Table ronde sur la logistique des circuits courts : les points clés à retenir !

Le mardi 14 décembre, Pays et Quartiers de Nouvelle-Aquitaine organisait une table ronde sur la logistique des circuits courts alimentaires de proximité. Cinq intervenantes ont partagé leur expertise et leur expérience. Voici la vidéo replay et les points clés à retenir.

 

 

Les cinq intervenantes de cette rencontre étaient :

  • Amélie Gonçalves, ingénieure de recherche en sciences économiques à l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (INRAE) et co-animatrice du groupe Logistique des circuits alimentaires au RMT Alimentation locale
  • Laura Simonetto, chargée de mission Projets alimentaires territoriaux à la Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF) Nouvelle-Aquitaine
  • Mathilde Chaland, coordinatrice de Manger BIO Périgord
  • Laura Giacherio, co-fondatrice de La Charrette
  • Agathe Bruys, cheffe de projet Logistique des circuits courts au d’Initiatives Emploi en Pays Royanais

 

 

La logistique des circuits courts alimentaires de proximité : définition et enjeux (à 4’08 de la vidéo)

 

Support de présentation “Vers une logistique durable des circuits alimentaires de proximité : enjeux et solutions »

 

Amélie Gonçalves a rappelé dans un premier temps ce qu’était la logistique. L’occasion d’insister sur le fait que cela « dépasse les simples fonctions de transport, d’emballage et d’entreposage ». Le terme englobe donc d’autres étapes :

  • « Amont » : à l’échelle de l’exploitation
  • « Aval » : au moment de la distribution
  • « Inverse » : après la distribution (gestion des invendus, retour éventuel des contenants et emballages)

 

Des étapes qui correspondent aux opérations suivantes :

 

Puis la chercheuse a précisé les spécificités des circuits courts de proximité en matière de logistique :

  • Formes multiples (voir schéma ci-dessous), territoires très différents (urbain VS rural), engendrant des besoins différents
  • Flux fragmentés : petits volumes, points de départ multiples, points d’arrivée tout aussi nombreux et souvent proches
  • Diversité des produits et des contenants
  • Capacités d’investissement limitées des producteurs
  • Prise en charge par des non-professionnels (les producteurs)
  • Une logistique qui ne porte presque que sur du 1er et dernier kilomètre. Ce qui rend difficile d’appliquer les leviers classique de performance des circuits longs : massification, standardisation et optimisation

 

 

Face à toutes ces spécificités, le fonctionnement actuel des Cahier des Clauses Administratives Particulières (CCAP) apparaît peu durable au niveau environnemental, économique, social et sanitaire. Mais une multitude de services émerge déjà pour répondre à ces enjeux. Amélie Gonçalves et son groupe Logistique les ont classés en cinq grandes familles. Tout en mettant en garde sur « le manque de recul quant à la durabilité de ces solutions » :

  • Les apporteurs de service logistique
  • Service commercial assorti ou non d’un service logistique
  • Outils d’aide à la décision (type Logicout)
  • Facilitateurs : mise en relation entre acteurs
  • Formation à destination des producteurs

 

 

La logistique des circuits alimentaires de proximité : zoom sur la Nouvelle-Aquitaine (à 23’25 de la vidéo)

 

Support de présentation “La logistique des circuits alimentaires de proximité : zoom sur la Nouvelle-Aquitaine”

 

Laura Simonetto, chargée de mission à la Direction Régionale de l’Alimentation, l’Agriculture et la Forêt (DRAAF) Nouvelle-Aquitaine, a ensuite présenté les principaux résultats de son étude consacrée aux enjeux logistiques au sein des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) en Nouvelle-Aquitaine. Grâce à son travail mené auprès de 25 PAT et d’une vingtaine d’acteurs de terrain (logisticiens, associations, groupements de producteurs…), elle dresse les constats suivants :

  • Les PAT se font une définition hétérogène et incomplète de la logistique
  • La question logistique ne fait pas partie des raisons pour lesquelles un PAT est lancé. Mais au fil de la réflexion, elle apparaît dans le plan d’action
  • La solution logistique ne peut être unique et standard, elle doit s’adapter au territoire
  • Les PAT ont principalement un rôle de facilitateurs dans le développement de services logistiques. Ils aident à identifier les types de services existants, à coordonner le projet et les différents acteurs impliqués, et à activer des financements
  • Les PAT réfléchissent à une multiplicité de services. Solliciter l’expertise des acteurs des circuits longs, impliquer des structures d’insertion, innover via le fret fluvial ou les zones à faibles émissions 6.etc.

 

La logistique des CCAP en action : témoignages de trois expertes de terrain

 

Puis trois expertes de terrain ont chacune présenté leur service logistique.

Manger BIO Périgord : “un seul interlocuteur pour la restauration collective et les producteurs ” (à 38’20 de la vidéo)

 

Créée en 2012, Manger BIO Périgord est une association réunissant une soixantaine de producteurs BIO. Elle gère une plateforme logistique qui permet de n’avoir qu’un « un seul interlocuteur pour la restauration collective et les producteurs ». « Cela veut dire qu’on gère tous les flux, de la planification avec les producteurs, jusqu’à la facturation à la collectivité », précise Mathilde Chaland, la coordinatrice. D’un côté de la chaîne, la plateforme réceptionne les commandes de ses clients de la restauration collective et les dispache entre les producteurs. Et de l’autre, les producteurs apportent leurs produits sur l’espace de stockage loué par Manger BIO Périgord. « L’avantage pour les producteurs c’est qu’il n’y a qu’une seule commande, qu’une seule livraison, observe la coordinatrice. Ce système permet à la fois de massifier les produits pour nos clients et de répondre aux marchés publics. »

À partir de 2017, l’association a décidé d’avoir recours à un professionnel du transport, C.L.A.S Transports, un dégroupeur de la STEF. Un partenariat qui permet de transporter les produits dans les conditions optimales de la chaîne du froid. Mais aussi de toucher toute la restauration collective de Dordogne. « Ce transporteur passe dans toutes les communes de Dordogne, même les plus reculées, au moins une fois par semaine », souligne Mathilde Chaland. Un changement de modèle qui paye. L’association est passée de 200 000 € de chiffre d’affaires en 2017 à 1,3 million d’euros aujourd’hui, compte environ 150 clients, et emploie cinq salariés.

 

La Charrette : “connecter les acteurs des circuits locaux” (à 48’12 de la vidéo)

 

« Connecter les acteurs des circuits locaux », c’est ainsi que Laura Giacherio résume le service développé par La Charrette. Co-fondée en 2016 à Annecy, c’est une entreprise ESUS (Entreprise solidaire d’utilité sociale). « Notre métier avec la bourse de fret, c’est d’aller repérer partout sur le territoire des petits transporteurs locaux, indépendants, de les former pour pouvoir prendre en charge les produits locaux et circuits courts, et de pouvoir répondre aux sollicitations des acteurs de l’alimentaire et des circuits courts. »

Aujourd’hui forte d’un réseau d’environ 2000 « petits transporteurs », la Charrette s’était à l’origine positionnée sur la co-livraison entre producteurs. Laura Giacherio et ses collègues se rendent compte que « pour débloquer les circuits courts/locaux, et pour débloquer les flux au niveau local entre les acheteurs professionnels, il fallait s’appuyer sur un intermédiaire, c’est-à-dire une organisation entre le producteur et l’acheteur qui vient organiser un certain nombre de producteurs, et un certain nombre d’acheteurs, pour permettre d’outiller toute la logistique ». Seul hic : une offre de transport locale absente, ou peu satisfaisante pour gérer les premiers km (la ramasse chez les producteurs) et les derniers km (la livraison dans le point de vente). Un manque auquel La Charrette a donc décidé de répondre à partir de 2019 en réorientant son offre de service sur la mise en relation entre intermédiaires et transporteurs locaux.

 

Initiative Emploi en Pays Royannais (IEPR) : un outil impulsé par la Communauté d’agglomération Royan Atlantique (à 1h00’50 de la vidéo)

 

Sur le point d’être lancé, le service qui sera proposé par IEPR va consister en une collecte l’après-midi chez les producteurs, le stockage des produits dans le camion frigorifique durant la nuit, et la livraison chez les clients le lendemain dès 6h du matin. Aujourd’hui développé par une association d’insertion, cet outil a été impulsé par la Communauté d’Agglomération Royan Atlantique (CARA). En 2018, ayant identifié la logistique comme le principal frein au développement des circuits courts, la CARA a commandé une étude afin de faire émerger des idées de service logistique. « La volonté des producteurs a été de faire appel à un outil qui assure les livraisons mais dans lequel ils ne soient pas forcément impliqués, qu’ils ne mettent pas de temps dedans ni d’argent, retrace Agathe Bruys, en charge du développement du service au sein d’IEPR. Les producteurs avaient aussi la volonté de garder tout l’aspect commercialisation. »

C’est donc le modèle d’un « simple » service de livraison qui a été retenu et entrera en phase de test début 2022. Sans transporteurs locaux intéressés par ce débouché, la CARA s’est tournée vers une entreprise d’insertion, IEPR, pour assurer le transport. « On refacturera la livraison aux producteurs et ce sera à eux de répercuter ou non le tarif de livraison sur leurs prix de vente, détaille la cheffe de projet. On n’a pas du tout d’achat/revente de produits. Nos clients sont les producteurs. »

Le mot de la fin à la Région et à l’Etat

 

Pour finir, Geneviève Barat , conseillère régionale déléguée à la ruralité, aux circuits courts et à la feuille de route Alimentation (à 1h43’22 de la vidéo) et Isabelle Audouin, référente Industrie Agro Alimentaire (IAA) à la DRAAF Nouvelle-Aquitaine (à 1h58’36 de la vidéo) se sont partagés le mot de la fin. L’une et l’autre s’accordant sur la complexité du sujet et sur « le travail important qu’il reste à réaliser » dans le cadre du pacte alimentaire pour favoriser une alimentation durable, locale, saine et équitable en Nouvelle-Aquitaine.

 

Vous voulez en savoir plus ? Contactez-nous !

 

Fanny Laison, chargée de mission Démarches alimentaires de territoire

E-mail : fanny.laison@pqn-a.fr

Tél : 06 31 21 56 09

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