1. L'exemple de Morcenx-la-Nouvelle : un projet structurant construit dans la durée
À Morcenx-la-Nouvelle, la réflexion autour de la revitalisation du territoire s'est engagée dès 2018-2019. Les premiers échanges avec la Région Nouvelle-Aquitaine ont permis de faire émerger une vision commune, avant que la commune ne rejoigne le programme Petites Villes de Demain, qui a constitué un véritable cadre d'action pour structurer le projet.
À la suite des élections municipales de 2020, la collectivité s'est dotée d'un plan de référence, élaboré avec des urbanistes et des architectes. Ce document stratégique a permis de définir une trajectoire d'aménagement intégrant à la fois les enjeux d'habitat, d'espaces publics, de mobilités et de sécurité routière, en réponse aux attentes exprimées par les habitants.
L'accompagnement de l'État et de la Région a été déterminant pour financer les études préalables et les moyens d'ingénierie, mutualisés avec la commune voisine de Labouheyre. Cette phase préparatoire, souvent peu visible, constitue pourtant une étape indispensable pour hiérarchiser les priorités, sécuriser les financements et garantir la faisabilité des opérations.
L'expérience de Morcenx-la-Nouvelle rappelle également que le temps de l’élu et du projet urbain ne correspond pas au temps de la perception citoyenne. Si les démarches de concertation permettent d'associer les habitants dès les premières réflexions, les réalisations concrètes nécessitent plusieurs années. Les premiers aménagements visibles interviennent généralement après un mandat municipal, voire davantage.
Cette temporalité s'explique notamment par l'ampleur des investissements engagés. Le futur pôle d'échanges multimodal (PEM) représente, à lui seul, un investissement estimé à 3,5 millions d'euros, tandis que l'ensemble du programme de revitalisation pourrait atteindre entre 8 et 15 millions d'euros. Une telle ambition suppose donc une programmation financière progressive et une priorisation claire des opérations.
À Morcenx-la-Nouvelle, la réalisation du PEM constitue ainsi la première étape d'un projet plus global, qui prévoit ensuite la requalification des espaces publics et la renaturation du centre-bourg.
Un projet de pôle d'échanges multimodal pensé à plusieurs échelles
Le projet de PEM porte en premier lieu sur les espaces directement situés autour de la gare : le parvis, les stationnements et les cheminements permettant d'assurer les correspondances entre les différents modes de déplacement.
L'objectif est de faciliter l'intermodalité tout en améliorant le partage de l'espace public. Si l'offre de transports collectifs demeure plus limitée que dans les grandes agglomérations, la gare constitue néanmoins une porte d'entrée vers les stations balnéaires du littoral grâce aux dessertes saisonnières par autocar. L'organisation des circulations, la sécurisation des traversées ou encore la mise en place de zones apaisées participent pleinement de cette réflexion.
Le projet implique également des acquisitions foncières, dont les délais de négociation peuvent allonger le calendrier des opérations. À Morcenx-la-Nouvelle, la mise en service du PEM est envisagée à l'horizon 2027-2028.
Enfin, la question de l'accessibilité constitue un enjeu majeur. Bien que la gare ne figure pas parmi les sites prioritaires des programmes nationaux de mise en accessibilité, des discussions sont engagées avec les partenaires compétents afin d'améliorer les conditions d'accueil des personnes en situation de handicap.
2. Cinq recommandations pour conduire un projet de pôle de gare – Claire Sèze
S'appuyer sur les dispositifs existants
Les programmes nationaux Action Cœur de Ville, Petites Villes de Demain et Villages d'Avenir offrent aujourd'hui des cadres méthodologiques et des outils d'accompagnement particulièrement utiles.
Les démarches engagées dans ces dispositifs montrent qu'un projet de revitalisation repose généralement sur plusieurs piliers complémentaires : l'habitat, le commerce, les espaces publics et, désormais, les mobilités, qui constituent un enjeu transversal de plus en plus structurant.
Penser la gare dans son environnement urbain
Le quartier de gare ne peut être conçu indépendamment du reste de la commune.
Il convient d'interroger sa place dans l'organisation urbaine : constitue-t-il une centralité à part entière ? Comment s'articule-t-il avec le centre historique ? Quelles complémentarités développer entre ces différents espaces ?
Une étude de programmation urbaine permet d'apporter des réponses à ces questions, tout en identifiant les disponibilités foncières et les potentialités de développement.
Intervenir progressivement selon différentes échelles
Claire Sèze recommande d'aborder les projets de manière progressive, selon des périmètres d'intervention complémentaires.
Le premier cercle concerne la gare elle-même et son quartier immédiat, où peuvent être développés commerces, services ou nouvelles activités.
Le deuxième cercle porte sur le parvis, les espaces publics et les aménagements nécessaires au fonctionnement du pôle d'échanges multimodal.
Enfin, un troisième périmètre englobe les quartiers environnants et les connexions avec le centre-ville, afin d'assurer une continuité des parcours et des usages.
Cette approche graduée permet d'adapter le rythme des opérations. Lorsqu'un projet rencontre des difficultés sur un secteur, il est souvent possible de poursuivre les actions sur un autre périmètre, sans interrompre la dynamique globale.
S'inspirer des retours d'expérience
Les collectivités engagées dans des démarches similaires constituent une source d'inspiration précieuse.
Le partage d'expériences permet d'anticiper certaines difficultés, d'identifier des solutions opérationnelles et de bénéficier d'enseignements directement issus des projets déjà réalisés.
Les réseaux régionaux et nationaux d'échange jouent, à ce titre, un rôle essentiel dans la diffusion des bonnes pratiques.
Intégrer les enjeux climatiques et de qualité des espaces publics
La conception d'un pôle de gare ne peut aujourd'hui faire l'économie des enjeux liés à l'adaptation au changement climatique.
La renaturation des espaces, la lutte contre les îlots de chaleur, le confort des usagers pendant les temps d'attente ou encore la qualité des cheminements participent pleinement à l'attractivité du site.
La lisibilité des espaces publics constitue également un facteur essentiel pour favoriser l'intermodalité et faciliter les déplacements de tous les usagers.
3. Une gouvernance partenariale, condition de réussite
Les projets de pôles de gare mobilisent un grand nombre d'acteurs publics et privés. Leur réussite repose sur la coopération entre les différentes parties prenantes.
Autour des collectivités locales interviennent notamment l'État, les Régions, les Départements, les intercommunalités, les autorités organisatrices de la mobilité, SNCF Gares & Connexions, SNCF Réseau, le Cerema, les agences d'urbanisme, les établissements publics fonciers ainsi que les opérateurs de transport.
Cette diversité d'intervenants rend indispensable une coordination étroite dès les premières phases du projet. Les démarches de concertation avec les habitants et les acteurs économiques locaux contribuent également à favoriser l'appropriation du projet et à inscrire durablement le pôle de gare dans la stratégie de développement du territoire.
À retenir
Un projet de pôle de gare s'inscrit dans une stratégie globale de revitalisation et se construit sur plusieurs années.
Les études préalables et l'ingénierie constituent des investissements indispensables pour sécuriser les projets et hiérarchiser les interventions.
La gare doit être pensée en articulation avec les autres centralités de la commune et les quartiers environnants.
Une approche progressive, à différentes échelles, facilite la conduite opérationnelle des projets.
Les enjeux de transition écologique, de confort d'usage et d'accessibilité doivent être intégrés dès la conception.
La réussite des projets repose sur une gouvernance partenariale associant l'ensemble des acteurs de la mobilité, de l'aménagement et du développement territorial.
4. Le rôle de SNCF Gares & Connexions : un partenaire au service des collectivités
La réussite d'un projet de pôle de gare repose sur une bonne compréhension des rôles de chacun des acteurs intervenant dans l'écosystème ferroviaire. Pour les collectivités, identifier le bon interlocuteur dès les premières phases du projet constitue un facteur de réussite essentiel.
Au sein du groupe SNCF, les missions sont réparties entre trois sociétés aux compétences complémentaires.
SNCF Voyageurs assure l'exploitation des services de transport ferroviaire (TER pour le compte des Régions, Intercités pour le compte de l'État, ainsi que les services TGV).
SNCF Réseau est gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire. À ce titre, il assure notamment la gestion, l'entretien et le développement du réseau ferré.
SNCF Gares & Connexions est en charge des gares et de leurs espaces associés. Son périmètre d'intervention comprend notamment les bâtiments voyageurs, les quais, les traversées de voies ainsi que, dans de nombreux cas, les pôles d'échanges multimodaux.
Pour les collectivités, SNCF Gares & Connexions constitue ainsi l'interlocuteur privilégié sur les questions liées aux gares, à leur patrimoine immobilier et aux enjeux fonciers. Son rôle consiste également à faciliter les échanges entre les différents acteurs d'un projet, dans un environnement où les compétences sont multiples et parfois complexes à appréhender.
Au-delà de la gestion de son patrimoine, SNCF Gares & Connexions accompagne les collectivités dans l'émergence et la structuration de leurs projets de pôle d'échanges multimodal (PEM). Cet accompagnement doit intervenir très en amont, dès les premières réflexions stratégiques, afin d'aider les élus à définir une vision partagée du projet.
L'entreprise mobilise pour cela différentes expertises internes. En particulier, sa filiale AREP apporte des compétences en urbanisme, en architecture, en environnement et en résilience climatique. Ces interventions permettent de réaliser des diagnostics territoriaux portant notamment sur les mobilités, les enjeux fonciers, le potentiel de développement du quartier de gare ou encore les perspectives d'évolution des usages.
Florent Kunc pointe ainsi l'importance de consacrer suffisamment de temps à cette phase de diagnostic. Une analyse approfondie en amont permet de construire un projet cohérent et partagé, limitant ainsi les risques de réorientation en cours d'opération.
Pour autant, SNCF Gares & Connexions ne cherche pas à se substituer aux collectivités dans le pilotage des projets. Son ambition est avant tout de jouer un rôle de facilitateur, en mettant à disposition son expertise, en prenant la maîtrise d'ouvrage lorsque cela est nécessaire et en contribuant à faire converger les différents partenaires autour d'un projet commun.
Cette posture d'accompagnement souligne l'importance d'associer la SNCF dès les premières étapes de la réflexion. Plus celle-ci est mobilisée en amont, plus les conditions sont réunies pour construire un projet partagé, réaliste et adapté aux spécificités du territoire.
5. Le foncier : un enjeu stratégique qui se construit dans le temps long
Les échanges ont mis en évidence que la maîtrise du foncier constitue l'un des principaux défis des projets de revitalisation autour des gares. Pour autant, les intervenants ont rappelé qu'il ne s'agit pas nécessairement de maîtriser l'ensemble du foncier, mais plutôt de disposer d'une stratégie foncière claire, fondée sur l'anticipation, la connaissance du territoire et la mobilisation des bons partenaires.
Anticiper les évolutions foncières à l'échelle du quartier de gare
Pour Claire Sèze, la réflexion foncière ne doit pas se limiter aux seules emprises ferroviaires. Elle doit s'étendre à l'ensemble du quartier de gare afin d'identifier les opportunités de développement, notamment en matière d'habitat.
Les quartiers de gare présentent en effet une forte capacité d'évolution. Une veille foncière régulière permet d'anticiper les mutations, de repérer les parcelles stratégiques et d'accompagner les projets au fur et à mesure de leur maturation.
Par ailleurs, la maîtrise foncière ne passe pas exclusivement par l'acquisition des terrains. Les collectivités disposent de plusieurs outils juridiques et opérationnels leur permettant d'orienter les évolutions urbaines tout en limitant leur niveau d'investissement.
S'appuyer sur les partenaires pour sécuriser les projets
L'expérience de Morcenx-la-Nouvelle illustre l'intérêt de mobiliser les opérateurs spécialisés.
Sur les questions d'habitat, la commune travaille en lien étroit avec l'Établissement public foncier local (EPFL) des Landes. Cet accompagnement permet de porter temporairement les acquisitions foncières et d'en différer le coût pour la collectivité, parfois de cinq à dix ans. Pour les petites communes, ce portage foncier constitue un levier déterminant pour engager des opérations qui seraient difficilement finançables sans cet appui.
Les discussions avec SNCF Gares & Connexions sont en cours pour optimiser les emprises situées à proximité immédiate de la gare. À Morcenx-la-Nouvelle, un ancien buffet de gare de 400m2, qui accueillait des pèlerins faisant route pour Lourdes est aujourd'hui inoccupé. Il fait ainsi l'objet d'un projet de réhabilitation destiné à accueillir une nouvelle activité économique. La commune et SNCF Gares & Connexions travaillent à la mise en place d'un bail emphytéotique, démontrant qu'il n'est pas toujours nécessaire d'être propriétaire d'un bien pour lui redonner un usage au service du territoire.
Monsieur le Maire a également souligné que les discussions portant sur les emprises ferroviaires peuvent nécessiter plusieurs années. Les besoins d'évolution du stationnement ou des espaces publics doivent en effet être conciliés avec les perspectives de développement du réseau ferroviaire. À Morcenx-la-Nouvelle, près de six années de dialogue ont été nécessaires pour faire converger les positions des différents partenaires. Cette expérience a souligné également l’importance des élus régionaux dans la recherche de solutions partagées, notamment ici de Monsieur Renaud Lagrave.
Construire une vision commune du foncier
Pour Florent Kunc, la temporalité parfois longue des discussions foncières répond à une nécessité : construire une vision partagée de l'avenir des quartiers de gare.
Les besoins du système ferroviaire évoluent dans le temps et certaines emprises, aujourd'hui peu utilisées, peuvent devenir stratégiques à moyen ou long terme. L'augmentation de la fréquentation des gares observée ces dernières années illustre la nécessité de préserver des capacités d'évolution pour le réseau ferroviaire.
L'enjeu consiste donc à concilier deux objectifs complémentaires : permettre le développement du ferroviaire tout en accompagnant les projets de revitalisation portés par les collectivités.
Dans cette perspective, SNCF Gares & Connexions s'attache à expliciter les contraintes liées à son patrimoine lorsque certaines emprises ne peuvent être mobilisées immédiatement, tout en recherchant des solutions permettant de répondre, autant que possible, aux attentes des collectivités et des autorités organisatrices de la mobilité.
Enfin, Claire Sèze rappelle qu'un travail de caractérisation du foncier constitue un gain de temps précieux pour les collectivités. I
À retenir
Le foncier constitue un enjeu stratégique qui doit être appréhendé à l'échelle de l'ensemble du quartier de gare.
Une veille foncière et une bonne connaissance des opportunités permettent d'anticiper les évolutions du territoire.
La maîtrise foncière ne passe pas uniquement par l'acquisition : des outils juridiques et des partenariats peuvent permettre de conduire les projets de manière plus souple.
Les établissements publics fonciers représentent des partenaires essentiels, notamment pour les petites collectivités, en facilitant le portage des acquisitions.
Les projets nécessitent une vision de long terme conciliant les besoins futurs du système ferroviaire et les objectifs de revitalisation des territoires.
Le dialogue entre collectivités, SNCF Gares & Connexions, partenaires fonciers et élus régionaux constitue un facteur clé de réussite.