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Les pôles de gare : levier de revitalisation des territoires

Publié le 28/07/2026
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Comment faire des pôles de gare de véritables moteurs de revitalisation territoriale ? Comment transformer les enjeux de mobilité et de foncier en opportunités de développement pour les communes et les intercommunalités ? Quels enseignements tirer des collectivités déjà engagées dans cette démarche ?

 

Pour répondre à ces questions, PQN-A a organisé, le 9 juillet 2026, un webinaire intitulé « Les pôles de gare : levier de revitalisation »

Les intervenants :

Ce webinaire, construit et animé par Marie-Lise Hébert, chargée de mission revitalisation des centres-villes et des centres bourgs a réuni plusieurs intervenants aux regards complémentaires :

Fabien Coupé, chef de service adjoint « Déplacements, infrastructures et transports » à la DREAL Nouvelle-Aquitaine ;

Renaud Lagrave, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine en charge des mobilités ;

Florent Kunc, directeur régional de SNCF Gares & Connexions – Direction régionale des gares Nouvelle-Aquitaine ;

Paul Carrère, maire de Morcenx-la-Nouvelle (Landes) ;

Claire Sèze, responsable d'études « Aménagement durable » au Cerema.

Propos introductifs

Les pôles de gare, entendus comme l'ensemble constitué par la gare, ses espaces publics, ses infrastructures et le quartier qui l'entoure, représentent aujourd'hui un levier majeur d'aménagement et de revitalisation des territoires.

Ils répondent à deux enjeux complémentaires.

Le premier concerne les mobilités du quotidien. Pour de nombreux habitants des territoires ruraux et périurbains, la gare constitue un point d'accès privilégié aux bassins d'emploi, notamment vers les villes-centres. Dans ce contexte, le développement de solutions alternatives à l'automobile, la qualité des correspondances et l'organisation des déplacements constituent des facteurs déterminants pour faciliter les trajets domicile-travail et améliorer le quotidien des habitants.

Le second enjeu relève de l'attractivité territoriale. Au-delà de sa fonction de transport, le quartier de gare peut devenir un véritable lieu de vie, accueillant commerces, services, équipements ou nouvelles formes d'activités. Son développement doit cependant être pensé en articulation avec le centre historique afin de renforcer les complémentarités entre les différentes centralités du territoire, tout en tenant compte des enjeux fonciers et des usages des habitants.

L'ensemble des intervenants a souligné un point essentiel : la réussite de ces projets repose sur une gouvernance partenariale associant collectivités, opérateurs de transport, services de l'État et acteurs locaux.

I. Les pôles de gare : un enjeu structurant pour le quotidien des habitants

En amont du webinaire, Ghislaine Deymier, maîtresse de conférences à l'Université Bordeaux Montaigne, soulignait la nécessité de mieux connaître les pratiques réelles de mobilité des habitants.

 

Si de nombreuses données existent, une compréhension plus fine des parcours résidentiels et des choix de mobilité permettrait d'adapter davantage les politiques publiques aux besoins des territoires.

 

Plusieurs interrogations méritent ainsi d'être approfondies, à l'échelle nationale comme régionale :

 

Qui se déplace, à quels moments et pour quels motifs ?

Quels sont les impacts des déplacements quotidiens sur la qualité de vie, la fatigue ou le budget des ménages ?

Jusqu'où les habitants sont-ils prêts à combiner plusieurs modes de transport ?

Quels niveaux d'intermodalité sont réellement acceptables au quotidien ?

 

Une meilleure connaissance de ces usages constitue un préalable indispensable à la conception de pôles de gare répondant aux besoins des habitants.

1. Le regard de Paul Carrère, maire de Morcenx-la-Nouvelle

Avec ses 5 200 habitants, Morcenx-la-Nouvelle illustre le rôle structurant qu'une gare peut jouer dans le développement d'un territoire.

La crise sanitaire a renforcé cette dynamique. Située à une heure de Bordeaux, à trente minutes de Dax et de Mont-de-Marsan, ainsi qu'à une heure de Bayonne, la commune a attiré de nouveaux habitants souhaitant bénéficier d'un meilleur cadre de vie tout en conservant un accès rapide aux grands pôles d'emploi. La combinaison entre desserte ferroviaire performante et développement du télétravail a ainsi favorisé l'installation de ménages auparavant établis dans l'agglomération bordelaise.

Cette attractivité résidentielle produit également des retombées économiques locales. Les habitants travaillent parfois à Bordeaux, mais ils consomment, s'investissent dans la vie associative et développent leurs projets sur la commune, contribuant ainsi à son dynamisme.

À Morcenx-la-Nouvelle, la gare constitue le cœur du projet de revitalisation engagé dans le cadre du programme Petites Villes de Demain. Avec près de 850 voyageurs quotidiens, elle rayonne bien au-delà des limites communales et structure l'organisation des services, des commerces, des espaces publics, du stationnement et de l'habitat.

Le projet s'inscrit dans une vision de long terme. Comme le rappelle le maire, ces opérations se construisent sur un, voire plusieurs mandats municipaux, et nécessitent une programmation progressive des investissements.

Par ailleurs, la collectivité travaille à un meilleur partage de l'espace public entre piétons, cyclistes et automobilistes afin de favoriser les mobilités actives et de renforcer l'attractivité touristique du territoire, notamment vers la réserve naturelle accessible depuis la gare.

2. Le regard de Claire Sèze, responsable d’études « aménagement durable », Cerema

Pour Claire Sèze, la planification territoriale demeure un levier essentiel, notamment à travers les Schémas de cohérence territoriale (SCoT). Toutefois, les évolutions rapides des modes de vie, à l'image du développement du télétravail, imposent des démarches plus adaptables.

Dans ce contexte, la gouvernance constitue un facteur déterminant. Les autorités organisatrices de la mobilité sont appelées à coordonner leurs interventions afin d'assurer une continuité des déplacements, depuis les territoires les moins denses jusqu'aux grands réseaux de transport.

Le développement des pôles d'échanges multimodaux (PEM) participe pleinement à cette logique. Ils permettent de faciliter les correspondances entre train, bus, vélo ou voiture, en organisant de manière cohérente les différents modes de déplacement. La question du stationnement automobile autour des gares doit ainsi être pensée comme un élément de cette chaîne de mobilité, au même titre que les cheminements piétons ou les équipements cyclables.

Au-delà de leur fonction de transport, les gares possèdent également une forte dimension patrimoniale et identitaire. Elles participent à l'histoire des communes et peuvent devenir des supports de valorisation du récit territorial, favorisant ainsi leur appropriation par les habitants.

3. Le regard de Florent Kunc, directeur régional de SNCF Gares & Connexions

Selon Florent Kunc, les besoins en mobilité connaissent une progression soutenue, comme en témoigne l'augmentation de la fréquentation des trains régionaux.

Les pôles de gare constituent ainsi des équipements structurants qui dépassent largement l'échelle communale. Les pôles d'échanges multimodaux peuvent d'ailleurs être pensés à différentes échelles afin d'assurer un maillage cohérent des territoires, en lien notamment avec les démarches engagées par Nouvelle-Aquitaine Mobilités.

Cette ambition suppose une gouvernance partagée. Les contrats de mobilité illustrent cette coopération entre Région, intercommunalités, communes et opérateurs de transport pour organiser les déplacements à l'échelle des bassins de vie.

La gare constitue également un marqueur urbain majeur, au même titre que la mairie, l'église ou la place centrale. Dans la grande majorité des cas, elle est implantée au cœur des villes et bénéficie d'un fort potentiel de développement. Près de 70 % de la population réside à moins de cinq kilomètres d'une gare, ce qui confirme leur rôle stratégique dans l'attractivité des territoires.

Enfin, les gares représentent un patrimoine immobilier important, parfois sous-utilisé. Pour SNCF Gares & Connexions, leur revitalisation passe également par le développement de nouveaux usages : restauration, commerces, services, professions de santé ou activités associatives.

L'exemple de Limoges, où un restaurant a remplacé un ancien buffet fermé, ou encore celui de la gare des Deux Jumeaux à Hendaye, qui pourrait prochainement accueillir des professionnels de santé, illustrent cette diversification des fonctions au bénéfice des voyageurs comme des habitants du quartier.

À retenir

  • Les projets de pôles de gare doivent s'appuyer sur une connaissance fine des besoins de mobilité et des usages des habitants.
  • Les gares constituent des équipements structurants dont l'influence dépasse largement les limites communales.
  • Elles représentent un levier d'attractivité, de développement économique et d'amélioration du cadre de vie.
  • La réussite de ces projets repose sur une coopération étroite entre collectivités, opérateurs ferroviaires, autorités organisatrices de la mobilité et services de l'État.
  • Au-delà de leurs fonctions de transport, les gares participent pleinement à l'identité et au récit des territoires.

II. Quels leviers mobiliser pour concrétiser un projet de pôle de gare ?

La transformation d'un pôle de gare constitue un projet d'aménagement complexe, qui mobilise de nombreux partenaires et s'inscrit nécessairement dans le temps long. L'exemple de Morcenx-la-Nouvelle met en lumière les conditions de réussite d'une telle démarche, tandis que les échanges du webinaire permettent d'identifier plusieurs recommandations opérationnelles à destination des collectivités. 

1. L'exemple de Morcenx-la-Nouvelle : un projet structurant construit dans la durée

À Morcenx-la-Nouvelle, la réflexion autour de la revitalisation du territoire s'est engagée dès 2018-2019. Les premiers échanges avec la Région Nouvelle-Aquitaine ont permis de faire émerger une vision commune, avant que la commune ne rejoigne le programme Petites Villes de Demain, qui a constitué un véritable cadre d'action pour structurer le projet.

À la suite des élections municipales de 2020, la collectivité s'est dotée d'un plan de référence, élaboré avec des urbanistes et des architectes. Ce document stratégique a permis de définir une trajectoire d'aménagement intégrant à la fois les enjeux d'habitat, d'espaces publics, de mobilités et de sécurité routière, en réponse aux attentes exprimées par les habitants.

L'accompagnement de l'État et de la Région a été déterminant pour financer les études préalables et les moyens d'ingénierie, mutualisés avec la commune voisine de Labouheyre. Cette phase préparatoire, souvent peu visible, constitue pourtant une étape indispensable pour hiérarchiser les priorités, sécuriser les financements et garantir la faisabilité des opérations.

L'expérience de Morcenx-la-Nouvelle rappelle également que le temps de l’élu et du projet urbain ne correspond pas au temps de la perception citoyenne. Si les démarches de concertation permettent d'associer les habitants dès les premières réflexions, les réalisations concrètes nécessitent plusieurs années. Les premiers aménagements visibles interviennent généralement après un mandat municipal, voire davantage.

Cette temporalité s'explique notamment par l'ampleur des investissements engagés. Le futur pôle d'échanges multimodal (PEM) représente, à lui seul, un investissement estimé à 3,5 millions d'euros, tandis que l'ensemble du programme de revitalisation pourrait atteindre entre 8 et 15 millions d'euros. Une telle ambition suppose donc une programmation financière progressive et une priorisation claire des opérations.

À Morcenx-la-Nouvelle, la réalisation du PEM constitue ainsi la première étape d'un projet plus global, qui prévoit ensuite la requalification des espaces publics et la renaturation du centre-bourg.

Un projet de pôle d'échanges multimodal pensé à plusieurs échelles

Le projet de PEM porte en premier lieu sur les espaces directement situés autour de la gare : le parvis, les stationnements et les cheminements permettant d'assurer les correspondances entre les différents modes de déplacement.

L'objectif est de faciliter l'intermodalité tout en améliorant le partage de l'espace public. Si l'offre de transports collectifs demeure plus limitée que dans les grandes agglomérations, la gare constitue néanmoins une porte d'entrée vers les stations balnéaires du littoral grâce aux dessertes saisonnières par autocar. L'organisation des circulations, la sécurisation des traversées ou encore la mise en place de zones apaisées participent pleinement de cette réflexion.

Le projet implique également des acquisitions foncières, dont les délais de négociation peuvent allonger le calendrier des opérations. À Morcenx-la-Nouvelle, la mise en service du PEM est envisagée à l'horizon 2027-2028.

Enfin, la question de l'accessibilité constitue un enjeu majeur. Bien que la gare ne figure pas parmi les sites prioritaires des programmes nationaux de mise en accessibilité, des discussions sont engagées avec les partenaires compétents afin d'améliorer les conditions d'accueil des personnes en situation de handicap.

2. Cinq recommandations pour conduire un projet de pôle de gare – Claire Sèze

S'appuyer sur les dispositifs existants

Les programmes nationaux Action Cœur de Ville, Petites Villes de Demain et Villages d'Avenir offrent aujourd'hui des cadres méthodologiques et des outils d'accompagnement particulièrement utiles.

Les démarches engagées dans ces dispositifs montrent qu'un projet de revitalisation repose généralement sur plusieurs piliers complémentaires : l'habitat, le commerce, les espaces publics et, désormais, les mobilités, qui constituent un enjeu transversal de plus en plus structurant.

Penser la gare dans son environnement urbain

Le quartier de gare ne peut être conçu indépendamment du reste de la commune.

Il convient d'interroger sa place dans l'organisation urbaine : constitue-t-il une centralité à part entière ? Comment s'articule-t-il avec le centre historique ? Quelles complémentarités développer entre ces différents espaces ?

Une étude de programmation urbaine permet d'apporter des réponses à ces questions, tout en identifiant les disponibilités foncières et les potentialités de développement.

Intervenir progressivement selon différentes échelles

Claire Sèze recommande d'aborder les projets de manière progressive, selon des périmètres d'intervention complémentaires.

Le premier cercle concerne la gare elle-même et son quartier immédiat, où peuvent être développés commerces, services ou nouvelles activités.

Le deuxième cercle porte sur le parvis, les espaces publics et les aménagements nécessaires au fonctionnement du pôle d'échanges multimodal.

Enfin, un troisième périmètre englobe les quartiers environnants et les connexions avec le centre-ville, afin d'assurer une continuité des parcours et des usages.

Cette approche graduée permet d'adapter le rythme des opérations. Lorsqu'un projet rencontre des difficultés sur un secteur, il est souvent possible de poursuivre les actions sur un autre périmètre, sans interrompre la dynamique globale.

S'inspirer des retours d'expérience

Les collectivités engagées dans des démarches similaires constituent une source d'inspiration précieuse.

Le partage d'expériences permet d'anticiper certaines difficultés, d'identifier des solutions opérationnelles et de bénéficier d'enseignements directement issus des projets déjà réalisés.

Les réseaux régionaux et nationaux d'échange jouent, à ce titre, un rôle essentiel dans la diffusion des bonnes pratiques.

Intégrer les enjeux climatiques et de qualité des espaces publics

La conception d'un pôle de gare ne peut aujourd'hui faire l'économie des enjeux liés à l'adaptation au changement climatique.

La renaturation des espaces, la lutte contre les îlots de chaleur, le confort des usagers pendant les temps d'attente ou encore la qualité des cheminements participent pleinement à l'attractivité du site.

La lisibilité des espaces publics constitue également un facteur essentiel pour favoriser l'intermodalité et faciliter les déplacements de tous les usagers.

3. Une gouvernance partenariale, condition de réussite

Les projets de pôles de gare mobilisent un grand nombre d'acteurs publics et privés. Leur réussite repose sur la coopération entre les différentes parties prenantes.

Autour des collectivités locales interviennent notamment l'État, les Régions, les Départements, les intercommunalités, les autorités organisatrices de la mobilité, SNCF Gares & Connexions, SNCF Réseau, le Cerema, les agences d'urbanisme, les établissements publics fonciers ainsi que les opérateurs de transport.

Cette diversité d'intervenants rend indispensable une coordination étroite dès les premières phases du projet. Les démarches de concertation avec les habitants et les acteurs économiques locaux contribuent également à favoriser l'appropriation du projet et à inscrire durablement le pôle de gare dans la stratégie de développement du territoire.

À retenir

Un projet de pôle de gare s'inscrit dans une stratégie globale de revitalisation et se construit sur plusieurs années.

Les études préalables et l'ingénierie constituent des investissements indispensables pour sécuriser les projets et hiérarchiser les interventions.

La gare doit être pensée en articulation avec les autres centralités de la commune et les quartiers environnants.

Une approche progressive, à différentes échelles, facilite la conduite opérationnelle des projets.

Les enjeux de transition écologique, de confort d'usage et d'accessibilité doivent être intégrés dès la conception.

La réussite des projets repose sur une gouvernance partenariale associant l'ensemble des acteurs de la mobilité, de l'aménagement et du développement territorial.

4. Le rôle de SNCF Gares & Connexions : un partenaire au service des collectivités

La réussite d'un projet de pôle de gare repose sur une bonne compréhension des rôles de chacun des acteurs intervenant dans l'écosystème ferroviaire. Pour les collectivités, identifier le bon interlocuteur dès les premières phases du projet constitue un facteur de réussite essentiel.

Au sein du groupe SNCF, les missions sont réparties entre trois sociétés aux compétences complémentaires.

SNCF Voyageurs assure l'exploitation des services de transport ferroviaire (TER pour le compte des Régions, Intercités pour le compte de l'État, ainsi que les services TGV).

SNCF Réseau est gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire. À ce titre, il assure notamment la gestion, l'entretien et le développement du réseau ferré.

SNCF Gares & Connexions est en charge des gares et de leurs espaces associés. Son périmètre d'intervention comprend notamment les bâtiments voyageurs, les quais, les traversées de voies ainsi que, dans de nombreux cas, les pôles d'échanges multimodaux.

Pour les collectivités, SNCF Gares & Connexions constitue ainsi l'interlocuteur privilégié sur les questions liées aux gares, à leur patrimoine immobilier et aux enjeux fonciers. Son rôle consiste également à faciliter les échanges entre les différents acteurs d'un projet, dans un environnement où les compétences sont multiples et parfois complexes à appréhender.

Au-delà de la gestion de son patrimoine, SNCF Gares & Connexions accompagne les collectivités dans l'émergence et la structuration de leurs projets de pôle d'échanges multimodal (PEM). Cet accompagnement doit intervenir très en amont, dès les premières réflexions stratégiques, afin d'aider les élus à définir une vision partagée du projet.

L'entreprise mobilise pour cela différentes expertises internes. En particulier, sa filiale AREP apporte des compétences en urbanisme, en architecture, en environnement et en résilience climatique. Ces interventions permettent de réaliser des diagnostics territoriaux portant notamment sur les mobilités, les enjeux fonciers, le potentiel de développement du quartier de gare ou encore les perspectives d'évolution des usages.

Florent Kunc pointe ainsi l'importance de consacrer suffisamment de temps à cette phase de diagnostic. Une analyse approfondie en amont permet de construire un projet cohérent et partagé, limitant ainsi les risques de réorientation en cours d'opération.

Pour autant, SNCF Gares & Connexions ne cherche pas à se substituer aux collectivités dans le pilotage des projets. Son ambition est avant tout de jouer un rôle de facilitateur, en mettant à disposition son expertise, en prenant la maîtrise d'ouvrage lorsque cela est nécessaire et en contribuant à faire converger les différents partenaires autour d'un projet commun.

Cette posture d'accompagnement souligne l'importance d'associer la SNCF dès les premières étapes de la réflexion. Plus celle-ci est mobilisée en amont, plus les conditions sont réunies pour construire un projet partagé, réaliste et adapté aux spécificités du territoire.

5. Le foncier : un enjeu stratégique qui se construit dans le temps long

Les échanges ont mis en évidence que la maîtrise du foncier constitue l'un des principaux défis des projets de revitalisation autour des gares. Pour autant, les intervenants ont rappelé qu'il ne s'agit pas nécessairement de maîtriser l'ensemble du foncier, mais plutôt de disposer d'une stratégie foncière claire, fondée sur l'anticipation, la connaissance du territoire et la mobilisation des bons partenaires.

Anticiper les évolutions foncières à l'échelle du quartier de gare

Pour Claire Sèze, la réflexion foncière ne doit pas se limiter aux seules emprises ferroviaires. Elle doit s'étendre à l'ensemble du quartier de gare afin d'identifier les opportunités de développement, notamment en matière d'habitat.

Les quartiers de gare présentent en effet une forte capacité d'évolution. Une veille foncière régulière permet d'anticiper les mutations, de repérer les parcelles stratégiques et d'accompagner les projets au fur et à mesure de leur maturation.

Par ailleurs, la maîtrise foncière ne passe pas exclusivement par l'acquisition des terrains. Les collectivités disposent de plusieurs outils juridiques et opérationnels leur permettant d'orienter les évolutions urbaines tout en limitant leur niveau d'investissement.

S'appuyer sur les partenaires pour sécuriser les projets

L'expérience de Morcenx-la-Nouvelle illustre l'intérêt de mobiliser les opérateurs spécialisés.

Sur les questions d'habitat, la commune travaille en lien étroit avec l'Établissement public foncier local (EPFL) des Landes. Cet accompagnement permet de porter temporairement les acquisitions foncières et d'en différer le coût pour la collectivité, parfois de cinq à dix ans. Pour les petites communes, ce portage foncier constitue un levier déterminant pour engager des opérations qui seraient difficilement finançables sans cet appui.

Les discussions avec SNCF Gares & Connexions sont en cours pour optimiser les emprises situées à proximité immédiate de la gare. À Morcenx-la-Nouvelle, un ancien buffet de gare de 400m2, qui accueillait des pèlerins faisant route pour Lourdes est aujourd'hui inoccupé. Il fait ainsi l'objet d'un projet de réhabilitation destiné à accueillir une nouvelle activité économique. La commune et SNCF Gares & Connexions travaillent à la mise en place d'un bail emphytéotique, démontrant qu'il n'est pas toujours nécessaire d'être propriétaire d'un bien pour lui redonner un usage au service du territoire.

Monsieur le Maire a également souligné que les discussions portant sur les emprises ferroviaires peuvent nécessiter plusieurs années. Les besoins d'évolution du stationnement ou des espaces publics doivent en effet être conciliés avec les perspectives de développement du réseau ferroviaire. À Morcenx-la-Nouvelle, près de six années de dialogue ont été nécessaires pour faire converger les positions des différents partenaires. Cette expérience a souligné également l’importance des élus régionaux dans la recherche de solutions partagées, notamment ici de Monsieur Renaud Lagrave.

Construire une vision commune du foncier

Pour Florent Kunc, la temporalité parfois longue des discussions foncières répond à une nécessité : construire une vision partagée de l'avenir des quartiers de gare.

Les besoins du système ferroviaire évoluent dans le temps et certaines emprises, aujourd'hui peu utilisées, peuvent devenir stratégiques à moyen ou long terme. L'augmentation de la fréquentation des gares observée ces dernières années illustre la nécessité de préserver des capacités d'évolution pour le réseau ferroviaire.

L'enjeu consiste donc à concilier deux objectifs complémentaires : permettre le développement du ferroviaire tout en accompagnant les projets de revitalisation portés par les collectivités.

Dans cette perspective, SNCF Gares & Connexions s'attache à expliciter les contraintes liées à son patrimoine lorsque certaines emprises ne peuvent être mobilisées immédiatement, tout en recherchant des solutions permettant de répondre, autant que possible, aux attentes des collectivités et des autorités organisatrices de la mobilité.

Enfin, Claire Sèze rappelle qu'un travail de caractérisation du foncier constitue un gain de temps précieux pour les collectivités. I

À retenir

Le foncier constitue un enjeu stratégique qui doit être appréhendé à l'échelle de l'ensemble du quartier de gare.

Une veille foncière et une bonne connaissance des opportunités permettent d'anticiper les évolutions du territoire.

La maîtrise foncière ne passe pas uniquement par l'acquisition : des outils juridiques et des partenariats peuvent permettre de conduire les projets de manière plus souple.

Les établissements publics fonciers représentent des partenaires essentiels, notamment pour les petites collectivités, en facilitant le portage des acquisitions.

Les projets nécessitent une vision de long terme conciliant les besoins futurs du système ferroviaire et les objectifs de revitalisation des territoires.

Le dialogue entre collectivités, SNCF Gares & Connexions, partenaires fonciers et élus régionaux constitue un facteur clé de réussite.

III. L'État et la Région Nouvelle-Aquitaine : des rôles complémentaires au service des projets de territoire

Les interventions de Renaud Lagrave et de Fabien Coupé ont mis en évidence la complémentarité des approches portées par la Région et par l'État. Si les collectivités demeurent les pilotes des projets de revitalisation autour des gares, ces deux partenaires jouent un rôle essentiel, tant dans la définition d'une vision stratégique que dans l'accompagnement technique, financier et méthodologique des territoires.

1. La Région Nouvelle-Aquitaine : faire de la gare un véritable lieu de services et de mobilité

Pour Renaud Lagrave, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine en charge des mobilités, un premier constat s'impose : les projets ferroviaires s'inscrivent nécessairement dans le temps long. Qu'il s'agisse de créer, de rénover ou de réaménager une gare, les délais liés aux études, aux partenariats et aux investissements impliquent d'inscrire ces opérations dans une vision de long terme.

Cette temporalité s'explique également par la diversité des acteurs impliqués. Si la Région est l’une des autorités organisatrices des transports ferroviaires régionaux, elle n'est pas propriétaire des gares, qui relèvent de SNCF Gares & Connexions et de l’État. Elle contribue néanmoins très largement à leur fonctionnement, notamment à travers le financement des gares (les gares en France sont financées à 86 % par les Régions) et des « touchés de gare », qui participent à l'entretien et à l'exploitation des infrastructures.

Au-delà de cette compétence de transport, la Région défend une vision intégrée des mobilités. L'enjeu n'est plus seulement de proposer une offre ferroviaire performante, mais de permettre aux voyageurs d'accéder, en un même lieu, à l'ensemble des informations et des services nécessaires à leurs déplacements.

Cette logique conduit à faire évoluer les gares vers de véritables maisons des mobilités, où l'usager peut préparer l'ensemble de son parcours : train, autocar régional, réseau urbain, vélo, voiture partagée ou transport à la demande. Cette approche apparaît particulièrement pertinente dans les territoires ruraux, où les solutions de mobilité sont souvent multiples mais encore dispersées.

Pour la Région, les gares et haltes ferroviaires constituent ainsi des points d'entrée privilégiés pour organiser l'intermodalité et améliorer la lisibilité de l'offre de mobilité à l'échelle des territoires.

2. L'État : accompagner les collectivités dans la conduite de leurs projets

Fabien Coupé a rappelé que les collectivités occupent une place centrale dans les projets de revitalisation des quartiers de gare. Face à la diversité des acteurs concernés, le maire ou l'intercommunalité jouent un rôle de coordination indispensable pour porter une vision d'ensemble et assurer la cohérence du projet de territoire.

Cette gouvernance suppose de mobiliser une ingénierie adaptée. Les programmes nationaux, tels que Petites Villes de Demain ou Action Cœur de Ville, offrent à cet égard des ressources précieuses pour accompagner les collectivités dans la structuration de leurs projets.

L'anticipation constitue également un facteur déterminant. Les enjeux liés aux gares et à leurs quartiers doivent être intégrés le plus en amont possible dans les documents de planification et d'urbanisme afin de réserver les emprises nécessaires, d'anticiper les évolutions foncières et de faciliter la mise en œuvre des opérations.

Au-delà de la coordination locale, les projets nécessitent une articulation entre les différentes échelles territoriales. La coopération entre communes, intercommunalités, Départements, Région et services de l'État apparaît comme une condition essentielle pour assurer la cohérence des politiques de mobilité et d'aménagement.

Les projets de quartier de gare constituent également une opportunité pour répondre à plusieurs enjeux de politique publique. Ils peuvent favoriser la production de logements, y compris de logements sociaux, et renforcer la mixité sociale. En développant des alternatives au transport routier, ils participent également à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, alors que le secteur des transports représente le premier poste d'émissions en Nouvelle-Aquitaine.

Enfin, Fabien Coupé a souligné l'importance d'une stratégie foncière anticipée. La maîtrise progressive du foncier constitue un levier essentiel pour sécuriser les projets et créer les conditions de leur réalisation dans la durée.

Un rôle d'accompagnement, d'ingénierie et de financement

L'État intervient avant tout comme partenaire des collectivités. Son rôle consiste à faciliter l'émergence des projets et à accompagner leur mise en œuvre grâce à des outils d'ingénierie et de financement.

Plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés selon la nature des opérations : appels à projets consacrés aux pôles d'échanges multimodaux, soutien au déploiement de stationnements vélos sécurisés, financements du Contrat de plan État-Région (CPER) pour la mise en accessibilité des gares, ou encore dispositifs plus larges tels que le Fonds mobilités actives, le Fonds vert ou le Pacte des solidarités.

La diversité de ces financements renforce l'importance d'un accompagnement en ingénierie. Les collectivités peuvent ainsi s'appuyer sur plusieurs partenaires, parmi lesquels le Cerema, la Banque des Territoires, l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), les établissements publics fonciers ou encore la Cellule France Mobilités, qui constitue un point d'entrée vers l'ensemble de ces ressources.

À retenir

Les collectivités demeurent les chefs de file des projets de revitalisation des pôles de gare, avec un rôle central de coordination.

La Région porte une vision intégrée des mobilités, visant à faire des gares des lieux de services et d'intermodalité à l'échelle des territoires.

L'État accompagne les collectivités par des dispositifs d'ingénierie, de planification et de financement, sans se substituer au pilotage local.

L'anticipation, notamment dans les documents de planification et la stratégie foncière, constitue un facteur clé de réussite.

Les projets de quartier de gare répondent simultanément à des enjeux de mobilité, d'habitat, d'attractivité territoriale et de transition écologique.


 

Contact PQN-A

Marie-Lise Hébert, chargée de mission revitalisation des centres-villes et des centres bourgs / tel : 07 50 56 36 95

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