon Val de l’Eyre, ce rallye, organisé en mars 2021, a permis de recenser 147 intentions d’emplois en une demie journée !

D’autres initiatives comme “Pass Industrie” visent à déconstruire la séquence qui voudrait que le problème soit exclusivement celui des compétences des chômeurs, qu’il faudrait alors former, pour qu’ils occupent ensuite les emplois proposés par les entreprises. Souvent, ça ne marche pas : il faut travailler la façon qu’ont les entreprises de communiquer sur leurs besoins, dont elles accueillent les candidats puis les personnes, travailler aussi sur les représentations des métiers des demandeurs d’emploi, poser aussi bien sûr la question des compétences, mais sans considérer qu’il s’agit du seul problème.

Je suis convaincu également qu’une partie des réponses se trouve dans des solutions pleinement territoriales. Je veux dire par là qu’il faut arrêter de raisonner entreprise par entreprise, mais se doter d’une connaissance des besoins agrégés à l’échelle d’un territoire et réfléchir à des solutions collectives. “Pas Industrie” relève de cette logique d’ailleurs. Un autre exemple, ancien mais insuffisamment développé, est celui des groupements d’employeurs : il faut réinterroger les freins à leur développement, et tenter de les lever.

 

 

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