Sur la Rive Droite bordelaise, la transition alimentaire fait pousser l’emploi dans les quartiers Politique de la ville

Photo GPV

Depuis 20 ans, le groupement d’intérêt public du Grand Projet des Villes Rive Droite (GPV) soutient le développement des villes de Bassens, Lormont, Cenon et Floirac. Le projet de territoire 2021-2026 s’articule autour de deux grands enjeux : la Politique de la ville et les transitions. Illustration avec la transition alimentaire et l’emploi. A l’occasion de la visite rendue par l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT) à PQN-A, le GPV Rive Droite a présenté sa démarche de Projet Alimentaire Territorial (PAT) et les nombreuses initiatives qui fleurissent sur le terrain.

 

La transition alimentaire appréhendée dans sa transversalité sur les plans stratégique et opérationnel grâce au PAT

 

La transition alimentaire est appréhendée par le GPV via les enjeux d’aménagements et de développement économique, de mobilités, d’habitat et espaces publics, et de nature et culture. Cette approche transversale tant au niveau de la stratégie que dans l’approche opérationnelle des projets, répond aux trois grands défis du GPV Rive Droite pour 2021-2026:

  • favoriser les équilibres sociaux, économiques et environnementaux à l’échelle du GPV comme avec les territoires voisins
  • rendre accessible une meilleure qualité de vie et l’accès aux droits
  • engager une transition systémique: écologique, économique, sociale, culturelle et démocratique

 

Un Projet Alimentaire Territorial (PAT) à forte vocation sociale, en cohérence avec les enjeux du territoire

Le GPV rassemble 10% de la population de la métropole, et 43%  des habitants des  Quartiers prioritaires de la Politique de la Ville (QPV) de la métropole. 

Par conséquent cette démographie, et l’approche méthodologique transversale inspirée de la Politique de la ville, font de la cohésion sociale, du développement économique et de l’emploi des attendus importants du PAT de la Rive Droite.

Les démarches en faveur d’une transition alimentaire ont débuté en 2019. Aujourd’hui lauréat du Programme National pour l’Alimentation, le GPV Rive Droite est labellisé Projet Alimentaire de Territoire (PAT) pour la période 2022-2026.

L’axe majeur du PAT est l’approvisionnement en produits bio et locaux de la restauration collective publique qui comprend les écoles, les Établissement d’Hébergement pour Personnes Agées dépendantes (EHPAD), mais aussi le portage de repas à domicile pour les personnes isolées. Cela représente 6 000 repas/jour. Par conséquent, le GPV mobilise du foncier pour la production maraîchère in situ. Par ailleurs, le GPV accompagne les cuisiniers au changement de pratiques et les enfants des écoles au gaspillage alimentaire via le tri et la mise en place de micro-plateformes de compostage. En effet, chaque action est pensée pour constituer une opportunité d’insertion et ou, de formation, d’entrepreneuriat et de formation/sensibilisation pour les habitants.

 

Le PAT comme laboratoire de la transition alimentaire 

L’enseignement et la recherche constituent des piliers forts du PAT. Ainsi, Benjamin Chambelland, chercheur du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) de l’UMR Passages associé au GPV partage son temps entre la recherche et l’action pour animer et mettre en œuvre les projets du PAT. Il travaille aux côtés d’Anne Casenave, cheffe de projet Quartiers Fertiles (1). Le GPV participe également au projet de recherche SEREALINA (2) sur la sécurité et la résilience alimentaire dans la région. Il a aussi contribué à monter le projet QualipSO sur l’évaluation du potentiel levier que constitue la restauration collective, pour favoriser la transition agroécologique et l’emploi-formation. L’enjeu est notamment de faire de l’expérience du PAT de la Rive Droite un laboratoire de la transition alimentaire. Ce, dans le but de consolider un support de pédagogie et de formation pour les futurs chargé(e)s de mission. 

 

Quatre initiatives pour illustrer la transition alimentaire sur au sein du PAT de la Rive Droite

 

Produire des légumes locaux pour approvisionner les cuisines centrales des quatre Villes du GPV…

Le site du Grand Tressan à Lormont couvre 2,5 hectares exploitables en production maraîchère biologique. L’exploitation sera menée par l’un des deux lauréats de l’AMI lancée en mars 2022 dans le cadre du PAT par le GPV. Il s’agit des Coteaux Paysages, à la fois entreprise et atelier chantier d’insertion dans l’entretien des espaces verts depuis 35 ans sur le territoire. Le directeur et les directeurs techniques de l’Entreprise d’Insertion (EI) et de l’Atelier Chantier d’Insertion (ACI) évoquent le travail avec le Réseau Cocagne (3). En effet, celui-ci fait partie de l’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO) du projet. Il faudra aussi prévoir le recrutement d’un(e) maraîcher(e), chef(fe) de culture.

L’objectif est de lancer la production au printemps 2023, et de récolter à l’automne. Un projet de légumerie-conserverie porté par l’Entreprise solidaire d’utilité sociale Baluchon (dans le cadre du projet Food Factory à Cenon) permettra également de favoriser  l’approvisionnement de la restauration collective du territoire.

A proximité immédiate du site : des équipements sportifs de plein air, un local des associations, l’école du Grand Tressan. A côté aussi, la passerelle de la rocade qui mène à Génicart, quartier prioritaire de la Politique de la ville. L’enjeu est bien entendu de s’appuyer sur les dynamiques déjà présentes pour faire venir les enfants, cuisinier(e)s, et habitant(e)s sur site pour incarner les enjeux de transition alimentaire.

 

… tout en favorisant l’insertion par l’emploi

Les débouchés pour les personnes en CDDI (4) ne se trouveront pas que dans le maraîchage. Selon l’accompagnatrice socio-professionnelle (ASP) des Coteaux Paysage, les employés sont certes friands de maraîchage. Toutefois il est important, souligne le directeur, de diversifier la formation professionnelle. Ainsi on formera à la livraison, vente, au contact avec les clients etc. Ceci pour “favoriser les opportunités d’embauche dans l’emploi durable”. En outre pour le directeur, la parité au sein de ses employés est importante. Il vise ainsi 50% de femmes, sur 15 CDDI. Soit un ratio d’emploi à l’hectare. Un chiffre donc bien supérieur aux activités historiques d’élevage bovin qui employaient 2 personnes sur 100 hectares au siècle dernier. 

 

Des protéines animales made in QPV…

Il faut le voir pour le croire. Christophe Bagilet, élu à Floirac à la transition alimentaire, vice-président du SIREC (5) et entrepreneur, nous emmène dans la cave d’un HLM du quartier Dravemont à Floirac. Christophe est aussi agriculteur : avec ses deux employés, il élève des ténébrions (ou vers de farine) pour les commercialiser déshydratés. L’idée lui est venue en lisant un rapport de l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) de 2013.  Il y apprend qu’un tiers de la population mondiale se nourrit déjà d’insectes. Conquis, il nous explique les avantages de ces protéines animales.

D’abord, leur qualité nutritionnelle constitue un potentiel important pour nourrir l’humanité. En effet, les ténébrions comportent trois fois plus de protéines que le bœuf. Ensuite, la production de vers est vertueuse. Ainsi, “il ne rentre dans ce sous-sol que du son de blé bio cultivé à 50 km, et des feuilles d’endives vertes qui seraient autrement jetées et produites à 50 mètres d’ici, et il n’en ressort que de la nourriture et de l’engrais issu de la déjection des vers”.

Par ailleurs, Christophe Bagilet met un point d’honneur à n’utiliser que du bio, local. Il souhaite aussi s’inscrire dans une logique de réduction de l’impact sur les ressources naturelles. Il travaille au niveau européen à obtenir la reconnaissance du label bio pour la production d’insectes, et à l’autorisation de transformation (réduction en poudre, etc.) des vers.

 

… qui alimentent l’emploi

Christophe Bagilet s’engage aussi fortement sur le volet social. Il ne s’est donc pas installé dans ce quartier par hasard. “Au-dessus de nous, il y a 50% de chômage, moi je veux créer quatre emplois en insertion, et les pérenniser” explique-t-il. Et qu’en est-il de l’équilibre économique ? La réponse fuse : les débouchés ne sont pas un problème. En effet de nombreux prospects sont très impatients de pouvoir lui commander ses vers nature ou assaisonnés (au sel, au sucre, au piment d’Espelette, au caramel fait maison…).

Enfin, si la consommation de vers peut décontenancer, il l’affirme : “90% des gens osent goûter, et tous apprécient le goût noiseté, et la texture type chips, en particulier les enfants dont le goût est malléable et qui n’ont pas d’a priori”. 

 

La Maison popote : s’alimenter en produits bio, locaux dans son quartier… 

Dernière visite de la matinée : la Maison Popote, toujours dans le quartier Dravemont à Floirac. Celui-ci fait l’objet d’une opération de démolition-reconstruction dans le cadre du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU). Le chantier induit la fermeture du Lidl sur l’année 2022-2023. En réponse à l’inquiétude des habitants qui ne voyaient pas d’alternative pour faire leurs courses, l’association VRAC s’est installée dans un local mis à disposition par le bailleur social Aquitanis pour ouvrir une épicerie de produits secs et frais, en vrac. 145 familles adhérentes (3€ l’adhésion annuelle pour les habitants du quartier, 30€ pour les autres) viennent faire leurs courses, discuter autour d’un café, partager des recettes, cuisiner et manger ensemble. 95% habitent le quartier.

 

…et créer du lien entre voisins autour des enjeux de l’alimentation

“L’envie de créer du lien autour d’une tasse de thé ou de café est beaucoup plus forte que ce que nous avions envisagé”, confie une salariée. Cela interroge les deux salariés, les bénévoles et les habitant(e)s sur le devenir de cette épicerie. Elle devrait fermer en février 2023 à la réouverture du Lidl, et le local être détruit, mais que faire de tous ces liens créés entretemps ?

En attendant, VRAC contribue à l’accessibilité à une alimentation de qualité aux habitant(e)s. L’approvisionnement se fait le plus possible en produits bio, locaux, et direct producteur. Le client a la possibilité de payer 3 prix différents : le prix producteur, moins 30%, ou plus 20%. Le tarif -30% est rendu possible par le financement des pouvoirs publics, car ce n’est pas le prix payé à +20% qui permet de le financer.

VRAC propose aussi un groupement de commandes. 30 familles choisissent une fois par mois les produits à commander en commun, pour bénéficier de prix de gros. Mais il y a un certain nombre de barrières malgré l’accompagnement de VRAC. D’abord le fait de précommander, ensuite la mensualité, et puis l’utilisation d’internet. Dans ce projet aussi, la dimension emploi formation est importante: ce sont cinq jeunes du quartier qui ont été embauchés pendant trois semaines pour équiper le local et peindre la fresque murale, aux côtés des Compagnons bâtisseurs et d’un grapheur.

Resto Starter, la première couveuse de restauration en France

A proximité immédiate du Parc Palmer, de l’école de musique municipale de Cenon, et des terrains de tennis, Resto Starter est un restaurant-couveuse de restauration. En plus de son activité de restauration traditionnelle, l’association propose aux restaurateurs en devenir un accompagnement à la création d’entreprise. En parallèle, ceux qui le souhaitent peuvent venir se tester à la cuisine et au service dans le restaurant, avec des menus de leur choix, pour une vraie mise en situation. L’association a déjà accompagné 18 personnes, et huit ont monté leur entreprise, soit un taux de “transformation” de près de 50%.

 

Notes

(1) : En 2020, le GPV Rive Droite est lauréat avec Bordeaux Métropole à l’Appel à Projet (AAP) “Quartiers Fertiles”, piloté par l’ANRU et financé dans le cadre du plan France Relance. Cet AAP finance des projets d’agriculture urbaine dans les quartiers concernés par le NPNRU, pour renforcer la dimension environnementale des projets, considérant qu’elle est un levier de transformation.

(2) : “SEREALINA” pour Sécurité et résilience alimentaire en Nouvelle-Aquitaine est un programme de recherche commandé par la Région à la faveur de la crise sanitaire, et qui court de 2021 à 2026. Quarante chercheurs majoritairement en sciences sociales étudient la résilience et la durabilité du système alimentaire néo-aquitain, pour en analyser sa sécurité.

(3) : Le Réseau Cocagne accompagne depuis 1999 le réseau des 100 Jardins de Cocagne français, qui sont des structures d’Insertion par l’Activité Economique produisant des fruits, légumes et végétaux bio, en circuit court.

(4) : Contrat de travail à Durée Déterminée d’Insertion

(5): Syndicat Intercommunal de Restauration Collective

 

 

Vous souhaitez en savoir plus ? 

 

Rendez vous le site du GPV

Contactez le GPV Rive Droite :

  • Anne Casenave, Cheffe de projet Quartiers Fertiles

Mail: anne.casenave@surlarivedroite.fr

  • Benjamin Chambelland, Chercheur du CNRS associé au GPV

Mail: benjamin.chambelland@surlarivedroite.fr

 

Contactez PQN-A

  • Laurence LIÉGOIS, Chargée de mission politique de la Ville

Mail: laurence.liegeois@pqn-a.fr    Tél: 07 56 36 28 14

  • Christophe ROCHARD, Chargé de mission Dynamiques territoriales sur l’emploi

Mail: christophe.rochard(@)pqn-a.fr  Tél: 06 31 21 77 44

  • Alexia MICHOUD, Chargée de mission Démarches Alimentaires de territoires

Mail: alexia.michoud@pqn-a.fr  Tél: 07 56 38 26 89

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