Retours sur la web-conférence “La monoparentalité dans les quartiers populaires de Nouvelle-Aquitaine : enjeux et leviers d’action”

Entre 2019 et 2021, l’Association de Recherche et d’Etude sur la Santé, la Ville et les Inégalités (ARESVI) a mené une recherche action visant à documenter et comprendre le phénomène de la monoparentalité dans les quartiers populaires. Déployée sur onze sites, dont quatre quartiers prioritaires de la Politique de la ville, cette enquête sociologique visait à éclairer les acteurs publics sur les besoins des populations et les pistes d’actions possibles. PQN-A a organisé le 14 décembre 2022 une web-conférence visant à partager les enseignements de l’étude et de la mise en œuvre d’actions à l’échelle de différents territoires.

Vous pouvez retrouver ici les principaux éléments clés de cette  web-conférence qui s’est articulée en deux temps : un premier temps de présentation de l’étude par l’Aresvi, et un second temps de témoignages de deux territoires de Nouvelle-Aquitaine ayant mis en place des actions concrètes.

 

Les intervenants

  • Caroline LEGER, chargée de mission régionale Politique de la ville à la DREETS, Préfecture de la Nouvelle-Aquitaine
  • Johanna DAGORN, sociologue, Aresvi
  • Arnaud ALESSANDRIN, sociologue, Aresvi
  • Laura DOUTE, chargée de coopération, Communauté de communes de l’Île d’Oléron
  • Nathalie VERDIER, directrice du CIDFF 24 et Elisa GOULFIER, Conseillère emploi au CIDFF 24

 

 

Données clés de la monoparentalité dans les QPV de Nouvelle-Aquitaine

PQN-A a fait réaliser par Le Compas en 2022 une étude sur l’Observation des 81 quartiers prioritaires de la région. Cette étude fait ressortir que la monoparentalité est l’un des enjeux majeurs de la Politique de la ville. En effet, les familles monoparentales sont beaucoup plus présentes dans les QPV et elles font face à de plus grandes difficultés financières. Cela s’explique notamment par l’apport de ressources par une seule personne dans le ménage. Ainsi, 40 % des familles monoparentales vit sous le seuil de pauvreté contre 15 % des couples avec enfant(s).

Ce manque de ressources a des conséquences sur les conditions de vie de ces familles, et notamment des enfants. En 2018, 41 % des enfants mineurs vivant en famille monoparentale vit en dessous du seuil de pauvreté monétaire et sont donc pauvres, contre 21 % de l’ensemble des enfants.

part des familles monoparentales QPV

 

Au-delà de ce manque d’apport de ressources, la monoparentalité peut constituer un frein pour l’insertion sur le marché du travail. La question des modes de garde offerts à ces familles se pose dans les quartiers prioritaires. En leur absence, certaines femmes sont contraintes de ne pas travailler pour prendre en charge leur(s) enfant(s). Car la monoparentalité dans les quartiers populaires est une situation qui concerne beaucoup plus les femmes et participe largement aux inégalités femmes-hommes. En Nouvelle-Aquitaine en 2018, les femmes représentent 87 % des monoparents dans les quartiers prioritaires.

La monoparentalité, associée à de plus grands risques de pauvreté est donc une facette spécifique de l’inclusion des femmes dans les quartiers prioritaires et a des effets directs sur la situation professionnelle de celles-ci. L’inactivité des femmes est forte dans les QPV. Elle est souvent causée par la monoparentalité et la difficulté d’accès à un mode de garde petite enfance. Les répercussions sont évidentes pour les femmes, mais elles sont prégnantes également pour les enfants. En effet, ils sont beaucoup moins nombreux à bénéficier des services comme la cantine ou les activités périscolaires.

 

Les grands enseignements de l’étude sur la monoparentalité et les modes de garde

Dans l’enquête conduite par l’Aresvi, on constate que la monoparentalié renvoie en réalité à des situations diverses, en terme de niveau de vie notamment. De plus, les femmes et les hommes ne vivent pas la situation de monoparentalité de la même manière.

Téléchargez le support de présentation de l’Aresvi

  • Les familles monoparentales dans les QPV ont nettement moins recours aux systèmes de garde d’enfants que dans l’ensemble des territoires étudiés.
  • Le niveau de revenu ne suffit pas à expliquer l’éloignement aux services d’accueil des enfants.
  • Les hommes ont moins recours aux modes d’accueil car ils bénéficient davantage de soutiens de proximité, généralement de femmes.
  • Le contrôle social fortement présent dans certains quartiers empêche des femmes de faire appel à des services de garde, quand bien même elles en auraient la possibilité financière.
  • Les solidarités locales et familiales constituent une véritable alternative aux modes de garde : le recours aux voisins et aux aînés des fratries est particulièrement fort, ainsi qu’aux membres de la famille.
  • 10 % des enfants de monoparents dans les quartiers prioritaires se garde seuls à la maison.
  • Les familles monoparentales dans les QPV disposent de temps libre avec leurs enfants. Elles ont beaucoup moins accès à des activités de loisirs.

 

Retours d’expériences des territoires : les cas de la communauté de communes (CC) de l’Île d’Oléron et du Grand Périgueux

 

“Maman solo, papa solo”, une action déployée sur le territoire de la CC de l’Île d’Oléron

Contexte : Les élus se sont engagés sur ce sujet dans le cadre de la mise en place de la Convention Territoriale Globale (CTG). L’étude de l’Aresvi sur le territoire a permis de disposer d’un diagnostic fin des enjeux. Par la suite, un réseau d’acteurs de la parentalité a été constitué et mobilisé autour des questions de monoparentalité.

Objectif : faire émerger un groupe d’entraide permettant de rompre l’isolement des monoparents et de répondre à des besoins

Description de l’action : recrutement d’un groupe de parents, animation de ce groupe par l’association locale Maman en pause, diagnostic partagé des besoins, organisation de temps d’activités pour soi ou d’activités parents-enfants, financement de la garde des enfants pendant les activités dédiées aux parents

Financement : réponse à un appel à projets de la direction régionale à l’égalité et aux droits des femmes

Durée : neuf mois

Partenariat : une association locale Maman en pause et l’association Maison de l’enfance (accueil de loisirs géré par l’association Léo Lagrange Sud-Ouest)

Leviers identifiables : le portage politique, des acteurs ressources sur le territoire

Bilan de l’action : en demi-teinte, l’entraide entre parents n’a pas réellement fonctionné, les parents ne se reconnaissent pas forcément comme un monoparent.

 

“Toute Sport”, un dispositif porté par le CIDFF 24 sur le territoire du Grand Périgueux

Contexte : 30 % des femmes accompagnées par le CIDFF sont des monoparents. L’étude de l’Aresvi a permis de faire émerger des préconisations d’actions. Le CIDFF déploie depuis de longues années une série d’actions qui s’adressent notamment aux femmes monoparentales.

Objectif : Combiner activité physique et insertion professionnelle en travaillant sur les freins à l’emploi, détection de problématiques connexes (isolement numérique, santé, etc.), développement du lien social et de l’entraide

Description : organisation d’activités physiques pendant les temps scolaires, temps d’échanges et de paroles en présentiel et en numérique, marches exploratoires/jeux de pistes dans les lieux ressources du quartiers (parcs, structures associatives, d’accès à l’emploi et aux droits, centres sociaux, etc.)

Partenariat : large, acteurs de l’emploi, centres sociaux, acteurs de terrain de toute nature, notamment dans le sport

Freins à l’action : difficulté à mobiliser les publics, éloignement aux acteurs institutionnels, chronophage en termes d’animation, temps long pour le mettre en place

Leviers identifiables : action ciblée sur les publics femmes, pas spécifiquement orientée vers les familles monoparentales. Les modalités d’action sont adaptées aux contraintes et aux besoins de ces publics donc elles viennent. Travail fin de relationnel avec les femmes pour les mobiliser pour créer un lien de confiance (fidélisation des publics). Accompagnement individuel en parallèle de la participation à l’action collective. Importance du partenariat local.

 

 

Vous souhaitez en savoir plus, contactez-nous !

 

Laurence Liégeois, chargée de mission Politique de la ville

E-mail : laurence.liegeois@pqn-a.fr

Tél : 07 56 36 28 14

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