La ferme Emmaüs Baudonne (40), l’agriculture au service de la réinsertion
Carte d'identité
- Commune
La démarche en bref
A Tarnos, dans le sud des Landes, la Ferme Emmaüs Baudonne accueille des femmes détenues en fin de peine. Tout en découvrant l’agriculture, elles (ré)apprennent à vivre dans un environnement semi-ouvert et préparent leur réinsertion
Acteurs
- Public en insertion
- Personnes vulnérables
Emmaüs France
Ministère de la Justice
Ministère du Travail
Mairie de Tarnos
CBE du Seignanx
Contexte
Une passerelle entre la détention et la liberté
La première ferme Emmaüs a vu le jour en 2004 dans l’Aisne afin d’accueillir des détenus en fin de peine. Depuis, d’autres fermes conçues sur le même modèle ont ouvert en Loire-Atlantique, dans l’Aude, et en Nouvelle-Aquitaine à Tarnos dans les Landes et à Lusignan dans la Vienne. Cette dynamique est soutenue par le mouvement Emmaüs et le ministère de la Justice qui souhaitent créer une ferme dans chaque inter-région pénitentiaire. Trois nouvelles structures sont en projet. Ouverte en 2020, la ferme Baudonne, à Tarnos, a la particularité d’être la seule en France et en Europe à proposer un placement à l’extérieur pour des femmes, et toute personne se reconnaissant ainsi, sous main de justice.
“L’enjeu pour ces femmes est de reconstruire le monde du travail et d’en retrouver les fondamentaux. Certaines ne les ont jamais connus ou jamais très longtemps.”
Fabrice Derbier, directeur de transition de la ferme de juillet 2025 à janvier 2026
Solutions apportées
Acte de candidature
La ferme Emmaüs dispose de 12 places et accueille les détenues en fin de peine durant huit mois à deux ans. “Un an et demi c’est la durée idéale car le fait d’être à la fois dedans et dehors n’est pas simple à gérer, ni pour les femmes, ni pour l’équipe de la ferme, relève Fabrice Derbier, directeur de transition de la ferme de juillet 2025 à janvier 2026. Et en dessous de huit mois, ce n’est pas possible de les aider à se reconstruire et à travailler un projet professionnel.” De tous âges, les femmes ont toutes fait acte de candidature pour venir à Baudonne. Un échange en visio puis une visite de quelques jours permettent à l’équipe et au juge de se prononcer sur leur intégration. La seule compétence qui leur est demandée est d’être en capacité de travailler dans le maraîchage.
“Reconstruire le monde du travail”
L’accueil proposé s’articule entre un pôle travail et un pôle vie quotidienne. Du côté du travail, le chantier d’insertion s’appuie sur du maraîchage bio. Salariées de la ferme, les détenues travaillent au maximum 26 heures par semaine en étant accompagnées par deux encadrants techniques. “Le temps de travail peut être plus court en fonction de leur état de santé et de leur capacité à tenir un poste de travail, précise Fabrice Derbier. L’enjeu pour elles est de reconstruire le monde du travail et d’en retrouver les fondamentaux. Certaines ne les ont jamais connus ou jamais très longtemps.” En tant qu’ouvrières agricoles, les femmes s’occupent de toutes les étapes de production, des semis à la récolte. Certaines assurent aussi la vente sur place, sur le marché de Bayonne et auprès de clients. Cette organisation leur laisse le temps de préparer leur sortie avec l’aide d’une accompagnatrice socio-professionnel.
Sorties en autonomie
Les femmes sont hébergées sur place dans des chambres individuelles. Entourées d’une chargée de vie communautaire et d’une veilleuse de nuit, elles retrouvent la vie quotidienne en préparant à manger le soir et en étant autorisées à sortir. Seules ou en groupe, encadrées ou non. “Le juge d’application des peines définit dans son ordonnance ce que chacune a le droit de faire, explique Fabrice Derbier. Certaines ont le droit de sortir mais pas seules, tandis que d’autres peuvent passer le mardi après-midi et le samedi en autonomie. Elles ont le droit de faire ce qu’elles veulent tant que c’est légal et tant qu’elles rentrent à l’heure. Si elles ne respectent pas cela, elles sont considérées en évasion.” Les femmes qui en ressentent l’envie peuvent aussi rencontrer une socio-esthéticienne, une art-thérapeute et une psychologue spécialiste du bien-être. “C’est un moyen de retrouver leur confiance en elles et de travailler sur l’image qu’elles ont d’elles-mêmes, souligne le directeur. Ces deux dimensions sont souvent très dégradées par leur passage en prison.”
Historique
Années 90 : création de la ferme de Moyembrie, dans l’Aisne, où sont accueillis d’ancien détenus
2004 : la ferme de Moyembrie commence à accueillir des détenus en fin de peine
2009 : la ferme de Moyembrie rejoint le réseau Emmaüs France
2020 : ouverture de la ferme Emmaüs Baudonne à Tarnos dédiée à l’accueil de femmes en fin de peine
Premiers résultats
Même si certaines femmes récidivent, la ferme Baudonne leur offre un apaisement et un espace pour commencer à se reconstruire. Elle leur permet de réfléchir à leur avenir tout en réapprenant à vivre en collectivité.
Le chiffre d’affaires s’élève aujourd’hui à 50 000 € par an. “C’est honorable mais pas suffisant sur le plan économique”, estime le directeur.
Facteurs de réussite
Les fermes Emmaüs forment un collectif baptisé Emmaüs Horizon au sein duquel elles échangent des conseils techniques et administratifs. Baudonne est la quatrième ferme à avoir vu le jour. Elle a donc pu s’appuyer sur l’expérience de ses aînées.
Baudonne bénéficie du soutien de nombreux partenaires : Emmaüs France, les collectivités locales, les ministères de la Justice et du Travail.
Enseignements
Quand elles quittent la ferme, certaines femmes retrouvent une liberté totale, d’autres sont sous contrôle car elles sont en liberté conditionnelle, d’autres encore retournent en prison, rattrapées par un ancien délit. “Comme dans tout parcours d’insertion, il y a des réussites et des échecs. Il y en a qui trouvent un travail, une formation, d’autres non, et cela les ramène souvent en prison, constate Fabrice Derbier. Certaines n’ont connu que l’ASE (aide sociale à l’enfance) et la prison et ont besoin de régler beaucoup de choses avant de pouvoir penser à un projet professionnel. Il ne faut pas non plus oublier que le milieu carcéral a des effets sur la santé mentale.”
Perspectives
La ferme souhaite doubler la surface cultivée en passant de 1200 m2 à 2400 m2. Elle réfléchit aussi à diversifier sa production et à développer la mécanisation. L’enjeu est de réussir à produire plus mais sans augmenter le nombre d’heures de travail et sans rendre le travail plus fatigant.
La ferme envisage de mutualiser des moyens avec deux autres chantiers d’insertion du territoire qui s'appuient eux aussi sur le maraîchage bio.
Personnes ressources
Camille Mortreux et Maud Carrichon, co-directrices
05 59 44 90 25
Rédaction par : Fanny Laison, journaliste indépendante