Retour sur les rencontres “Filières alimentaires et économie du territoire” du réseau des démarches alimentaires territoriales

« Manger c’est incorporer un territoire. » C’est en invoquant Jean Brunhes, géographe du début du XXème siècle, que Nathalie CORADE résume l’esprit des rencontre d’automne du Réseau des démarches alimentaires de territoires. Retrouvez un condensé des échanges de cette rencontre sur les filières alimentaires et l’économie du territoire.

Près de 200 participants ont assisté aux rencontres organisées le 17 octobre à St Jean d’Angély (17) et le 7 novembre 2019 à Agen (47). Elles ont conclu un cycle de rencontres déployé en 2019 dans le cadre de la Feuille de route régionale pour une alimentation durable et locale en Nouvelle-Aquitaine. Une vingtaine de projets ont illustré l’ancrage des productions agricoles et alimentaires dans toute la région Nouvelle-Aquitaine. Ils confirment aussi la plus-value de filières agricoles et alimentaires : elles répondent à une demande croissante de produits locaux, tout en rémunérant mieux producteurs, éleveurs et agriculteurs.

La plupart des initiatives présentées au cours de cette journée ont été lauréates de l’Appel à Projets (AAP) régional en faveur des circuits alimentaires locaux et des projets alimentaires territoriaux en Nouvelle-Aquitaine. 

 

Des territoires d’accueil emblématiques des filières alimentaires

A Agen avec la présence de l’agropole à Estillac et du centre de ressources technologiques Agrotec. Ces deux structures témoignent de la vocation économique du territoire en matière d’agroalimentaire. Avec 113 entreprises et plus de 2500 emplois, l’agropole remplit des missions d’accompagnement et d’accueil des entreprises agroalimentaires depuis près de 30 ans. Il bénéficie pour cela de l’expertise technique d’Agrotec, centre de ressources technologiques dédié à l’alimentation et d’une pépinière d’entreprises sur le site.

Avec le programme européen LEADER (Liaison Entre Actions de Développement de l’Economie), le Pays de l’Agenais dispose d’un outil financier appréciable. Ainsi, 3 projets ont été accompagnés récemment, comme  la création d’une plateforme alimentaire.
La présence du MIN Agen Boé, le marché d’intérêt national, constitue aussi un atout. Ce marché de gros se positionne comme un outil pour renforcer des liens entre les producteurs et l’aval de la filière: grandes et moyennes surfaces ou restauration hors domicile…

A St Jean d’Angély, la rencontre a eu lieu à Val Bio Ouest. Le programme LEADER de Vals de Saintonge a pour ligne directrice la création de valeur ajoutée à partir des ressources locales. L’objectif est d’accroître la valeur des productions locales en favorisant leur transformation sur place. Les équipes tablent d’abord sur l’accompagnement des filières (ingénierie, actions de réseau). En second viennent les projets de diversification agricole portés par les agriculteurs et l’implantation de projets agro-industriels bio. Pour cela, Val Bio Ouest, un parc technologique de plusieurs hectares, est destiné à l’implantation d’outils de valorisation de la production bio régionale.

Retrouvez les supports diapositives de Vals de Saintonge et d’Interbio en ligne.

 

La relocalisation des filières alimentaires en question

Pour Nathalie Corade, enseignante chercheuse à Bordeaux Sciences Agro, la relocalisation des filières alimentaires se pose à travers 4 questions. Son cheminement a d’abord donné corps à une vision transversale pour « considérer les projets alimentaires de territoire comme des cadres d’opportunités intéressants pour la relocalisation des filières». Elle relativise ensuite son propos en évoquant le danger de l’enfermement dans une vision autarcique.

Retrouvez son support diapositives en ligne.

 

Le public de St Jean d'Angély

 

Et les producteurs dans tout ça ?

Plusieurs filières en faveur de la valorisation des produits bruts ont été présentées. D’abord à St Jean d’Angély portant sur les filières blé-pain-farine et ensuite à Agen sur la viande bovine.

Une agricultrice et un boulanger ont donc expliqué les objectifs de la “Dynamique Céréalière”, une filière blé-farine-pain montée en Poitou-Charentes depuis bientôt 10 ans. A suivi une démarche baptisée Herriko Ogia a été présentée par la chargée de mission du cluster Uztartu, en Pays Basque. Leurs présentations ainsi que leurs fiches d’expérience sont consultables à la fin de l’article.

La filière Herriko Haragia est née d’une réflexion entre éleveurs et des acteurs de la filière. La production de viande ne contribue traditionnellement que marginalement au revenu des agriculteurs. Dès lors, comment s’organiser pour mieux valoriser les veaux et les vaches issues de cet élevage extensif ? Les membres du cluste ont alors défini un cahier des charges collectivement et ont bâti la filière pour garantir un prix rémunérateur aux éleveurs.  Cette filière adossée à un cluster Uztartu et avec l’appui de l’association EHLG connaît des débuts encourageants. Elle associe notamment tous les acteurs de la filière, abattoirs, transformation, négoce.

« Pour les magasins de producteurs fermiers, le bénéfice du produit local ne fait plus aucun doute ». D’après l’animatrice circuits courts de l’AFIPAR (Association de Formation et d’Information des Paysans et des Ruraux), les résultats d’une étude régionale ont révélé l’efficacité mais aussi les contraintes de ce modèle de coopération entre producteurs. Et ce, quelle que soit la taille du magasin.

La présentation de Laurence ROUHER est consultable sur ce lien.

 

 

Et si la demande de produits locaux n’était qu’une mode…

C’est M. LEMENEUNIER, directeur d’un supermarché Auchan, qui nous confirme qu’il ne s’agit pas d’un engouement passager, bien au contraire. On constate à travers les 20 expériences présentées sur les 2 journées que tous recherchent d’anciennes pratiques, les recrées ou les réinterprètent. C’est le cas aussi pour la Celmar une coopérative de 700 producteurs amenée à se reposer la question du modèle coopératif autour de la diversification de ses débouchés en circuits-courts ! Depuis 10 ans Coop Atlantique travaille sur les approvisionnement locaux pour le réseau Super U. L’an dernier, c’est le groupe Auchan qui a recruté un responsable fournisseurs régionaux pour capter au mieux l’offre locale régionale.

On assiste donc à une multiplication du nombre d’initiatives et de leur diversité. Cela nous amène à nous poser la question de l’articulation de toutes ces actions sur un territoire. Dès lors, comment favoriser la cohérence et permettre la coopération ?

“Mais le désordre fait du bien !” nous répond Nathalie Corade.

 

 

A l'abbye royale de St Jean d'Angély

L’exposition des 3 kakemonos représentant le système d’acteurs agricoles alimentaires en Nouvelle-Aquitaine présentée à la rencontre “Filières alimentaires et économie du territoire”.
En savoir plus sur notre site.

 

Continuer à valoriser les produits locaux, jusqu’à la fourchette

C’est le credo d’une jeune start-up bordelaise, My Farmers. Elle s’évertue à mettre en relation les producteurs autour de Bordeaux et les restaurateurs. Pour cela, elle a recours à la data en masse traitée par des algorithmes mettant en relation offre et demande. L’accès à l’information est transparent pour les producteurs comme pour les restaurateurs. Cela permet d’ajuster au mieux la production au menu, et réciproquement.
A la chambre des métiers et de l’Artisanat du Lot et Garonne, on y croit aussi, comme au niveau régional. C’est pourquoi, l’animateur s’évertue à réveiller le réseau des « artisans gourmands » sur le département. Il s’agit donc à la fois de faire naître des vocations et d’inscrire des adhérents dans une démarche collective. Tout cela pour faire reconnaître la qualité des produits alimentaires autour de principes essentiels : fabriquer maison, innover, proposer un service de proximité et transmettre le savoir-faire.

 

Nathalie CORADE conclut la journée sur une note d’optimisme en constatant que « le foisonnement va faire sens, même si tout le monde n’est pas d’accord sur tout ». Le débat reste ouvert, « l’important c’est aussi de retrouver de la valeur ajoutée à travers des modèles économiques équilibrés, qui se cherchent encore, oscillant entre massification et offre plus restreinte mais répondant aussi à des besoins bien identifiés ».

 

Retrouvez les documents relatifs aux rencontres Filières alimentaires et économie du territoire

 

Les diaporamas complets des interventions
(Agen- pdf en ligne) (St J d’Angély – pdf en ligne)

 

Programmes des journées
(Agen- pdf en ligne) (St J d’Angély – pdf en ligne)

 

La liste des participants
(Agen- pdf en ligne) (St J d’Angély – pdf en ligne)

 

Les fiches d’expériences présentées lors des rencontres filières alimentaires et économie du territoire

Agen

 

Saint Jean d’Angély

 

Pour en savoir plus ? Contactez-nous !

 

Zoé PUJOL,chargée de mission
Tél : +33 (0)6 31 21 56 09
E-mail : zoe.pujol@pqn-a.fr
Xavier STEFFAN, chargé de mission
Té : +33 (0)6 31 26 44 23

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