Les lauréats de l’AMI Innovation sociale, des acteurs majeurs de la transition écologique et sociale
Créé pour encourager l’émergence, l’expérimentation et la structuration de démarches socialement innovantes, l’AMI Innovation sociale de la Région Nouvelle-Aquitaine a soutenu plus de 400 projets entre 2014 et 2025. Des projets, qui, comme a pu le démontrer l’agence d’innovation sociale Ellyx, transforment les pratiques au sein de toutes les filières et inspirent
les politiques publiques régionales. Les explications d’Alice Le Dret, consultante-chercheuse au sein d’Ellyx.
Comment avez-vous étudié l’impact des 436 projets lauréats de l’AMI Innovation sociale ?
Alice Le Dret : La feuille de route Neo Terra guide la politique publique de la Région Nouvelle-Aquitaine et est structurée en six thématiques : les ressources naturelles, les
solidarités, l’agriculture et l’alimentation (voir encadré), l’économie, la mobilité et les habitats, et la santé. Nous avons donc cherché à savoir, pour chaque thématique, quels projets avaient fait bouger leur écosystème, de quelle manière, et quelles étaient leurs caractéristiques. L’objectif était de montrer leur contribution à la résolution des problématiques auxquelles la Région doit répondre chaque jour, notamment en matière de transition écologique et sociale. Grâce à des entretiens avec les différentes directions de la Région et la direction Economie sociale et solidaire, nous avons fini par retenir entre 10 et 15 projets projets par thématique.
Dans les fiches qui synthétisent votre étude, vous avez identifié trois types de fonctions que peuvent jouer les projets d’innovation sociale. Quelles sont-elles ?
A. L. D. : Chaque fiche correspond à une thématique. Elles décryptent de manière très synthétique comment les projets répondent aux principaux enjeux de la thématique
concernée, et comment ils participent à transformer les filières et les territoires. Nous avons constaté qu’ils le faisaient en jouant trois types de fonctions : aiguillon, inspirateur et/ou connecteur. L’aiguillon défriche des thématiques, des problématiques et des solutions jusque-là impensées ou invisibles. L’inspirateur montre la marche à suivre, diffuse les bonnes pratiques et fait la preuve que c’est possible. Le connecteur met autour de la table des acteurs qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble, ou bien propose de nouveaux types de coopérations.
Comment ces fonctions s’incarnent-elles concrètement ?
A. L. D. : Sur la thématique santé, à Bordeaux, l’association L’Burn a développé un programme de prévention et d’accompagnement du burn-out des femmes. Elle joue à la fois un rôle d’aiguillon, d’inspirateur et de connecteur. Aiguillon parce que la question du burn-
out des femmes est très peu appréhendée. L’équipe, composée entre autres des psychologues et de professionnels de la santé mentale, a démontré à travers des travaux de recherche que les femmes étaient davantage victimes de burn-out et a ainsi contribué à la reconnaissance de ce phénomène. Ce projet est aussi inspirateur car son programme de prévention et d’accompagnement a vocation à être diffusé et dupliqué. Enfin il est connecteur car il fait le lien entre les patients, le monde de l’entreprise et les acteurs du sanitaire et social.
Sur le rôle de connecteur, on peut aussi citer la SCIC Culture et santé qui a monté dans les Landes un projet baptisé “Nous vieillirons ensemble”. L’objectif est d’expérimenter des solutions en faveur du vieillissement à domicile en s’appuyant sur la coopération entre acteurs de la culture, du sanitaire et du médico-social. Ce qui est intéressant c’est que ces acteurs se connaissaient déjà. Le rôle de la SCIC a donc consisté à mettre en place un nouvel espace de coopération et de dialogue afin de travailler sur les enjeux de bien-être et sur la place de la culture dans les Ehpad, ce qui n’était pas un cadre de réflexion habituel pour ces acteurs.
Un dernier exemple : à Poitiers, l’entreprise ReSanté-vous accompagne le bien vieillir à travers des pratiques non médicamenteuses comme le sport adapté. Ces pratiques semblent communes aujourd’hui, mais à l’époque où elles ont été apportées, vers 2007, elles étaient innovantes. En cela, ReSanté-vous a été un inspirateur qui a contribué à l’essaimage de ces idées.
En quoi votre travail peut-il aider les projets d’innovation sociale ?
A. L. D. : Ces projets sont très souvent “cornérisés”, considérés comme à part, et ont des difficultés à être soutenus par des dispositifs ne relevant pas de l’économie sociale et solidaire. Les fiches que nous avons produites fournissent un argumentaire qui objective comment chaque projet a fait bouger les secteurs conventionnels auxquels ils se rattachent, que ce soit dans le logement, la mobilité, la santé, l’alimentation ou l’économie. Nous avons aussi cherché à identifier pourquoi certains projets n’étaient pas aperçus, pas compris ou n’arrivaient pas à infuser. Cela peut nourrir la réflexion des porteurs de projets et des acteurs publics et privés pour donner davantage de portée à l’innovation sociale.
Zoom sur l’alimentation et l’agriculture
Le travail de l’agence Ellyx a permis d’identifier une quinzaine d’exemples de projets lauréats de l’AMI Innovation sociale dont les actions répondent à l’ambition n°3 de Neo Terra, “Se nourrir : accélérer les transitions agroécologiques et alimentaires”. Parmi eux, Renouveau Paysan, dans les Pyrénées-Atlantiques, agit à la fois comme aiguillon et comme connecteur. Aiguillon car il favorise l’installation en proposant un outil innovant : rénover les fermes en logements sociaux destinés aux paysans. Connecteur car il met en lien les acteurs du logement et de l’agriculture pour résoudre des problématiques transverses. L’outil Elzeard agit quant à lui en inspirateur. Ce logiciel de planification et de gestion pour le maraîchage, l’arboriculture et les fleurs coupées contribue en effet à la diffusion de nouvelles pratiques vertueuses.