Web-conférence #7 “Comment conduire son projet de revitalisation en tenant compte de ce que nous offre son patrimoine ?” : les dix points à retenir

web-conférence #7 patrimoine

Qu’est-ce que le “patrimoine” ? Quels sont les acteurs et les leviers à mobiliser pour la restauration et la réhabilitation du patrimoine ? Comment favoriser le recyclage urbain via de nouvelles pratiques pour reconvertir ou réinvestir les lieux patrimoniaux ? Avec qui travailler ?

 

Afin de répondre à ces interrogations, nous vous avons sélectionné les dix points saillants et les meilleurs verbatims de notre web-conférence !

Le 24 mars 2022, nous avons organisé une web-conférence autour du sujet “Patrimoine et revitalisation”. D’ailleurs, cette dernière a réuni près de 100 participants (élus, responsables locaux et autres).

Lors de celle-ci, une question principale : “Comment conduire son projet de revitalisation en tenant compte de ce que nous offre son patrimoine ?”

Les invités du jour étaient :

  1. Jacky Cruchon, consultant Urbanisme et Patrimoine et ancien directeur de l’urbanisme de Bayonne : intervention en lien avec Sites et Cités Remarquables de France

Téléchargez son diaporama de présentation juste ici

  1. Arnaud Tauzin, maire de Saint-Sever et conseiller régional (40)
  2. Pierre-Yves Marolleau, maire de Mauléon et président de la CA du Bocage Bressuirais (79)

Retrouvez la fiche d’expérience sur la requalification du site de l’Abbaye à Mauléon 

Pour clôturer, les acteurs institutionnels (Etat, Région Nouvelle-Aquitaine et Banque des territoires) ont conclu sur cette rencontre. Etaient alors présents :

  • Christine Diacon, directrice adjointe déléguée aux patrimoines et à l’architecture à la DRAC Nouvelle-Aquitaine
  • Sandrine Hernandez, conseillère régionale déléguée à la revitalisation des centres-bourgs, au foncier et à l’urbanisme
  • Emmanuel Lacroix, directeur territorial en charge des affaires régionales Nouvelle-Aquitaine, Banque des territoires

Retrouvez le replay de la web-conférence !

 

Voici en dix points ce que l’on peut retenir de ce temps d’échange !

 

1/ Les Sites Patrimoniaux Remarquables (SPR) sont des outils de mise en valeur et de sauvegarde du patrimoine, de médiation et de participation citoyenne

 

Jacky Cruchon, consultant Urbanisme et Patrimoine

La loi a prévu que ces SPR soient dotés d’un outil de médiation et de participation citoyenne. En effet, l’appropriation du territoire et de son patrimoine par l’équipe municipale, les acteurs et la population, est un enjeu majeur, faute de quoi l’ambition de revitalisation par le patrimoine en serait altérée. Pour que cette ambition devienne un outil partagé, il faut travailler par la médiation et la participation citoyenne.”

Retrouvez plus d’informations sur le site de Sites et Cités Remarquables de France !

 

2/ Le patrimoine est un fil conducteur transversal pour la revitalisation des centres-villes et centres-bourgs

 

Jacky Cruchon, consultant Urbanisme et Patrimoine

Travailler sur le patrimoine et investir le cœur de ville, c’est travailler sur la qualité urbaine, sur l’espace public, sur la circulation. C’est aussi l’accompagnement commercial. Il est important que le commerce se présente le mieux possible et qu’il soit soutenu pour avoir une dynamique et se développer. On a tous dans nos territoires des rez-de-chaussée vacants. Comment travailler pour les développer ? En dialoguant avec les commerçants, on a travaillé sur une présentation plus esthétique et non-concurrentielle des vitrines. Ce qui n’empêche pas chaque commerce de se signaler. Le commerçant est un tambour dans un territoire, il est important qu’il adhère à cette politique là.”

 

Jean-Yves Marolleau, maire de Mauléon et président de la CA du Bocage Bressuirais

Sur Mauléon, la population se rend compte que la commune évolue à la fois de manière moderne tout en respectant notre histoire. Il faut lier différentes actions. Par exemple, dans le centre ancien, on va rénover tout un appartement au-dessus d’un local commercial. Le but est de mettre à disposition des stagiaires médecins, kinés, infirmières qui peuvent venir travailler ou remplacer les professionnels actuels.” 

 

3/ Une dynamique multi-partenariale doit se créer autour des projets de revitalisation

 

Sandrine Hernandez, conseillère régionale déléguée à la revitalisation des centres-bourgs, au foncier et à l’urbanisme

On voit que ces projets autour du patrimoine et de la revitalisation engagent un certain nombre de partenaires. Si l’on veut qu’ils arrivent à aboutir sur du temps long, il faut associer les partenaires publics (services de l’Etat, la Région, le Département, les collectivités locales) et aussi les partenaires privés, que ce soit les artisans, les commerçants, les architectes, les agences immobilières, etc. Il est important de mettre en œuvre une dynamique multi-partenariale dès le début afin d’arriver à l’aboutissement des projets.”

 

Jean-Yves Marolleau, maire de Mauléon et président de la CA du Bocage Bressuirais

On a fait un SPR qui reprend bien l’histoire de notre commune et c’est important. C’est un travail de longue haleine mais c’est un travail à mener en commun et avec la population. Il ne faut pas travailler seul. Il faut s’appuyer sur tous les partenaires qui peuvent nous aider. […] Par exemple, avec l’agglomération et avec le soutien des partenaires (Région, Département, DRAC), nous avons refait le musée pour raconter l’histoire du Bocage Bressuirais.”

 

Arnaud Tauzin, maire de Saint-Sever et conseiller régional

On a un bâtiment inscrit au titre des Monuments historiques, l’hôtel de Bourrouilhan. Je peux donner un conseil pour ce cas de figure : avoir dès le début un architecte du patrimoine qui fasse un diagnostic global, qui rende compte du niveau de coût et qui puisse définir avec le propriétaire les priorités à la fois pour la sauvegarde du lieu mais aussi dans l’usage futur. Aussi, on milite pour qu’il puisse être rééligible au Loto du patrimoine. Il s’agit d’un levier financier supplémentaire mais c’est également un bon moyen de faire connaître et d’aller chercher du mécénat privé. Il faut aller chercher des partenaires au-delà des collectivités locales et des pouvoirs publics.”

 

4/ “On ne fait pas du patrimoine pour faire du patrimoine, il faut faire du patrimoine vivant.”

 

Jean-Yves Marolleau, maire de Mauléon et président de la CA du Bocage Bressuirais

On ne fait pas du patrimoine pour faire du patrimoine. Il faut faire du patrimoine vivant. On a mis sept ou huit ans pour obtenir le label Petites Cités de Caractère car à chaque fois qu’on a été recalé. Le jury nous disait : “Oui vous pensez refaire les bâtis, etc. mais comment vous voulez faire vivre votre patrimoine ?” On ne peut pas distinguer les deux choses, le patrimoine et son animation vont ensemble. Il faut que le bâtiment raconte une histoire.”

 

Arnaud Tauzin, maire de Saint-Sever et conseiller régional

Avec le patrimoine, il s’agit de donner du sens à la ville, de rappeler ce qu’elle a été pour construire ce qu’elle peut devenir. Il y avait un port à Saint-Sever, il en reste un bâtiment. Quelque soit la typologie de votre patrimoine, l’intérêt c’est de réinterroger ce qu’a été la ville pour mettre en avant une réalité. En faisant cela, il peut y avoir un sens à s’engager dans les démarches.”

 

5/ Rendre le centre-bourg attractif en animant le patrimoine

 

Arnaud Tauzin, maire de Saint-Sever et conseiller régional

“Si on veut que les gens viennent vivre en centre-bourg, il faut qu’ils puissent avoir une expérience sur place, que ça soit plus agréable de vivre là qu’en périphérie. On a donc rouvert les halles avec des boxes pour treize commerçants et agriculteurs à 45 euros par trimestre, tous équipés. Ils ont la particularité d’être rétractables. Donc, le samedi matin lors du marché, on a une vraie halle. Et, le reste de la semaine, on a un espace polyvalent de façon à ce que l’espace public puisse avoir plusieurs usages. Derrière ces halles, on a reboosté le marché du samedi. Il se fait aujourd’hui en musique car on finance tous les samedis midi une animation musicale de qualité.”

 

Jean-Yves Marolleau, maire de Mauléon et président de la CA du Bocage Bressuirais

On a travaillé à la mise en place d’un circuit pour emmener les gens dans différents lieux afin de leur montrer ce qu’est Mauléon. Quand on fait ce circuit, on se rend compte du passé historique, du passé industriel, etc. Il faut que les gens se rendent compte du lieu dans lequel ils vivent ou qu’ils traversent afin qu’ils soient des visiteurs actifs. Pour cela, on travaille avec des compagnies qui nous aident afin de bien associer les habitants et les visiteurs.”

 

6/ Il est important de valoriser l’identité territoriale et de donner l’envie de la transmettre

 

Arnaud Tauzin, maire de Saint-Sever et conseiller régional

On travaille pour la jeunesse aujourd’hui. C’est important que ceux qui grandissent dans un SPR soient, demain, les premiers ambassadeurs du mode de vie dans un SPR. Or, aujourd’hui, même la jeunesse du cru ne connaît pas son patrimoine. On doit travailler à cela au travers d’un musée, de l’accueil de classe, des animations, du dialogue avec les enseignants afin qu’ils connaissent l’histoire et le patrimoine matériel et immatériel de leur territoire. Je me dis que quelqu’un qui a grandi dans un SPR aura plus de chance d’avoir envie de vivre dans un endroit comme ça que dans un pavillon neutre et sans personnalité. Je crois beaucoup à la nécessité de transmettre ce qu’on a reçu.”

 

Jacky Cruchon, consultant Urbanisme et Patrimoine

La différence entre un PLU et un document de gestion d’un SPR c’est qu’on travaille avec une analyse très fine, pratiquement à la parcelle, pour bien comprendre d’où vient cette ville et où est-ce qu’elle peut aller. L’idée n’est pas de figer le territoire mais de bien comprendre son histoire, ses racines, son évolution et de se donner les moyens de poursuivre cette évolution dans une perspective moderne qui s’appuie sur ces qualités-là.”

 

Emmanuel Lacroix, directeur territorial en charge des affaires régionales Nouvelle-Aquitaine, Banque des territoires

Le sujet de l’identité me semble important. Comment le patrimoine peut-il devenir un marqueur territorial à l’image d’autres ingrédients du territoire (filières, démographie, atouts naturels) ? Et comment, à partir de ces marqueurs, peut-on élaborer une stratégie de territoire et construire un narratif territorial avec un marketing de territoire ? La Banque des territoires peut accompagner, très en amont des projets, avec les partenaires habituels, sur les stratégies territoriales et la place du patrimoine dans ces stratégies.”

 

7/ L’importance du portage politique et technique des projets de patrimoine

 

Jacky Cruchon, consultant Urbanisme et Patrimoine

Il est important qu’il y ait un portage politique fort. L’investisseur va être attiré par un marché porteur certes. Mais aussi par un marché qui peut devenir porteur grâce à l’ambition politique présente.”

 

Arnaud Tauzin, maire de Saint-Sever et conseiller régional

On a fait un AMI sur notre camping. Pour cela, on est parti sur une délégation de service public sur 30 ans. Le but étant que l’investisseur privé puisse avoir le temps de rembourser tous ses investissements. Il faut être ingénieux et j’ai la chance d’avoir des services compétents qui connaissent des dispositifs innovants. Donc, il ne faut pas se mentir, il ne faut pas se plaindre. Ce qu’on attend des élus, c’est d’être le premier des promoteurs et de travailler comme un commercial.”

 

8/ Le patrimoine naturel et paysager est fondamental

 

Jean-Yves Marolleau, maire de Mauléon et président de la CA du Bocage Bressuirais

Le retour sur investissement n’est pas que financier, c’est aussi vivre dans de bonnes conditions et dans un environnement agréable. […] Le patrimoine environnemental est essentiel. Dans le parcours, il y a des sites patrimoniaux naturels à visiter, l’intérêt c’est d’inciter et d’emmener les habitants et les visiteurs sur ces lieux. Ici, cela tourne beaucoup autour du patrimoine paysager du Bocage. On leur fait en effet découvrir ce qu’était un chemin creux.”

 

Arnaud Tauzin, maire de Saint-Sever et conseiller régional

La partie paysagère est fondamentale car elle participe aussi de l’aménité urbaine et du cadre de vie.”

 

Jacky Cruchon, consultant Urbanisme et Patrimoine

Le paysage est fondamental dans la politique et dans la qualité de vie des habitants. Il faut réfléchir, travailler et prendre l’ensemble paysager et urbain qui font ensemble la valorisation d’un territoire.”

 

9/ Créer du logement durable tout en sauvegardant le patrimoine, c’est possible

 

Jacky Cruchon, consultant Urbanisme et Patrimoine

Faire du logement désiré et désirable dans le cœur de ville c’est s’appuyer sur sa dimension, sa typologie, ses qualités patrimoniales. Mais c’est aussi, aujourd’hui, être capable de produire du logement performant en matière environnemental et d’économies d’énergie. Avec la Banque des territoires, on a travaillé sur un programme dans le cadre d’Action Cœur de Ville. Elle propose aux villes concernées d’appréhender la problématique d’avoir du logement performant, des bâtiments basse consommation tout en protégeant le patrimoine. C’est un défi tenable et il y a beaucoup d’exemples qui arrivent à concilier les dimensions patrimoniale et environnementale. N’hésitez pas à aller voir le site Creba, le centre de ressources pour le bâti ancien qui a pour slogan “faire des restaurations responsables”.”

 

10/ Le rôle de la DRAC

 

Christine Diacon, directrice adjointe déléguée aux patrimoines et à l’architecture à la DRAC Nouvelle-Aquitaine

Il est attendu de l’Etat qu’il soit expert, incitateur et facilitateur. Il faut que ces trois qualités soient opérationnelles et constatées dans l’exercice de ces missions. Ces dernières sont les suivantes : conseil, contrôle et appui technique et financier. Pour que ces deux dernières missions puissent se faire de la manière la plus fluide possible, il faut alors que le rôle de conseil ait pu donner sa pleine mesure. Il est donc important que les élus qui souhaitent avoir le soutien de nos services nous sollicitent très en amont du projet c’est-à-dire au moment de l’intention, bien avant que le projet soit avancé.”

Les services de la DRAC peuvent apporter :

  • Au moment du diagnostic : vous pouvez solliciter les services patrimoniaux de l’archéologie ou des monuments historiques. Ces derniers peuvent apporter des éléments de connaissance et des données qui sont importantes pour faire émerger l’épaisseur historique et permettre l’appropriation du futur projet. On peut, par exemple, soutenir le financement d’études patrimoniales qui concourent à ce diagnostic.
  • Au moment de l’élaboration du programme : vous pouvez solliciter les architectes des Bâtiments de France au sein des unités départementales de l’architecture et du patrimoine. Ils sont à même d’accompagner la collectivité dans cet exercice complexe, de déterminer les enjeux de son programme et d’affiner sa pensée programmatique de réhabilitation à partir d’éléments du patrimoine bâti. 
  • Dans tout le processus d’élaboration du projet : vous pouvez solliciter l’ensemble de nos services patrimoniaux, mais aussi les architectes-conseils de l’Etat que les DDT ou la DREAL. Ils peuvent mettre à disposition pour l’examen d’un projet. L’intérêt est de dépayser la réflexion et d’avoir un architecte qui ait à la fois une pensée patrimoniale et une pensée de construction neuve. 

Si l’ensemble de cette mission de conseil se fait dès le début et tout au long du projet, quand on arrive à la phase d’instruction du projet, ce contrôle est facilité tout comme l’attribution d’aides financières directes et indirectes.”

 

Retrouvez le replay de la web-conférence #6. Il est sur l’implication des habitants et des acteurs locaux dans les démarches de revitalisation !

 

Retrouvez nos ressources sur la revitalisation

 

 

Vous souhaitez en savoir plus ? Contactez-nous !

 

Coline Babaudou, chargée de mission Revitalisation des centres-villes et des centres-bourgs

E-mail : coline.babaudou@pqn-a.fr

Tél : 06 73 63 17 12

 

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