Parole d’acteur #7 : Franck Rouanes, délégué de la Préfète de Gironde (33)

Franck Rouanes est délégué de la préfète de Gironde (33) depuis 2018, après avoir travaillé dans des territoires en difficultés depuis 2005. Nous sommes allés à sa rencontre pour découvrir son parcours et son métier. 

 

1/ Si vous deviez vous décrire, comment vous présenteriez-vous ? 

 

Je m’appelle Franck Rouanes et j’ai 43 ans. Je suis fonctionnaire de l’Etat depuis 2005. J’ai travaillé en tant qu’enseignant, dans des territoires en difficultés (grande banlieue et rural isolé). Ensuite, du 1er septembre 2018 au 31 juin 2022, j’ai été délégué de la Préfète de la Gironde, sur les quartiers de la rive droite (Cenon, Floirac, Lormont et Bassens). C’est un territoire que je connais bien. En effet, j’y ai vécu pendant mon enfance. J’aime aussi beaucoup le Lot-et-Garonne, car j’y ai des attaches fortes.

 

2/ C’est quoi, un délégué de la Préfète ? 

 

J’utilise souvent une métaphore pour décrire mon métier : je dis que je fonctionne comme une membrane. Je suis cet entre-deux, un peu interstitiel, qui doit assurer la circulation entre différents milieux. Et une membrane, ça a un avantage : de temps en temps, tu peux la tendre, et ça fait résonance. Et ça, c’est ma deuxième fonction : faire remonter au corps préfectoral les éléments saillants qui se passent dans les quartiers, et inversement faire redescendre les informations importantes de l’Etat qui pourraient aider à soutenir un projet de territoire.

 

3 / Comment êtes-vous arrivé à ce métier de délégué de la Préfète ? 

 

On n’arrive jamais par hasard sur les métiers de la cohésion sociale et territoriale ! Il faut avoir une certaine idée de ce qu’est le service public, l’Etat, les institutions, et la place que cela doit avoir dans la vie des concitoyens. Moi, je suis républicain très premier degré. J’y crois en vrai. C’est sans doute aussi au regard de mon histoire personnelle. J’ai des parents qui n’ont pas fait d’études. En cela, j’ai vraiment profité de la promotion sociale par l’école républicaine. En effet, j’ai été boursier, j’ai fait une prépa…et maintenant, je suis délégué de la Préfète : ça a marché pour moi. Donc, je crois que ça peut marcher pour les autres, véritablement. 

C’est ce qu’il faut pour être un délégué de la Préfète : il faut y croire dans sa chair, sinon on prend son métier comme un métier administratif. Sauf qu’on n’est pas là que pour donner des subventions, sinon on ferait mal notre travail !

 

4/ Vous parlez de développement territorial, c’est quoi pour vous ?

 

C’est faire en sorte de permettre aux habitants d’un périmètre donné de réussir à s’accomplir individuellement dans un parcours choisi, et au niveau des communes, d’un quartier, d’un Etablissement Public de Coopération Intercommunale (EPCI), d’un Pays. En fait, c’est l’idée de fabriquer un commun. 

 

5/ En tant que délégué de la Préfète, vous estimez que vous participez au développement territorial ?

 

J’espère ! D’une part, parce que mon travail consiste à mettre en relation des gens les uns avec les autres. Ceci leur permet de développer leurs projets. Et d’autre part, l’essentiel de mon travail, c’est d’avoir une posture d’écoute active. J’écoute beaucoup les maires, les techniciens, les associations. Ils me disent ce qu’ils veulent faire, leurs besoins financiers et techniques pour que leurs projets aboutissent. 

 

6/ Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans ce métier ?

 

Ce qui me plait le plus, c’est le fait de ne pas avoir de journée type . D’une journée à l’autre, je fais des choses extrêmement variées. Un jour je peux être sur un jury de recrutement adultes relais, l’après-midi faire de la programmation de crédits, le lendemain assister à une réunion Taxe Foncière sur les Propriétés Bâties (TFPB), et ensuite aller rencontrer des associations. Je fais des choses tout à fait différentes. Le fait d’être en contact direct avec les gens, c’est très important pour moi.

 

7/ Pourquoi avez-vous choisi de vous engager dans la Politique de la ville ? 

 

C’est grâce à mon expérience d’enseignant. Quand j’ai travaillé dans les quartiers de Trappes pendant cinq ans, j’ai rencontré des gens formidables. Ils avaient juste besoin de quelqu’un pour leur dire “oui c’est possible !”. Donc j’ai voulu continuer dans cette voie. Et très pragmatiquement, à l’époque, il y avait plus d’emplois dans la Politique de la ville que dans le rural isolé. Par contre, je me suis toujours engagé sur des territoires que je connaissais. Ce qui m’intéresse, c’est d’être capable d’arriver sur un endroit, d’écouter les gens mais aussi de leur raconter une histoire, de comprendre ce qu’ils vivent.

 

8/ Vous êtes délégué de la Préfète sur les quartiers de la rive droite de Bordeaux. Que pensez-vous de ce territoire ? Que vous évoque t-il ? 

 

Ma mère habitait ici. Je sais donc ce que ça représente d’habiter sur la rive droite, notamment pour des personnes qui connaissent une rupture de vie. Très tôt on m’a expliqué que le logement social dans les quartiers pouvait être une chance à un moment donné, quand dans ta vie tu as des grosses galères. Depuis 2018 que j’y travaille, l’attachement pour ce territoire a grandi différemment, car j’ai fini par vraiment m’attacher aux gens et à leurs histoires. Maintenant, ce sont des gens qui comptent dans ma vie. On partage des valeurs, et des convictions aussi. 

 

9/ Quel est l’échec/le regret dont vous avez tiré le plus d’enseignements ?

 

D’un point de vue très personnel, il y a un champ du métier que j’ai peu investi, c’est la prévention de la délinquance. S’il y avait quelque chose à refaire demain, c’est un domaine sur lequel j’essaierai de travailler davantage. 

 

10/ De quoi êtes-vous particulièrement fier ? 

 

Je dirai que c’est d’avoir contribué à faire en sorte que le climat de travail soit serein, agréable et collaboratif entre les partenaires des communes. Je suis aussi fier d’avoir aidé à obtenir trois labels en trois ans, de Cité éducative et de Cité de l’emploi. C’était important de pouvoir montrer aux gens d’ici que je comprenais assez bien leurs projets pour être capable de les retranscrire dans le langage de la centrale. 

 

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Laurence Liégeois, chargée de mission Politique de la ville

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