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Parole d’acteur #3 – Eric Jaubert, chef de projet au pôle DATAR, Région N-A

Equipe PQN-A , Pauline Chatelain
Publié le 01/02/2022
Temps de lecture : 10 min
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Eric Jaubert est chef de projet au pôle Délégation à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR) de la Région Nouvelle-Aquitaine. La DATAR est au cœur de l’élaboration et de l’animation des politiques régionales. Elle est en effet un outil de conseil et d’accompagnement au service des territoires. Dans le cadre de la politique contractuelle régionale, les territoires contractualisent avec la Région, ces derniers font l’objet d’un suivi par un chargé de mission et/ou un chef de projet DATAR tel qu’Eric Jaubert. 

Il accompagne certains de ces territoires de contractualisation dans toutes les phases d’élaboration de leur projet. Il appuie donc les porteurs de projets dans leurs démarches et aide à la bonne exécution du contrat. Pour cela, il se rend très régulièrement sur le terrain pour échanger et travailler avec les élus et autres acteurs du territoire. Acteur du développement local, nous l’avons interviewé dans le cadre de notre série “Paroles d’acteurs”.

 

1/ Si vous deviez vous décrire, comment vous présenteriez-vous ? 

 

Professionnellement, je pense que je suis exigeant et assez rigide. C’est un métier militant que nous devons faire à fond pour permettre aux territoires d’avancer et de trouver des solutions. C’est un métier que l’on fait par passion plus que pour remplir son frigo. Voilà pourquoi, je me définis comme un militant du développement local.

Avec l’expérience professionnelle, tu te découvres des qualités. Lors de mon premier job, la personne avec qui je bossais à la chambre d’agriculture m’a dit que j’avais l’esprit analytique. Un jour, il m’a dit : “je t’ai vu accumuler des tonnes de documents. Je pensais que tu allais te noyer dedans et en fait, tu as complètement réussi à extraire les éléments qu’il te fallait pour construire le travail qui t’avait été demandé”. Je pense que ça fait partie de mes qualités dans le travail. Souvent, j’écoute les gens dans les réunions et je suis capable de sortir ou de formuler le ou les éléments qui comptent dans tout ce qui a été dit. Je ne sais pas comment. C’est intuitif. 

Sinon, j’ai l’impression d’être assez libre dans ce que j’entreprends. Dans le champ d’action qui m’est donné, je garde une marge de manœuvre qui me donne le plaisir que je recherche dans ce boulot. C’est aussi en ça que le terrain est important. Mon espace d’expression est sur le terrain.

 

2/ Vous parlez du développement local. Qu’est-ce que c’est pour vous ?

 

Ça me rappelle un de mes premiers entretiens professionnels que j’ai passé dans le Lot à Figeac avec Martin Malvy, pour un poste de chargé de mission Développement local sur la contractualisation avec la Région Midi-Pyrénées. J’avais 25 ans, j’étais quand même un peu impressionné. Et, il m’avait posé cette question : “qu’est-ce que le développement local ?”. Je me rappelle avoir répondu : “c’est de permettre aux gens qui vivent sur un territoire de continuer à y vivre et de ceux qui désirent y venir, de trouver ou retrouver les conditions pour le faire”. Je le dirais encore aussi simplement que cela aujourd’hui. 

On a tendance à beaucoup conceptualiser. On parle de “territoires” et donc de développement territorial. Mais, on n’oublie parfois que tout ça n’a de sens que parce qu’il y a des gens qui vivent dessus. Un territoire où il n’y a personne n’a pas besoin de se développer, seule la nature s’occupe du territoire. Pour le reste, je pense que c’est important de rappeler que c’est grâce aux gens qui y sont ou qui aspirent à y être que ça a du sens.

 

3/ Qu’est-ce qui vous a poussé et vous pousse encore aujourd’hui à vous engager dans le développement local ?

 

Génétiquement, je suis porté par le public et pas par le privé. C’est dans mon patrimoine. Le marché, l’entreprise, le profit, c’est moins mon logiciel. Dans mon parcours étudiant, le déclic a commencé à se faire en licence où j’ai pris l’option Histoire du développement local, dirigée par Pierre Delfaud. C’était le directeur du DESS (Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées) Aménagement du territoire et économie du développement local, que j’ai fait par la suite. Cette option a commencé à éveiller chez moi une aspiration pour le développement local, à faire écho. Je le dis rétrospectivement car à l’époque ça m’intéressait beaucoup. Mais je ne connaissais pas les métiers du développement local. On m’a justement proposé d’intervenir à la fac après pour présenter ces métiers quelques années plus tard. Mais c’est à partir du DESS que j’ai commencé à découvrir ce qu’était l’action territoriale, le projet de développement local, animer et accompagner des acteurs et des porteurs de projets. Lors de cette formation, j’ai aussi bénéficié de l’apport d’intervenants extérieurs (élus, techniciens) et du travail de terrain pour aller à leur rencontre. Après, ce sont les opportunités qui ont fait le chemin.

Aujourd’hui, à la DATAR, je retrouve le sens qui, pour moi, fait l’intérêt du développement local : le terrain. Ce qui me plait, ce sont des journées comme aujourd’hui [journée dans le territoire de contractualisation du Pays Basque]. C’est de venir sur le terrain et de véritablement participer à construire collectivement des dispositifs, outils, réponses. C’est de mobiliser les moyens au service des porteurs de projets qui font qu’il y a une vie dans les territoires. Par exemple, le territoire du Pays Basque est un laboratoire extraordinaire de développement local avec toutes les caractéristiques que l’on peut trouver dans la Région (mer, montagne, rural, urbain). 

 

4/ Quelle est votre plus grande fierté ? 

 

C’est difficile de répondre à cette question… Il y a plusieurs choses dont je suis content. Là par exemple, le projet  porté par La Bourse des Bergers, qui vient d’être retenu dans le dispositif régional “Initiative Territoriale pour l’Emploi”. Quand j’ai su que c’était bon, je me suis dit que j’avais fait le boulot. Je sais que derrière, il y a pleins de gens qui vont bénéficier de ça. C’est super !

Sinon, il y a quand je travaillais pour la député dans la Sarthe. La dernière réunion que j’ai animée en sa présence était autour d’un syndicat qu’on avait monté avec quatre Communautés de Communes (CDC) et le département pour créer une zone d’activité sur 200 hectares. Nous avions repris un site militaire traversé par une voie ferrée. Nous l’avions accolé à une zone d’activité à la sortie d’une autoroute. Dessus, nous avions fait un parc d’activités d’intérêt départemental sur lequel nous mettions vingt millions d’euros d’investissement. J’avais négocié la rétrocession du site au Ministère des armées. Lors de cette dernière réunion, je leur ai déroulé le plan d’investissement sur vingt ans avec à la clé plus de 2 000 créations d’emplois. Quand tu fais ce genre de choses, que tu as travaillé pendant des mois et des mois, voire des années sur un dossier comme ça et que juste avant de t’en aller, tout est prêt pour vingt ans, c’est très satisfaisant, même personnellement.

 

5/ Quel est l’échec dont vous avez tiré le plus d’enseignements ?

 

Ah, très bonne question. J’ai ressenti des frustrations oui mais cela fait partie du job. Tu vois les choses d’une certaine façon mais ceux qui décident ne les voient pas de la même manière. Après, j’ai toujours réussi à me dire que je n’étais pas un élu et que je n’étais que là pour éclairer la décision.

Sinon, je n’ai pas la sensation d’avoir vécu un échec professionnel, peut-être parce que je vis bien l’échec ou que je ne le ressens pas comme tel. Par contre, je pense que j’ai toujours appris. C’est ça que j’aime dans ce métier. C’est que j’apprends tout le temps, je me nourris tout le temps, je découvre tout le temps. Même quand tu ne réussis pas quelque chose, tu en tires un enseignement. Tu apprends sur toi, sur les autres, sur le sujet. Je trouve que c’est une chance de pouvoir finalement progresser. Et peut-être que c’est pour ça que je ne le vis pas comme un échec. Je me dis que ce n’est peut-être pas ce que j’attendais mais qu’il y a sûrement des choses que je n’ai pas réussi à faire passer et donc que je ferais mieux la prochaine fois. Je pense que je suis plutôt dans cet esprit-là.

 

6/ Quel(s) message(s) souhaiteriez-vous partager aux personnes qui ont envie de s’investir dans le développement local ? 

 

Je dirais aux gens : soyez sincères avec vous-mêmes. Si vous allez vers ce métier, faites-le avec vos tripes et votre cœur. Ne le faites pas en pensant que nous sommes dans un bureau en train d’instruire des dossiers. Ce n’est pas ça. Moi, je n’instruis pas de dossier, j’accompagne un projet de l’idée jusqu’à sa mise en œuvre. L’instruction se fait au fur et à mesure. Je vis le projet. Si vous faites du développement local, vivez les projets, vivez avec les gens, soyez avec eux, accompagnez-les, écoutez-les, rentrez leur dedans de temps en temps, ayez des convictions, écoutez et affirmez. Ce métier, c’est ça !

L’idéal, mais l’idéal n’existe pas, pour faire ce métier à la Région, serait d’avoir été agent de développement de terrain pour comprendre la réalité de ce qu’est le développement local, de la vie des acteurs, de ce à quoi ils se confrontent, des difficultés auxquelles ils font face, pour comprendre ce qu’ils attendent de nous et comment on peut les aider afin de ne pas être dans une vision trop descendante.

Voilà, pour moi, le développement local, c’est d’abord ça, c’est avoir l’humilité de penser que nous ne savons rien. Mais qu’il nous faut écouter et essayer ensemble. Si les acteurs reconnaissent le travail que je fais c’est parce que je ne dis jamais vraiment non à ce qu’ils veulent faire. Si ça ne convient pas, je leur propose un autre chemin. Je leur fais part des possibilités et des moyens que nous pourrions mobiliser pour faire autrement. Puis, à partir de ça, nous construisons un chemin commun. C’est ça le métier. C’est ni de dire non sans rien proposer, ni d’instruire des dossiers, ni de se réfugier derrière un règlement. Le métier, c’est de vivre le projet avec les acteurs.

 

 

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