Premiers effets du COVID sur l’emploi et l’insertion professionnelle des habitants des QPV

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Malgré l’action protectrice des pouvoirs publics, les répercussions sur l’emploi et l’insertion ont commencé à se faire sentir dans les quartiers prioritaires et risquent de s’accentuer. La situation invite à une analyse prospective sur les métiers de demain ainsi que sur de nouveaux modes de faire et à une collaboration toujours plus étroite entre acteurs de terrain et institutions publiques.

Si l’urgence liée à la crise du Covid est d’ordre sanitaire aujourd’hui, elle a toute les chances de devenir économique demain. Aussi, cette crise suscite-t-elle de nombreuses préoccupations quant à la situation de l’emploi et de l’insertion dans les quartiers.

Quelle est la situation de l’emploi pour les habitants des quartiers en ce début mai 2020 ?

 

Entre arrêt complet de l’activité et sur-exposition au Covid, les habitants des quartiers dans une situation ambivalente.

Les habitants en emploi résidant dans les quartiers exercent souvent des métiers peu « télé travaillables ». Après 6 semaines de confinement on constate que cela les place dans une situation ambivalente.

Ainsi, de nombreux secteurs pourvoyeurs d’emplois dans les QPV sont pratiquement à l’arrêt (restauration, BTP, IAE, intérim, économie informelle…). Cela contraint une partie des habitants à rester confinés sans pouvoir exercer leur activité.

A l’inverse, on observe dans les quartiers une surreprésentation des métiers assurant les services dits “essentiels” et donc particulièrement exposés au Covid19 : agent de caisse, aide soignant.e, livreur… Et pour cause, les principales offres disponibles sur Pôle Emploi se concentrent sur des postes d’aide soignant.e, d’infirmier.e ou encore d’agent logistique. Sans oublier la filière agricole qui peine à recruter des saisonniers.

 

Les jeunes en voie d’insertion ou de déscolarisation : les premiers impactés

Aux yeux des acteurs de l’emploi et de l’insertion, les jeunes sont les premiers impactés par la situation actuelle. C’est plus particulièrement le cas pour :

  • les jeunes en voie d’insertion pour qui le confinement vient briser un élan dans leur investissement.
  • les jeunes qui étaient en phase de décrochage scolaire pour qui la fermeture des établissements fut l’obstacle de trop. 

La continuité éducative est d’autant plus difficile à mettre en oeuvre que la fracture numérique est grande. L’outil numérique étant largement plébiscité comme moyen de maintenir le lien scolaire. Le jeune qui ne le possède pas, n’est pas en mesure de l’utiliser correctement ou qui n’en fait pas l’usage escompté, décroche encore plus rapidement

 

Comment les pouvoirs publics et les opérateurs de l’emploi et de l’insertion font-ils face à la crise ?

 

Etat et collectivités mobilisés auprès des acteurs de terrain pour jouer le rôle d’amortisseurs

Au cours de ces premières semaines de crise, les pouvoirs publics ont logiquement donné la priorité à :

  • la gestion de l’urgence sanitaire (services de soins, respect du confinement…)
  • aux problématiques directes qui en résultent (distribution de nourriture, continuité scolaire, prévention des violences familiales…).

Les questions de l’emploi et de l’insertion professionnelles demeuraient ainsi en second plan.

Néanmoins, rapidement, l’autorité publique a dû faire face aux difficultés des entreprises et des associations. L’Etat a mis en place un plan national d’urgence complété par un plan régional qui comprend des mesures dédiées aux associations. A ces mesures de soutien sont venues s’ajouter celles des Départements (exemples des Deux-Sèvres et de la Haute-Vienne) et d’une grande majorité d’EPCI (quelques exemples : Grand Poitiers, Grand Cognac et Grand Périgueux). Pour répondre aux difficultés de trésorerie du tissu associatif, l’Etat et la Région ont cherché à verser rapidement les subventions de droit commun et celles de la politique de la ville.

Les fonds d’aides doublés par la possibilité de mise en chômage partiel des salariés jouent certes un rôle d’amortisseur. Néanmoins, ils ne seront sans doute pas suffisants pour de nombreuses structures. A titre d’exemple, la situation des associations dont le modèle économique repose sur des manifestations ponctuelles inquiète particulièrement. 

 

Des acteurs de l’emploi –  insertion mobilisés mais à la marge de manoeuvre limitée

Dans cette situation de crise, les acteurs de l’emploi et de l’insertion font face. Les services publics de l’emploi maintiennent des permanences téléphoniques, certes avec difficulté et parfois davantage avec une posture “d’assistants sociaux”.

Certaines associations sont impliquées pour assurer la continuité scolaire et l’accès au numérique. D’autres opérateurs parviennent même à mettre en place des actions à destination des jeunes (formation, sensibilisation…) uniquement à travers des outils numériques.

Devant la pénurie de main d’oeuvre dans le domaine agricole, les acteurs de l’emploi et des associations cherchent aussi à mettre en lien agriculteurs et demandeurs d’emploi. Ex : Drop dans les champs à Bordeaux, Agen et Pau.Les acteurs économiques se sont également mobilisés dans d’autres secteurs essentiels et sous pression comme la production de masques en faisant notamment appel aux habitants des quartiers.

Toutes ces première initiatives, même si fondamentales dans un contexte d’urgence, ont un impact marginal au regard de l’étendue de la crise de l’emploi qui s’annonce. 

 

Le nécessaire partage d’information entre opérateurs de terrain et pouvoirs publics

Afin de passer à l’action, les acteurs de l’emploi auront besoin de messages clairs des pouvoirs publics quant aux aides accordées aux entreprises et aux associations. Cela suppose une collaboration étroite entre les institutions et les différents niveaux de collectivités pour coordonner leurs interventions.

Pour ce faire, l’État et les collectivités ont besoin de retours du terrain de la part des opérateurs (tissu associatif, SPE, CCAS…) pour repérer les difficultés locales et les projets fragilisés. Les associations ont par exemple été invitées à garder les médiateurs sociaux en activité, même à distance. Ces derniers jouent en effet un rôle précieux pour faire remonter les informations du terrain. 

Ces observations des “opérateurs” permettent aussi d’identifier “les trous dans la raquette” sur les mesures d’aide accordées aux structures employeuses et porteurs de projet. Les départements et les intercommunalités pourraient, pour cela, être appelés à agir en complément de l’Etat et de la Région. 

 

Quelle sera la situation de l’emploi dans les quartiers ?

 

Des acteurs préoccupés de ne pas être en mesure de faire face au “jour d’après”

La période qui s’annonce préoccupe les acteurs de l’emploi à plus d’un titre. 

Tout d’abord, ils craignent que le nombre de personnes en recherche d’un emploi n’augmente de façon significative. Ils anticipent également que ces personnes puissent faire partie d’un “public” moins éloigné de l’emploi. Si cela peut sembler un moindre mal, le changement de “cible” pourrait également contraindre les SPE à revoir leurs priorités.

Cette crise aura t-elle pour effet de reléguer le public plus éloigné de l’emploi ou “hors des radars” au second plan ?

Les invisibles d’aujourd’hui seront-ils encore moins visibles demain ?

Par ailleurs, les opérateurs redoutent d’avoir besoin de temps avant d’être en ordre de marche pour faire face à cette situation nouvelle. D’abord parce que la gestion administrative risque d’être chronophage (justification du chômage partiel, des temps passés, des dépenses…). Ensuite, parce que la distanciation sociale impose des pratiques différentes et donc de revoir certaines actions. Enfin, parce que l’incertitude sur la tenue des élections municipales ne permet pas d’envisager à court terme de plan stratégique.

 

Préparer “l’après”, une réflexion prospective qui dépasse le périmètre des quartiers…

Cette crise, aussi bien nationale que mondiale, nous amène à sortir d’une vision étriquée du “quartier” et de ses “opérateurs”. Elle nous invite à poser des questions prospectives plus larges :  quels seront les métiers de demain ? de quelles compétences auront besoins les entreprises ? l’offre croissante dans les secteurs de l’agriculture, la logistique, est-t-elle destinée à se poursuivre après le confinement ? L’émergence de nouveaux métiers autour du numérique constitue par exemple une opportunité tant pour résorber la fracture numérique dans les quartiers et que pour accompagner la transition numérique des entreprises. 

 

…et qui invite les acteurs à se réinventer

La situation d’urgence nécessite également d’accompagner les porteurs de projet à deux niveaux :

  • A court terme, sur une adaptation des actions dans leur mise en oeuvre au titre de l’année 2020.
  • A moyen terme, pour un accompagnement à l’anticipation et à la transformation des projets en lien avec la nouvelle donne. Cette crise amène les acteurs à réinventer les projets de structures.

Qui sait à quoi ressemblera le monde de l’emploi dans les mois à venir ?

Soyons honnêtes, de manière générale, l’incertitude prédomine ! Les acteurs publics devront dans les prochains mois être encore plus attentifs aux changements à venir et aux défis qui se présentent à eux.

 

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Contacts équipe Politique de la ville :
Stéphane Denjean, Christophe Rochard, Nicolas Mann et Laurine Brun
Email : contact@pqn-a.fr

 

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