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02_Participation gril 2026 2eme webinaire (2)

Discuter et débattre pour co construire l’action publique : l'intérêt du débat contradictoire

Publié le 24/04/2026
Temps de lecture : 10 min
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Le 19 mars dernier, le groupe de travail “Démocratie et Quartiers populaires” du Réseau national des centres de ressources de la politique de la ville (RNCRPV) a organisé un webinaire sur l’intérêt du débat contradictoire en démocratie pour co construire l’action publique. Dans cet article, nous vous proposons un résumé des interventions et surtout, l'accès vers le visionnage de ce webinaire. 

 

Intervenants : 

  • Étienne Balan, sociologue et urbaniste membre du Collectif PASSAGES ; garant de concertation et animateur de débats publics (CNDP) entre 2013 et 2025
  • Mariana Tournon, coordinatrice de l’Association APPUII (Alternatives pour des projets urbains ici et à l’international)
  • Carole Lenoble, architecte et enseignante à l’école nationale d’architecture de Marseille (13)
  • Rania Aougaci, Amicale des Locataires d’Air Bel à Marseille (13)
     

Visionner le webinaire

Contexte

En 2026, le Réseau national des centres de ressources politique de la ville (RNCRPV) a lancé une nouvelle saison de "La participation sur le gril", cycle de webinaire sur la démocratie dans les quartiers populaires et la participation citoyenne. Le webinaire du 19 mars 2026 est le deuxième webinaire de cette nouvelle saison. 

Ce webinaire s’est interrogé sur les questions suivantes : comment reconnaître le conflit comme élément essentiel du débat démocratique ? Comment reconnaître et valoriser les espaces participatifs dans lesquels des intérêts divergents peuvent s’exprimer ? Comment, en encourageant l’expression de différents groupes sociaux, ces espaces participent-ils à une meilleure prise en compte de l’intérêt collectif ? Quelles représentations et prises en compte de la parole des classes populaires dans le débat lorsqu’il apparaît conflictuel ? 

I. Le débat contradictoire : De quoi parle-t-on ? Quel intérêt ?

La question du débat contradictoire et de la conflictualité dans le débat peut faire peur à première vue. Et pourtant, le débat contradictoire joue un rôle fondamental pour prendre en compte la diversité et les divergences de points de vue, dans l’objectif d’agir au mieux pour le plus grand nombre, sans omettre le point de vue des minorités.

Il existe souvent deux façons de concevoir le débat démocratique  : 

  • Une vision consensuelle : selon ce point de vue, le débat collectif entre personnes concernées qui disposent d’un même niveau d’information, permet d’aboutir aux meilleures solutions pour toutes et tous. 
  • Une vision conflictuelle : selon ce point de vue, la réunion d’un grand nombre d’acteurs ne fonctionne pas pour décider, chaque individu poursuivant sa propre stratégie et ses intérêts personnels, ce qui implique des rapports de force, de l’animosité et de la manipulation.

Pour Etienne Balan,  garant de concertation et animateur de débats publics à la Commission nationale du débat public (CNDP),  le conflit est inhérent au débat démocratique et il est pluriel : 

  • Conflits d’intérêts
  • Conflits entre différentes représentations du monde
  • Conflits entre groupes sociaux

Le droit à la participation a d’ailleurs émergé pour répondre aux conflits,  les dépasser, et éviter ainsi  les conséquences parfois dramatiques de certaines situations conflictuelles.

Le principe du débat contradictoire est reconnu internationalement par le principe 10 de la Déclaration internationale de Rio sur l’environnement (1992). Ainsi, pour assurer un débat contradictoire, la Déclaration internationale de Rio reconnaît trois droits aux parties prenantes du débat, afin de rééquilibrer l’asymétrie existante (liée à leur groupe social, groupe professionnel, âge, positionnement hiérarchique…) entre les participants  : 

  1. Droit à l’information
  2. Droit à la participation
  3. Droit à l’accès à la justice

Selon E.Balan, ces droits demeurent peu connus dans la pratique et on constate que le débat et le processus de participation sont encore trop souvent à la main des pouvoirs publics et considérés comme tels, quand bien même ces droits devraient être reconnus d’emblée aux citoyens et citoyennes.

En pratique, l’association APPUII (Alternatives pour des projets urbains ici et à l’international) représentée par Mariana Tournon, revendique l’existence d’instances pour accueillir et donner lieu à de réels débats contradictoires qui ne soient pas réduits à la seule transmission d’informations au public. L’association APPUII porte ainsi des propositions concrètes à ce sujet, telles que le fait de proposer aux porteurs de projets de mettre en place des “assemblées de compte à rendre” composées de personnes concernées qui se réunissent tout au long du projet.

“Le débat contradictoire est un outil démocratique essentiel pour éviter la pensée unique, la pensée du plus fort. Il permet d’aller rechercher la vérité en posant les questions qui dérangent. Cela permet aussi d’améliorer la qualité des décisions prises.” 

Rania Aougaci, membre de l’Amicale des Locataires d’Air Bel

Pour Carole Lenoble et Rania  Aougaci, le débat contradictoire doit également répondre à un objectif de transparence sur les enjeux d’un projet, y compris sur les enjeux financiers qui peuvent susciter de la défiance s’ils demeurent opaques. 

II. Comment mettre en œuvre un débat équitable entre toutes les parties prenantes ?

Six principes ont été établis par la Commission nationale du débat public (CNDP), élaborés à l’issue de sa pratique en matière de débat contradictoire  pour le rendre équitable : 

  1. Neutralité : l’instance de débat public doit être organisée par un tiers qui adopte une posture et une attitude neutre vis-à-vis des différentes parties prenantes.
  2. Indépendance :  l’instance de débat public doit être organisée par un tiers indépendant qui n’entretient aucun lien avec les différentes parties prenantes.
  3. Argumentation : seuls les arguments qui peuvent s’expliquer ou se démontrer sont recevables.
  4. Équivalence : les parties prenantes ont un égal droit d’accès à la parole et à l’information.
  5. Transparence : tout ce qui est dit dans le cadre du débat public doit être accessible à toutes et tous et les ressources connues sur le sujet (études, rapports..) doivent être rendues publiques par le tiers neutre et indépendant. 
  6. L’inclusion : “le débat se déploie vers le public”, là où se trouve le public, dans différents espaces.

 

 

“C’est une façon de permettre au conflit de s’exprimer dans toutes ses dimensions, mais par la parole et la relation à l’autre. Ces principes permettent de civiliser le conflit pour le transformer en désaccord”.

Etienne Balan

Prendre le temps de la rencontre

Pour Carole Lenoble, architecte et enseignante à l’école nationale d’architecture de Marseille, il est nécessaire pour mettre en oeuvre un débat équitable entre toutes les parties prenantes de prendre le temps de comprendre les enjeux du quartier, de le découvrir et d’apprendre à connaître les habitants du quartier,  de participer à la vie du quartier.


Pour Mariana Tournon, il faut prendre en compte le contexte dans lequel se trouvent les habitants au moment de la concertation et dans lequel survient cette concertation. Cela implique d’écouter leur passif qui peut parfois expliquer certaines défiances et attitudes. Il semble également essentiel de réfléchir aux conditions matérielles et financières d’existence du débat contradictoire et des temps de concertation car cela joue beaucoup sur le déroulement du processus. Pour l’Association APPUII, la transmission d’outils et leur appropriation par les personnes concernées jouent aussi dans la bonne mise en oeuvre du débat autour de projets urbains : 

“ll s’agit de travailler lors d'ateliers avec des outils concrets, tels que des plans, des maquettes, qui permettent d’ouvrir la discussion autrement qu’en présentant un projet déjà ficelé et de créer des espaces de discussion autour de supports matériels”.

Mariana Tournon

Mobiliser des savoir-faire extérieurs

Pour Rania Aougaci, il a été important et très utile pour l’Amicale des Locataires d’Air Bel de se faire accompagner par deux professionnels “sachant”, un sociologue et un maître de conférences dans le processus de concertation. Cela leur a permis d’avoir à leur côté le savoir nécessaire pour rééquilibrer le débat et le rendre équitable face aux pouvoirs publics.

L’Association APPUI a souvent recours à des savoir-faire extérieurs, notamment en nouant des partenariats avec des écoles d’architectes afin d’être outillée par des architectes et d’explorer des expériences inspirantes réalisées ailleurs. 

III. Comment faire évoluer les représentations et nos cadres structurels pour mieux intégrer le débat contradictoire dans les processus participatifs ?

1. Changer les mentalités sur la démocratie participative

  • En développant des enseignements dès l’école sur ces sujets,
  • En s’inspirant d’autres pays et d’autres expériences à l’international.

2. Réfléchir aux méthodes utilisées

  • En ayant recours à des experts
  • En mettant davantage les parties prenantes en confiance et à l’écoute des uns et des autres  

3. Créer ou réformer les organisations existantes

  • En intégrant le débat contradictoire dans les processus
  • En formant les professionnels et les décideurs

4. La création d’un fonds d’interpellation citoyen qui permettrait aux citoyens et citoyennes d’avoir recours à des expertises neutres et extérieures

5. Avoir un tiers neutre pour garantir la méthode de co-construction

6. Réaliser des assemblées de compte à rendre tout au long du projet

L’association APPUII a réfléchi à un ensemble de solutions sur le sujet dans son Rapport n°1 ”Vous allez devoir nous écouter - Observatoire des projets urbains imposés et contestés” et a mené un travail réalisé avec plusieurs associations et collectifs sur une proposition de loi pour démocratiser la rénovation urbaine et le logement qui a été présentée récemment lors d’une réunion à l’Assemblée nationale

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