Cliquez ici pour fermer la fenêtre
Rechercher
Remonter en haut de la page
Design sans titre (24)

Parole d'acteur #17 : Eva Belin, maire d'Ondres (40)

Publié le 15/12/2023
Temps de lecture : 10 min
  • Partager
  • Partager sur facebook
  • Partager sur linkedin

Eva Belin est maire d’Ondres (40), vice-présidente de la communauté de communes du Seignanx en charge du Développement économique et du tourisme, vice-présidente du conseil départemental des Landes déléguée à l’Economie Sociale et Solidaire  et présidente du Comité de Bassin pour l’Emploi (CBE) du Seignanx. PQN-A l’a interrogée sur son parcours et sa vision du développement territorial.

PQN-A : Comment vous présenteriez-vous ?

Eva Belin : Je suis une citoyenne du territoire du Seignanx. J'y ai toujours vécu et y suis très attachée, car c’est mon berceau familial. Je suis maman de deux enfants, cela compte quand on est élue, je pense qu’on a une vision différente des choses. Ma première expérience d’élue remonte à 2001,  j’avais 22 ans. 

PQN-A : Pouvez-vous nous présenter ce territoire et les raisons pour lesquelles il est si important pour vous ?

J’y ai grandi, mon père est originaire du Seignanx, ma mère de Bayonne. Mes grands-parents, notamment mon grand-père, ont résisté ici et je suis attachée à ce territoire pour lequel il s’est battu. 

C’est un territoire particulier, coincé entre Biarritz et Hossegor. Cela lui confère une situation attractive au niveau national… et au local sa singularité est d’avoir d’une part une face littorale, avec des activités touristiques plutôt familiales pour un public ouvrier, de comité d’entreprise. D’autre part, un visage industriel avec historiquement les forges de l’Adour et aujourd’hui Safran Helicopter Engines, 

Nous sommes un petit territoire de huit communes, et à peine plus de 25000 habitants, dans l’aire urbaine de Bayonne. Mais nous ne sommes pas une cité dortoir ! Safran, le premier employeur  du territoire, emploie 1500 salariés.  9000 emplois sont pourvus, pour 13 000 actifs au total. Cela reste insuffisant mais pour un petit territoire comme le nôtre c’est très honorable surtout dans le contexte actuel.

PQN-A : Comment en êtes-vous arrivée à être maire, et conseillère départementale et présidente du CBE du Seignanx ? Racontez-nous votre parcours.

On dit toujours que “c’est la vie qui fait que…”! Je me suis éveillée grâce à la transmission des valeurs humanistes et sociales de  mes grands parents résistants et de mes parents. A 22 ans, j’ai donc naturellement candidaté et ai été élue conseillère municipale à Tarnos où je suis née. J’ai eu des enfants ensuite, et je ne me suis pas représentée avant 2014 dans une liste municipale à Ondres. Nous n’avons pas gagné, j’ai donc fait un mandat dans l'opposition municipale en même temps que celui de conseillère départementale. Ce dernier mandat m’a ouvert assez logiquement la voie pour me présenter aux municipales à Ondres en 2020. Je me suis représentée au Département en 2021, et le président m’a proposé la vice-présidence à l’ESS, porteuse de sens dans une collectivité de cette taille, et notamment sur le Seignanx qui a un écosystème assez riche en la matière. 

PQN-A : Expliquez-nous ce qu’est le CBE du Seignanx, et comment vous en êtes devenue la présidente.

Le Comité de Bassin pour l’Emploi du Seignanx est une structure missionnée depuis quarante ans par les acteurs du territoire pour mettre en œuvre des réponses favorables à l’emploi et au développement économique sur le territoire, et tout ce qui s’en approche. Il élabore et met en œuvre le Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE), anime le Pôle Territorial de Coopération Économique, le travail sur les circuits alimentaires locaux et l’éco-habitat… 

Quand le maire de Tarnos a décidé de passer la main sur la présidence du CBE, il m’a proposé de la reprendre. C’est un poste qu’on ne peut pas refuser !  C’est extrêmement gratifiant, on se met encore plus au service du territoire, on est au plus proche de l'application des politiques publiques, on se sent beaucoup plus opérationnelle !

PQN-A : Qu’est-ce que le développement territorial, selon vous ?

Il a été très présent tout au long de mon parcours, sans que je ne sache que ça s’appelle comme ça ! En tant qu’élue, cela fait partie de notre quotidien. En particulier ici, dans un écosystème politique très ancré à gauche avec des valeurs de résistance, de combat, de syndicalisme. En tant qu’élue je me considère facilitatrice, je suis un trait d’union entre les structures. Je peux avoir les meilleures idées de la terre, mais si en face il n’y a pas d’ acteurs, de techniciens opérationnels, compétents et loyaux, il ne se passera rien !

PQN-A : Quelle posture cela implique, d’être une élue qui fait le “trait d’union entre les acteurs” ?

Je ne prends jamais de décision seule. On partage énormément. J’ai du mal à dire “je”, car on travaille vraiment avec une  gouvernance collective. Cela permet d’être plus assurés dans nos décisions. Quand on n’est pas d’accord, on vote (souvent !), et ensuite on s'aligne derrière la décision commune. C’est une personne, une voix, comme dans l’ESS. Cette collégialité-là est primordiale dans le quotidien. 

PQN-A : Comment en êtes-vous arrivée à organiser et promouvoir cette collégialité ?

Je ne me suis jamais posé la question car je ne sais pas travailler autrement. Je serai très malheureuse et effrayée si je devais décider seule ! Ce qui ressort du collectif est toujours plus riche. C’est très rassurant aussi de travailler comme ça, mais ça demande beaucoup de disponibilité des autres élu(e)s, collègues, agent(e)s car je les sollicite beaucoup, mais ils y mettent beaucoup d’intérêt. Dans ma vie professionnelle [d’employée à la CPAM, NDLR], j’ai souffert à certaines périodes d’un manque de sens. Quand on trouve du sens au travail, qu’on nous écoute - et cela va de l’entretien des bâtiments au chef de projet-  on le fait mieux avec plaisir : tout le monde est gagnant, et en premier lieu les administrés. 
 

PQN-A : Après ces années d’expériences et de mandats, quelle serait votre plus grande fierté ?

Ce qui me fait du bien, c’est quand on prend notre territoire en exemple, quand la ministre Olivia Grégoire [Secrétaire d'État chargée de l'Économie sociale, solidaire et responsable, NDLR] est venue visiter le PTCE à Tarnos, je l’ai entendu s’étonner du dialogue qui existe ici, où on arrive à faire travailler l’économie classique avec l’ESS. C’est la fierté de reconnaissance de 30-40 ans de travail dédié au territoire. Là je me dis “On a réussi”. 

PQN-A : Quel est l’échec dont vous avez tiré le plus d’enseignements ?

Un regret peut-être : quand je  me rends compte que certaines personnes, surtout des élus, ne comprennent pas ce qu’est l’ESS.  Il faut qu’on continue à travailler là dessus. Au département, on va essayer de sensibiliser nos collègues élus. 

PQN-A : Quelles ressources mobilisez-vous au quotidien pour vous investir dans vos responsabilités ?

J’ai la chance d’avoir pu suspendre mon contrat de travail en devenant Maire. Toutefois ce n’est pas facile car le statut d’élu est difficile : je gagne beaucoup moins bien ma vie, alors que j’ai deux enfants. Mais c’est un choix qui me remplit tellement de satisfaction et joie que je ne reviendrai en arrière pour rien au monde ! Evidemment, cela demande beaucoup d'organisation, un entourage qui comprend qu’on est moins là le soir, de prendre des temps de qualité. Le plus difficile est la charge mentale liée au mandat de maire : on est appelée potentiellement tous les jours, on ne peut pas passer trois heures sans lire ses mails, on n’a pas de droit à la déconnexion…mais tout le reste est tellement gratifiant !

En juillet 2020 je suis devenue du jour au lendemain responsable d’une collectivité de 130 agents. Je suis passée de l’autre côté de la table, car la veille j’étais encore déléguée du personnel.  Cela peut être très violent car on n’a pas de formation pour ça, on ne mesure pas le niveau de responsabilité et d’implication  avant d’être élue.

J’ai eu beaucoup de chance car j’ai été très aidée par Jean-Marc Lespade, Maire de Tarnos, qui m’a toujours mise en avant, poussée, aiguillée, malgré sa charge de travail. C’est extrêmement sécurisant quand on est une jeune élue, car c’est tellement angoissant par moments cette avalanche de responsabilités… car on est responsable de tout ! Il a m’a confiance à 200% dans un milieu où la défiance est monnaie courante.

PQN-A : Quel message aimeriez vous porter auprès de vos pairs ?

On souffre d’un défaut de communication, et de reconnaissance pour le travail accompli, il faut qu’on mette en lumière les effets qu’il produit au quotidien dans nos territoires ! 

Rue de centre ville
Vous souhaitez en savoir plus ?
Contactez-nous
Vous souhaitez contribuer ?
Proposez une ressource