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Quel rapport au travail de la jeunesse dans les QPV ? Retour sur la web conférence du 5 décembre 2025

Publié le 19/01/2026
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L'emploi, l'insertion et la formation restent des enjeux clés dans les quartiers prioritaires. On observe en effet dans ces territoires un taux d'emploi nettement inférieur à celui des aires urbaines auxquelles ils appartiennent. Dans le même temps, les mutations à l'œuvre sur le marché du travail se traduisent par plusieurs difficultés :  incertitude grandissante des jeunes vis-à-vis de leur orientation professionnelle, difficultés croissantes à engager les jeunes dans les dispositifs d’insertion, absentéisme au sein de ces derniers,  démissions, difficultés croissantes relatives à l’embauche, la fidélisation et l’accueil des jeunes au sein de leur entreprise, etc. C'est pour mieux comprendre ces phénomènes que PQN-A a initié une étude qualitative sur le rapport au travail des jeunes des quartiers prioritaires de Nouvelle-Aquitaine. Le webinaire du 5 décembre 2025 avait comme double objectifs de présenter les grands enseignements de l'étude et de les  mettre en discussion avec des professionnels.

Trois intervenants ont participé à cette web conférence :
 

  • Jean-Philippe Guillemet, sociologue
  • Franck Rouanes, Directeur des politiques contractuelles au Grand Villeneuvois dans le Lot-et-Garonne
  • Murielle Pécassou, Directrice de la Mission locale des Hauts de Garonne en Gironde
     

L'étude sur le rapport des jeunes au travail dans les QPV , quatre dimensions d'analyse et un référentiel de 7 types d'insertion

Voici les principaux éléments de l'étude produite par les sociologues Jean-Philippe Guillemet, Antoine Vérétout et Elisa Gilotin. Le rapport au travail et à l'emploi des individus repose sur 4 grandes dimensions qui sont autant de facteurs qui peuvent décrire les logiques d'activités et d'inactivité.
 

  • les facteurs personnels ; ils renvoient à l'employabilité de la personne et la « valeur » des individus sur le marché du travail, mais aussi les ressources qui leur sont propres, qu’ils peuvent ou non mobiliser et la façon dont ils les mobilisent.
  • les facteurs culturels ; ils renvoient aux normes sociales et culturelles qui orientent les logiques d’action des individus. Ce facteur culturel est singulier car il est en lien étroit avec le rapport au travail.
  • les facteurs d'opportunité ; ils renvoient à 3 catégories principales : la proximité des offres d'emploi, les freins à l'emploi (mobilité, mode de garde, santé…) et la présence d'une économie informelle comme complément de revenus ou un facteur d'éloignement du marché du travail.
  • les facteurs institutionnels ; il s'agit de la capacité des jeunes à se saisir des opportunités données par les acteurs institutionnels de l'emploi.

 

Lors des entretiens semis directifs avec 32  jeunes issus de 4 quartiers de la région, les 4 facteurs ont été discutés avec les jeunes pour voir lesquels de ces facteurs étaient déterminants.
L’analyse des entretiens a permis de définir 7 types d’insertion des jeunes dans les quatre quartiers prioritaires :

  • Type 1 - Un rapport au travail « réaliste » : l’insertion « programmée »
  • Type 2 - Un rapport au travail « réaliste mais contrarié » : l’insertion « en perspective »
  • Type 3 - Un rapport au travail « réaliste », qui se heurte à un cumul de handicaps : l’insertion « bloquée »
  • Type 4 - Un rapport au travail « contestataire » : l’insertion « alternative »
  • Type 5 - Un rapport au travail « distendu » : l’insertion « différée »
  • Type 6 - Un rapport au travail « irréaliste » : l’insertion « problématique »
  • Type 7 - Un rapport au travail « éloigné » : l’insertion « perdue de vue » 

     
Je consulte l'étude

Hauts de Garonne en Gironde, une jeunesse diversifiée dans un vaste territoire urbain et rural

Présentation du territoire

La Mission locale intervient sur un territoire relativement atypique avec des zones très urbaines  (7 quartiers prioritaires), des territoires semis urbains et des zones très rurales comme le Créonnais. Elle couvre un territoire de 47 communes. La Mission locale accompagne 3 600 jeunes par an, dont 1 500 en premier accueil. On constate de plus en plus de mineurs en premier accueil, dont des jeunes parents. Les problématiques rencontrées sont multiples. Elles relèvent de la mobilité (physique et mentale), de la garde d'enfants, de la santé mentale, d'un faible niveau de qualification, d'une orientation subie et du logement. Pour ce dernier point, seulement 10% des jeunes accompagnés sont en logement autonome. Les 90% restants sont logés chez leurs parents, dans la famille, chez des amis, dans des foyers.

Positionnement du territoire par rapport à la typologie de l'étude 
 

Pour les jeunes des Hauts de Garonne, on retrouve beaucoup des types d'insertion présentés dans l'étude à l'exception de deux profils  :

  • le profil 1 "rapport au travail réaliste : l'insertion programmée " qui concerne principalement des jeunes diplômés et la Mission locale en reçoit relativement peu.
  • le profil 7 "un rapport au travail éloigné : l'insertion perdue de vue". La mission locale reçoit assez peu ces profils. Un des défis à venir est de concevoir des modalités d'intervention permettant de les toucher davantage.

Ma petite entreprise en Aquitaine, une première expérience sur le marché du travail
 

Depuis 2009, la Mission locale des Hauts de Garonne propose à des jeunes volontaires une expérience relative à l'entrepreneuriat collectif. Cette initiative permet à des jeunes d'appréhender les mécanismes de  production de la richesse de l'entreprise. Ils proposent des prestations de services à des clients. Cette initiative permet à des jeunes de vivre une première expérience de travail, de "se jeter dans le grand bain", de se constituer un réseau, le tout dans un cadre collectif sécurisé d'une coopérative jeunesse. L'argent collecté finance des projets sous forme de bourses ou est réinvesti dans des projets d'intérêt collectif.
 

Il faut pouvoir prendre le temps avec le jeune pour construire un parcour et cette idée va à l'encontre des attendus des politiques publiques.

Muriel Pécassou, Directrice Mission locale des Hauts de Garonne en Gironde

Grand Villeneuvois, des jeunes empêchés de faire par manque d'opportunité et déficit d'employabilité

Présentation du territoire


Le Grand Villeneuvois est une intercommunalité de 19 communes située dans le Lot-et-Garonne. Le territoire comprend deux quartiers prioritaires dont celui de la Bastide des deux rives à Villeneuve-sur-Lot. Au fil des années, ce quartier de centre ville s'est paupérisé, les commerces ont peu à peu fermé et les populations ont quitté le centre pour résider en périphérie. Le centre est aujourd'hui essentiellement habité par des travailleurs agricoles. Il ne dispose pas de lieu de sociabilité clairement identifié comme un centre social, pas de pied d'immeuble. Ce quartier est entré dans la géographie prioritaire en 2014.
L'offre d'emploi s'est contractée ces dernières années, rendant les possibilités sur place de plus en plus faibles. Situé à équidistance de Bordeaux et de Toulouse, le territoire très mal desservi par les transports en commun sans train et ni ligne de bus fiable. Ainsi, un jeune qui souhaite accéder à une formation poussée et un bassin d'emploi riche en opportunités se retrouve  "empêché" par les difficultés propres à la mobilité et à des difficultés induites comme le coût du logement.

Positionnement du territoire par rapport à la typologie de l'étude

Le quartier de la Bastide des deux rives faisait partie des 4 quartiers retenus pour l'étude (voir page 8 de l'étude). Quatre formes d’insertion structurent la trajectoire des jeunes du quartier de Villeneuve-sur-Lot selon l’analyse des entretiens :

  •  « réaliste mais contrariée » (profil 2),
  • « réaliste mais bloquée » (profil 3),
  • « différée » (profil 5)
  • « perdue de vue » (profil 7).


L’insertion « réaliste mais contrariée » apparaît comme la plus présente sur le quartier selon les professionnels. Les professionnels de l'emploi  identifient d’ailleurs spontanément deux éléments qui empêchent les jeunes d’accéder à l’emploi : la garde des enfants, en particulier pour les femmes seules et sans moyens financiers ; l’exclusion numérique.

A Saint Livrade, un engagement bénévole en contrepartie d'un financement du permis de conduire


A Sainte-Livrade,  la Régie de territoire de la Vallée du Lot accueille chaque été 4 jeunes pour une mission bénévole au sein de la "Cafétéria du Bord du Lot" (accueil, service, aide à la préparation des repas, entretien des locaux, etc.). Les bénéficiaires reçoivent en contrepartie un cofinancement pour leur permis de conduire, les difficultés de mobilité étant un frein très important pour l’insertion dans la vie active sur le Villeneuvois.
 

On a des jeune un peu assignés à résidence.

Franck Rouanes, Directeur des politiques contractuelles Grand Villeneuvois dans le Lot-et-Garonne

En guise de conclusion

Jeunes urbains et ruraux, tous les mêmes ?


Pour conclure, les témoins de cette  webconférence distinguent assez peu  de différences entre jeunes urbains et ruraux. Ils s'avèrent qu'ils sont souvent confrontés aux mêmes problématiques à commencer par un fort isolement amenant des risques sur la santé mentale. Si la mobilité est un enjeu partagé, elle relève d'abord d'un déficit d'offre en milieu rural et davantage de barrières psychologiques et culturelles en milieu urbain.

Discrimination des jeunes à l'adresse et à l'origine supposée

De nombreuses  problématiques ont été abordées comme autant de freins pour une insertion  durable de la jeunesse sur le marché du travail. Il convient d'en rajouter une dernière, et non des moindres ; il s'agit des discriminations liées au territoire et à l'origine. Le défi est immense pour changer l'image des quartiers et de la jeunesse qui y habite. Pour y parvenir, un gros travail de sensibilisation et de formation est à engager du côté des employeurs et des entreprises.

Je visionne la web conférence

Ressources


Nous contacter

Christophe Rochard, Chargé de mission
christophe.rochard@pqn-a.fr / 06 31 21 77 44

 

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