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Parole d'actrice #17 - Clémentine Ollivier : "Jouons collectif !"

Publié le 26/03/2024
Temps de lecture : 10 min
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Clémentine Ollivier est Responsable prospectives et développement territorial au sein du Pôle Haute-Lande (40). Elle est aussi la Présidente de l'association des Agents de Développement de Nouvelle Aquitaine (ADENA). Dans cet entretien, elle nous partage sa vision du développement local et la manière dont elle vit ses engagements professionnels et associatifs.

1/ Bonjour Clémentine, peux-tu te présenter et nous parler de ton territoire ?

Je suis Clémentine Ollivier et je suis Responsable prospectives et développement territorial au sein du Pôle Haute Lande qui est un PETR (Pôle d'Équilibre Territorial et Rural). Ce poste recoupe plusieurs missions : le développement économique local, mais aussi la cohésion territoriale, avec le suivi des différents dispositifs contractuels du territoire : Contrat pour la Réussite de la Transition Écologique (CRTE) avec l’Etat, Contrat de Développement et de Transitions avec la Région Nouvelle-Aquitaine, Contrat d’Objectifs Territorial avec l’ADEME). Je travaille également à l’évaluation du SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale).

Le Pôle Haute Lande regroupe deux communautés de communes et compte 42 000 habitants. Le Pôle travaille avec le syndicat mixte de développement des Landes d’Armagnac (une convention de partenariat organise le portage des actions à l’échelle du territoire de contractualisation qui regroupe ces deux structures) et avec le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne (nos périmètres se chevauchent et nous avons de nombreuses communes en commun). La volonté d’instaurer des dynamiques collectives sur ce large territoire est née dans les années 1970, avec l’implication des acteurs issus de la sphère publique et de la sphère économique, qui ont voulu déjouer les pronostics d’une désertification rurale annoncée. Nous sommes les héritiers de cette vision du développement local et de la revitalisation rurale et aussi du Pays des Landes de Gascogne.

Le Pôle Haute Lande a pris la suite du Pays des Landes de Gascogne. Les acteurs ont réussi à reconstruire quelque chose de fort après la dissolution du Pays. Le Pôle est une structure de volontés, de missions, pas une structure de compétences juridiques.

2/ Quel a été ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai suivi un parcours assez conventionnel. Étudiante en classes préparatoires littéraires, je découvre l’étude de la géographie et cela me passionne. Je poursuis donc mes études dans ce domaine, à l’Université de Bordeaux, tout d'abord en licence de Géographie puis en Master Pro. Gestion Territoriale du Développement Durable. Je n’avais pas forcément vocation à travailler en milieu rural, m’intéressant notamment aux questions d’urbanisme, de dynamiques urbaines et de place de la nature en ville. Après une première expérience professionnelle en Pays de la Loire où j’ai pu travaillé sur les SCoT et les espaces boisés, je rejoins l’équipe du Pays des Landes de Gascogne pour animer le programme européen LEADER en 2011.

Travailler en ruralité m’a beaucoup plu, et les missions LEADER ont été extrêmement enrichissantes, avec ce rôle de coordination de projets et d’acteurs, que j’ai trouvé passionnant. J’ai développé un attachement profond à ce territoire sur lequel je vis et je travaille. Il y a même une certaine porosité entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. Cela ne me pose pas de problème, j’ai même le sentiment qu’habiter le territoire enrichit ma pratique professionnelle.

Je ne ressens pas d’injonction à bouger, car c’est le territoire qui bouge, avec des acteurs qui changent et des dispositifs qui évoluent aussi ! Mes missions ne sont d’ailleurs plus les mêmes, la structure pour laquelle je travaille n’est plus celle de 2011 et enfin l’équipe s’est étoffée et structurée ces dernières années.

3/ Ton implication professionnelle est également marquée par ton engagement au sein du réseau régional de l’ADENA. Peux- tu nous parler de cette association ?

L’ADENA est  l’Association des Agents de Développement de Nouvelle- Aquitaine  elle a pour objet de fédérer l’ensemble des agents de développement territorial -urbain et rural- à l’échelle de la grande Région. C’est une association de bénévoles, héritière des réseaux professionnels des trois ex-Régions (AADELA, ADELIM et REZO). Nous n’avons pas de salarié et nous ne sollicitons pas de financements publics pour son activité. J’en suis la présidente depuis sa constitution en 2019.


L’ADENA porte des valeurs communes et partage des postures dans lesquelles nous voulons nous reconnaître : faciliter l’entrée dans le métier, transmettre, faire du retour d’expériences, permettre une respiration et une prise de hauteur. Nous avons toutes et tous un peu été “biberonnés” à l’esprit LEADER, cela nous a donné une certaine vision du développement local. Être réunis au sein d’une association, c’est aussi permettre de représenter et de porter cette vision. Nous travaillons nos partenariats avec PQN-A, avec qui nous co-organisons le Forum des Développeurs par exemple, et avec l’UNADEL.


Aujourd’hui, nous avons un rôle de réseau important pour les agents de développement, notamment sur les Fonds Européens. L’évolution de l’animation portée par le Réseau Rural a laissé un vide, et avec l’ADENA et l’outil DISCORD nous essayons de maintenir un lien entre les animateurs/ animatrices de territoires. Malheureusement, cela ne se traduit pas forcément par une adhésion à l’association. Notre rôle doit se définir à partir des besoins des agent.e.s, mais aussi des moyens que nous pouvons mobiliser.

4/ Quelle est ta relation à PQN-A ?

En tant qu'administratrice et Présidente de l’ADENA, je perçois PQN-A comme un partenaire incontournable, avec lequel nous travaillons en complémentarité, chacun sur notre champ d’intervention. Nous sommes amenés à mutualiser certaines actions lorsque cela est pertinent.

En tant que professionnelle du développement local œuvrant sur un territoire rural, ma relation à PQA (ce n’était pas encore la Nouvelle Aquitaine à l’époque !) était très forte lorsque le centre de ressources animait le Réseau Rural. Les liens se sont distendus depuis la fin de cette animation, mais j’ai bon espoir que le renforcement des missions en faveur des politiques contractuelles et des transitions apporte un renouveau sur ce point.

5/ Comment définis-tu ton métier ?

Expliquer le développement territorial, qui n’est pas une notion familière pour tout le monde, n’est pas chose aisée. Je crois que j’ai découvert les contours de ces métiers lors de mon stage tutoré en Master 2. Avant cela, je ne percevais pas précisément quels pouvaient être ces métiers.

Pour moi, être agent.e de développement local, c’est avant tout une posture : on s’éloigne de l’aménagement du territoire, au sens où on part des personnes, que l’on construit la mise en commun et le passage à l’action. C’est une posture qui permet de fédérer, de travailler ensemble, et c’est ce qui me plaît dans mon métier et me motive au quotidien.

Ce que j’ai découvert dans ma pratique professionnelle, c’est que les projets n’arrivent pas seuls, ils sont le reflet des acteurs et de ce qu’ils ont réussi à construire en amont. Aider cette construction est le cœur même de nos métiers. Nous sommes comme des artisans potiers, on va façonner à partir de la matière qui nous est offerte. On se doit de faciliter la naissance des projets et de nouvelles idées. Notre plus- value réside dans le regard que nous allons porter sur les projets : comment peut- on les faire évoluer, comment leur donner une autre dimension ? L’objectif n’est pas d’être un guichet unique qui attribue ou non une aide financière, mais bien de faire aboutir les projets dans les meilleures conditions possibles, avec un modèle économique solide et l’adhésion des acteurs.

6/ Tu dis que définir le développement territorial n’est pas chose aisée. Acceptes- tu de relever le défi d’en proposer une définition?

Pour moi le développement territorial, c’est sortir d’une pensée unique où les solutions peuvent être dupliquées d’un territoire à l’autre. Cela n’empêche pas de s’inspirer à partir de ce qui est fait ailleurs, mais il faut le faire en conscience, et avec respect du territoire.

Le développement local soulève plusieurs questions : comment va-t-on capter le pouls du territoire, comprendre ce qui se joue? Est-on prêt à saisir de nouvelles opportunités ? Si oui, comment ? Comment être à la fois dans l’ouverture et dans le respect de ce qui fait le territoire ? Il faut se saisir subtilement de tout cela pour “produire” du développement local.

7/ Quel est le projet de ton territoire qui t’a apporté le plus de satisfaction ou de fierté ?

Je ne sais pas si le mot fierté est le plus approprié, mais je suis très heureuse d’avoir repris le flambeau du projet des “Rencontres économiques territoriales”, initié par mes collègues. Ce temps fédère de nombreux acteurs autour du Pôle. C’est un temps fort annuel pour l’ensemble du territoire.

8/ Pour finir Clémentine, quel est le message que tu voudrais transmettre à tes pairs et tes collègues des territoires de Nouvelle- Aquitaine ?

Je crois que ce qui résume le mieux ma pensée sera “Jouons collectif !”. Je dis souvent que le collectif n’a jamais nui à un projet. J’ai aussi un petit mot de la fin pour les collègues les plus expérimenté.e.s : “Transmettez !”

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