Quelle place pour la revitalisation des centres-bourgs dans les contrats de territoire ?

Photo de La Réole (Gironde)

La préoccupation des acteurs publics pour la vitalité des centres-villes et centres-bourgs est relativement récente (1). La revitalisation des centres-bourgs s’inscrit dans le cadre de politiques publiques dédiées définies au cours des dernières années. Elles se poursuivent en 2020 au travers de différents programmes ou appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) : programme national “Action coeur de ville” en 2018, AMI régional Nouvelle-Aquitaine “Revitalisation” en 2019, programme national “Petites villes de demain”.

 

C’est dans ce contexte d’intérêt croissant pour la thématique que la région Nouvelle-Aquitaine a ainsi entamé en 2018 un travail de contractualisation avec ses territoires pour soutenir leurs projets.

En juin 2020, la Région a signé 51 contrats. Cette note vise à analyser le traitement de la problématique de la revitalisation des centres-villes et centres-bourgs dans ces contrats :

  • Les territoires sont-ils préoccupés par la dévitalisation de leur centres-bourgs ? Considèrent-ils cela comme une problématique ? La revitalisation de ces centres figure-t-elle au rang de priorité ?
  • Sous quel angle la thématique de la vitalité des centres-villes et centres-bourgs est-elle abordée dans ces contrats ?
  • Qu’est-ce que cela est susceptible de dire du traitement de la problématique par les territoires ?

 

Point méthodologique

L’analyse repose sur un échantillon de 10 contrats portant sur des territoires aux dynamiques et échelles variées sur les trois anciennes régions de Nouvelle-Aquitaine (2). Cet échantillon ne prétend pas dresser un constat exhaustif mais permet de mettre en perspective les tendances de ces contrats. La majorité des contrats étudiés sont des contrats de “dynamisation et de cohésion”. Ils traitent de territoires plus vulnérables et susceptibles de connaître une dévitalisation de leurs centres-bourgs et centres-villes. Dans chaque contrat, on trouve, au minimum, une synthèse du diagnostic, des enjeux stratégiques et un plan d’action.

Cette analyse est à considérer comme un rapport d’étonnement sur la place de la revitalisation des centres-villes et centres-bourgs au sein des contrats et des perspectives possibles pour ceux-ci. 

Le bourg de La Réole (Gironde)

Le bourg de La Réole (Gironde)

Une problématique largement partagée

La problématique de la vitalité des centres-bourgs apparaît dans tous les contrats de territoire analysés. Ce sujet n’était quasiment pas présent dans les précédents contrats de territoire. Cela témoigne d’une prise de conscience politique qui fait suite à une demande sociale. On la retrouve énoncée de diverses façons. Parfois, le terme de « revitalisation » n’apparaît pas. Parfois, on lui préfère les termes « dynamisation » ou encore « restructuration ». La préoccupation des centres est, en tout cas, largement partagée.

Si les contrats citent souvent le sujet de la revitalisation, ils n’en font que rarement une priorité. Dans la plupart des contrats, on ne croise qu’une voire deux occurrences de termes traitant des centres. La question de l’équilibre entre centre et périphérie – directement liée à la question des centres-bourgs et centres-villes – n’est quant à elle évoquée que dans un seul des dix contrats analysés. C’est le cas du contrat de territoire Haute Lande Armagnac. 

 

Un sujet qui s’effiloche du diagnostic aux actions

Dans certains contrats (Sud et Ouest creusois et Sud Gironde notamment), la question de la vitalité des centres-bourgs se lit avec continuité : identification de la fragilité dans le diagnostic, formalisation de la revitalisation en tant qu’enjeu, proposition d’actions dédiées pour engager une démarche…  . 

On observe cependant un manque de contextualisation de la problématique dans la majorité des contrats.  La fragilité des centralités est rarement mise en lumière dès le diagnostic. La revitalisation apparaît régulièrement (quatre fois sur dix) au sein d’enjeux. La disparition de la thématique apparaît parfois après son évocation dans les enjeux. Parfois, au contraire, elle apparaît dans la liste des actions phares sans avoir été introduite précédemment.

Autrement dit, sur ce thème, le chaînage logique (diagnostic/enjeux/actions) du début à la fin de certains contrats pose question. La cohérence de la démarche s’avère alors difficile à lire et interroge la légitimité des actions proposées.

 

Des réponses opérationnelles à préciser en matière de revitalisation des centres-bourgs

Lorsque la revitalisation apparaît en enjeu, la déclinaison en action est parfois inaboutie. A l’inverse, on observe parfois des actions qui concourent à la revitalisation des centres sans que celles-ci ne soient évoquées dans le diagnostic ou dans les enjeux du territoire.

Dans d’autres cas encore, le passage à l’action semble plus répondre à des besoins d’équipements qu’à une vision stratégique d’ensemble. Cela témoigne de la réflexion encore nécessaire de la part de certains territoires pour engager une démarche de revitalisation de leurs centres-bourgs. 

Ces propos sont cependant à nuancer au regard des projets de revitalisation qui existent parfois sans pour autant figurer dans lesdits contrats. Cela nous rappelle que les contrats ne sont pas exhaustifs et ne peuvent être considérés comme des parchemins de vérité. 

Notons toutefois une pratique intéressante. Le territoire Sud et Ouest Creuse a mobilisé les crédits du contrat de territoire pour faire appel à une ingénierie dédiée sur la revitalisation ; L’objectif étant notamment d’assurer une meilleure cohérence stratégique et opérationnelle de la revitalisation de ses centres-bourgs. 

 

Un traitement par entrée thématique

La notion de revitalisation des centres apparaît souvent sous forme thématisée dans les enjeux : revitalisation commerciale, réhabilitation de l’habitat en centre ancien, redynamisation de l’emploi ou de l’économie présentielle… 

Ces entrées thématiques constituent autant de difficultés pour aborder le sujet de façon globale. La nature multi-thématique de la question des centralités s’estompe ainsi.

 

La difficile articulation des échelles

Les contrats portent un regard analytique principalement à l’échelle de leur territoire. Les actions évoquées dans ces contrats ont pourtant vocation à être menées et soutenues par plusieurs niveaux de collectivités, à plusieurs échelles. L’articulation des différentes échelles de ce territoire permettrait peut-être d’en appréhender mieux la complexité et l’hétérogénéité géographique. Les dynamiques de changement d’échelles peuvent enrichir les réflexions.

En complément de ces contrats, il est intéressant de consulter les documents d’urbanisme correspondant. Dans certains cas, on apprend davantage sur le renforcement des centralités et les réflexions en cours sur le sujet que dans les contrats de territoire. 

 

Piste de réflexion pour l’amélioration du traitement de la revitalisation des centres-villes et centres-bourgs dans les contrats de territoire

Le thème de la dévitalisation des centres est devenu une préoccupation majeure pour beaucoup de territoires et apparaît clairement dans les contrats étudiés. Nous cherchons ici à lister quelques pistes pour améliorer son traitement dans ces contrats. 

  • Quand la notion est repérée dans le diagnostic, on s’attendrait à ce qu’elle soit ensuite déroulée dans les enjeux puis formalisée sous forme d’actions concrètes.
  • Le découpage souvent thématique des contrats favorise insuffisamment la transversalité nécessaire au traitement de cette problématique dite “globale”.
  • Une double approche thématique/géographique des enjeux des contrats faciliterait peut être une démarche plus transversale. L’approche géographique permettrait de saisir l’hétérogénéité du territoire mais aussi son armature urbaine (polarisé, multi-polarisé etc). Serait-il, par exemple, intéressant de faire davantage le lien entre ces contrats et les documents d’urbanisme ?
  • Enfin, une réflexion à plusieurs échelles (communes, intercommunalités, département, région) pourrait améliorer la cohérence du projet territorial. L’implication des autres niveaux de collectivité serait ainsi souhaitable.

 

(1) : Rapport de Monsieur Yves Dauge “Plan national en faveur des nouveaux espaces protégés”– Septembre 2016 ; Rapport sur la revitalisation commerciale des centres-villes de l’inspection générale des finances – Octobre 2016 ; Rapport d’information n°676 du Sénat – juillet 2017

(2) : Châtaigneraie limousine, Haute Lande Armagnac, Isle en Périgord, Médoc, Niortais-Haut Val de Sèvre, Pays Basque, Sud et Ouest creusois, Sud Gironde, Vallée du Lot.

 

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