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La politique de la ville : fondements, évolutions et enjeux des territoires de Nouvelle-Aquitaine

Publié le 15/07/2026
Temps de lecture : 10 min
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La politique de la ville vise à réduire les inégalités territoriales, à rétablir l’égalité des chances et à améliorer le cadre de vie des habitants des quartiers les plus fragiles des centres urbains. Toutefois, sa mise en œuvre exige une acculturation et une connaissance de ses fondements, des enjeux et du cadre d’action de cette politique publique spécifique.

 

Pour les nouveaux exécutifs récemment arrivés suite aux élections du bloc communal en mars 2026, il s’agit d’un défi de taille, surtout dans un contexte de contraintes budgétaires. C’est pourquoi, le 8 juin dernier, PQN-A a convié les élus de Nouvelle-Aquitaine intéressés à la politique de la ville à un webinaire qui visait à les sensibiliser et les acculturer à cette politique publique. 

Mots introductifs

Ce webinaire a réuni près de 50 personnes autour de plusieurs intervenant(e)s :

  • Benoît Tirant, conseiller régional en charge de la politique de la ville
  • Michel Didier, président du Comité d’Histoire de la Politique de la Ville ;
  • Hervé Guéry, directeur du cabinet Le Compas ;
  • Emilie Marchès, élue déléguée aux solidarités, au CCAS, aux Seniors et au Bien vieillir à la Ville de Mérignac (33) (et déléguée à la politique de la ville sur le mandat précédent) ;
  • Benjamin Fagès, vice-président à Val de Garonne agglomération (47), en charge de la Politique de la ville, de la Jeunesse et de la Prévention de la délinquance.

La mobilisation des politiques régionales et l’engagement de la Région Nouvelle-Aquitaine aux côtés des élus locaux délégués à la politique de la ville

Comme l’a rappelé Benoît Tirant, élu régional délégué à la Politique de la ville au Conseil régional de N-A, les politiques régionales de droit commun sont mobilisées en faveur des quartiers politique de la ville ; et les équipes techniques et politiques du Conseil régional de la Nouvelle-Aquitaine sont engagées aux côtés de ces territoires, pour améliorer les conditions de vie des habitants et des habitantes des quartiers néo-aquitains.


En parallèle de la mobilisation des instruments de droit commun, la Région Nouvelle-Aquitaine porte une politique volontariste de soutien à la politique de la ville :  

Je consulte le règlement d’intervention de la Région N-A

L’intervention de Benoît Tirant fut l’occasion de valoriser certaines actions menées en QPV et financées par la Région Nouvelle Aquitaine, telles que :

  • Action “Découverte des métiers du numérique par les femmes” et accès au programme de mentorat ‘Mentor Elles’, portée par Haut de Garonne développement (33) ;
  • L’animation du CitésLab portée par la Communauté d’agglomération de Pau (64) ;
  • Le programme Mobilim 87 porté par l’association VARLIN Pont Neuf dans les QPV de Limoges (87).

Contact du service politique de la ville du Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine : 

I - Les fondamentaux historiques et actuels de la politique de la ville

1. L’histoire de la politique de la ville (Michel Didier, président du Comité d’histoire de la politique de la ville)

Durant ce webinaire, le Comité d’histoire de la politique de la ville est intervenu pour dresser un panorama historique de la politique de la ville.
Le Comité d’histoire de la politique de la ville est une association nationale créée en 2022 par arrêté interministériel, qui s’appuie sur un conseil scientifique et qui regroupe un ensemble de partenaires, tel que le Réseau des centres de ressources de la politique de la ville et les associations nationales d’élus.


Quelques grands points de repère sur l’histoire de la politique de la ville :

L’émergence de la politique de la ville (1977-1988)

  1. Milieu des années 1970 : mise en œuvre des Opérations Habitat et Vie sociale pour améliorer le cadre de vie dégradé des quartiers.
  2. Années 1980 : structuration des politiques publiques en faveur des quartiers populaires (avec notamment la création de la Commission nationale pour le développement social des quartiers) et arrivée de la gauche au pouvoir.
  3. 1981 : violences urbaines aux Minguettes  - premier dispositif « anti été-chaud » et création des Zones d'Éducation Prioritaire.

Publication de plusieurs grands travaux : 

L’institutionnalisation de la politique de la ville (1988-2003)

  1. 1988-1990 : création du poste de ministre de la Ville, création du Conseil national des villes (CNV) et du Comité interministériel des villes (CIV), déclinaison locale avec les postes de Sous-Préfets Ville, structuration de la gestion intercommunale de la politique de la ville, création des ZUS en 1996 et des contrats de ville en 1998.
  2. 2003 : création du dispositif des adultes relais.


L’agencification de la politique de la ville (2003-2014)

  1. 2003 : loi Borloo d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine.
  2. 2004 : création de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), un tournant pour la politique de la ville.
  3. 2005 : le Plan de cohésion sociale crée le programme de réussite éducative (PRE), fixe les priorités de la politique de la ville autour de l’emploi, du logement et de l’égalité des chances.
  4. Après les émeutes de 2005, une refonte des cadres : création de l’ACSé (Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances), émergence des CUCS qui remplacent les contrats de ville, dont l’objectif est de relier davantage l’urbain et le social, renforcer la contractualisation entre l’Etat et les collectivités.

Un resserrement de l’action (2014 - aujourd’hui)

  1. 2013 : publication du rapport de Mohamed Mechmache et Marie-Hélène Bacqué, “Pour une réforme radicale de la politique de la ville”, issu de la Commission Mechmache.
  2. 2014 : la loi Lamy de programmation pour la ville et la cohésion urbaine  instaure les Quartiers prioritaires de la politique de la ville (1 514 QPV) avec un resserrement sur les quartiers les plus fragiles pour une action ciblée.
  3. 2018 : remise du rapport de Jean Louis Borloo, “Vivre ensemble, vivre en grand : pour une réconciliation nationale”.
  4. 2024 : nouvelle géographie prioritaire et démarrage des contrats de ville Engagements Quartiers 2030 (1 362 QPV).

Une ressource récente produite par le Comité d'histoire de la politique de la ville :

Frise chronologique : les 50 ans de la politique de la ville

2. Quelques repères : éléments de cadrage national sur la politique de la ville aujourd’hui

En 2026, la loi Lamy demeure le cadre législatif de référence de la politique de la ville, récemment complétée par des textes réglementaires récents. 

En effet, plusieurs textes réglementaires  apportent des précisions sur le cadre d’action : 

  • Une nouvelle géographie prioritaire en vigueur depuis janvier 2024 ;
  • Une plus grande latitude accordée aux territoires dans l’écriture des contrats de ville ;
  • Une visibilité sur le calendrier des contrats de ville 2024-2030 ;
  • Une réaffirmation du principe de la participation citoyenne et un certain assouplissement de ses modalités de mise en oeuvre ;
  • Des thématiques clés mises en avant par l’Etat : développement économique (commerces), sécurité et prévention de la délinquance, investissement, santé/santé mentale, entrepreneuriat.

Pour en savoir plus sur les grandes actualités réglementaires de ces dernières années :

Je clique ici

Pour en savoir plus sur les actualités nationales phares de la politique de la ville en 2026 : 

Je clique ici

Pour en savoir plus sur les priorités nationales énoncées lors du dernier Comité interministériel des villes de 2025 : 

Je clique ici

Une ressource nationale phare pour les élus locaux à la politique de la ville : l’Association Ville et Banlieue de France

Depuis 1983, l’Association des Maires Ville & Banlieue de France fédère un ensemble d’élus qui portent la politique de la ville. L’ambition de ce réseau d’élus est double : “favoriser le développement des quartiers les plus fragiles du territoire et valoriser l’image des villes de banlieue”.

Pour en savoir plus sur Ville et Banlieue :

Je clique ici

II - Les territoires prioritaires en France et en Nouvelle-Aquitaine

En 2024, le périmètre de la géographie prioritaire s’est élargi et la population concernée a augmenté du fait d’un étalement de la pauvreté. En France hexagonale, il y a désormais 1362 QPV, ce qui représente 5,3 millions d’habitants, soit 8% de la population. En Nouvelle-Aquitaine, la politique de la ville “pèse peu” (c’est 3,7% de la population régionale, répartie sur 83 QPV, 26 EPCI et 46 communes) comparativement à d’autres régions, mais dans les territoires politique de la ville néo-aquitains, la précarité est forte. 

Pour en savoir plus sur la nouvelle géographie des quartiers prioritaires :

En 2024, PQN-A a réalisé une analyse régionale des 26 contrats de ville de Nouvelle-Aquitaine, afin d’observer leur processus de fabrication, les modèles de gouvernance, les modalités de participation citoyenne, les signataires, la mobilisation du droit commun, ainsi que le contenu de ces contrats.

Pour consulter le webinaire de synthèse de cette analyse régionale : 

Je clique ici

III - Enjeux et spécificités des quartiers en N-A (Hervé Guéry, directeur du cabinet Le Compas)

1. Une surreprésentation des populations fragiles parmi les QPV de Nouvelle-Aquitaine :

  • 4% des 15 ans et plus non scolarisés et non diplômés (1,3 fois plus que dans l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine)
  • 12% de la population immigrée (4 fois plus que dans l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine)
  • 1% des cadres de la région (3 fois moins que dans l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine)
  • 15% des chômeurs sans voiture (5 fois plus que dans l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine)

2. L'effet quartier

L’effet quartier, c’est reconnaître qu’habiter ces territoires met ses habitantes et habitants dans des situations plus difficiles que s’ils habitaient, à situation individuelle équivalente, dans un territoire hors quartier politique de la ville. Tout simplement, « l’effet quartier », c’est observer qu’à situation équivalente, le territoire a un effet négatif sur l’évolution de la situation de ses habitant(e)s. C’est ce qu’Hervé Guéry tend à démontrer par l’analyse présentée dans ce webinaire, à travers plusieurs sujets clés.

Pour en savoir plus sur les conséquences de “l’effet quartier” :

Je clique ici

3. Quelques enjeux clés des QPV de Nouvelle Aquitaine

  • Répartition de la population des QPV par tranche d’âge
  • L’occupation des logements
  • L’isolement selon le sexe et l’âge
  • Dynamiques de peuplement 
  • La monoparentalité
  • Ressources financières
  • Santé (handicap)
  • Emploi et activité (auto-entrepreneuriat dans les quartiers)
  • Participation à des activités collectives sportives
  • Consommation énergétique

Pour en savoir plus sur les éléments d’analyse présentés par Hervé Guéry : 

IV - Quel rôle, quelles missions, quels défis pour les élus à la politique de la ville ? (Émilie Marchès élue à la Ville de Mérignac et Benjamin Fagès, vice-président à Val-de-Garonne Agglomération)

1. Qu’est-ce que la politique de la ville pour vous ? Pourquoi cet engagement ?

Émilie Marchès : “La politique de la ville m’a choisie (...). C’est un territoire attachant, on ne peut pas faire de la politique en se distanciant des habitants. (...). C’est aussi un acte militant [de s’engager sur la politique de la ville]”. Derrière l’engagement d’Emilie Marchès, se trouve la volonté de sortir les habitant(e)s des QPV du déterminisme social qui les définit aujourd’hui ; mais aussi d’expérimenter, car “la politique de la ville c’est aussi un laboratoire, une manière d’expérimenter, dont il faut se saisir”.


Benjamin Fagès : “en tant que maire d’une commune rurale de 800 habitants, en arrivant sur la délégation de la politique de la ville, je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais, à l’époque”. Sur le précédent mandat électoral, le choix réalisé par Val-de-Garonne Agglomération a été de confier la délégation politique de la ville au maire d’une commune très rurale, afin de faciliter les relations avec les autres élus des communes hors QPV et les autres délégations portées par les élus intercommunaux, tout en travaillant l’acceptabilité de cette politique publique vis à vis des différents acteurs de droit commun. Ce choix a été reconduit sur la nouvelle mandature.


“Il faut mobiliser le droit commun au service du QPV : il faut travailler avec les partenaires pour agir”. “C’est une délégation assez technique qui demande une acculturation”.

2. Comment avez-vous trouvé votre place au sein de la gouvernance de la politique de la ville sur votre territoire, auprès des différents acteurs (autres élus, services techniques, services de l’Etat, partenaires associatifs) ?

Émilie Marchès : La politique de la ville à Mérignac, c’est deux “petits” quartiers par rapport au reste de la ville. Mais “l’élue à la politique de la ville ne peut pas faire seule” : il y a les services techniques, le tissu associatif, les autres délégations politiques. Il faut réussir à embarquer les autres élus, les délégués à la jeunesse, à la santé,...Il faut acculturer et sensibiliser à ce qu’est la politique de la ville. 
Pour embarquer à plus large échelle que les seuls partenaires du contrat de ville, la Ville de Mérignac a réalisé en septembre 2023 un événement d’ampleur, les assises politique de la ville : pour réunir et associer élu(e)s des autres délégations de la ville, acteurs institutionnels, partenaires associatifs des QPV, services internes de la ville, et aboutir ainsi à des pistes opérationnelles pour les deux QPV.


Benjamin Fagès : la délégation politique assez large de Benjamin Fagès (jeunesse, prévention de la délinquance, accès aux droits, gens du voyage..), est un atout pour mieux embarquer les élus locaux qui portent ces sujets-là et pour avoir une vision globale et transversale. Le fait de siéger dans différentes instances de droit commun permet aussi de fluidifier les relations et de nouer des relations de confiance.
“La politique de la ville est l’affaire de tous : des élus municipaux où se trouvent les deux QPV et de l’ensemble des élus de l’Agglomération (...). Certains élus ruraux n’entendent pas forcément les moyens qui sont déployés dans les QPV : il faut savoir les embarquer, leur faire comprendre cette politique publique, car quand les quartiers vont bien, les villes centres vont bien et, quand les villes centres vont bien, l’agglomération va mieux”. 

3. Comment percevez-vous la place des habitantes et habitants des QPV dans la conduite de cette politique publique ?

Benjamin Fagès : “Leur place est centrale, car ils sont les premiers bénéficiaires des actions qui sont mises en place. Mais il faut aller au-delà pour qu’ils soient acteurs de l’élaboration des actions et de leur mise en œuvre”. Toutefois, il est parfois difficile de les mobiliser dans la durée, il faut réussir à trouver les moyens pour qu’ils puissent s’exprimer dans les instances prévues. Il y a eu aussi à un moment donné un problème de posture de la part des élus et des acteurs associatifs partenaires, ne permettant pas aux habitants de prendre leur place.

En tant qu’élu au niveau intercommunal, il est plus difficile d’être en lien direct avec les habitants des quartiers, qui sont davantage habitués à se tourner vers leurs élus communaux en cas de besoin. “Il faut construire cette relation en se rendant dans les quartiers, en allant aux événements organisés, tels que Quartiers d’été, les groupes de travail. Il faut être bien identifié”.


Émilie Marchès :  “Au départ, j’étais moi-même habitante de QPV, j’ai été conseillère citoyenne.” ; “Un mandat municipal est un mandat de proximité, d’autant plus lorsque les fragilités sont encore plus prégnantes”. On s’interroge souvent sur la place des habitants, mais il faut aussi se demander “quelle est la place de l’élu pour les habitants ? Qu’attendent-ils de nous ?”. 

4. Qu’auriez-vous aimé savoir au début de votre mandat qui vous aurait été utile pour la suite ?

  • Avoir conscience que “le temps nécessaire à la mise en oeuvre des projets n’est pas le même que le temps souhaité par les habitants” (Benjamin Fagès) ; 
  • Le travail en réseau : savoir travailler en équipe avec les différents partenaires et les habitant(e)s, prendre ce temps de la rencontre ;
  • Comprendre les dispositifs de la politique de la ville qui peuvent être complexes, en s’appuyant sur des structures ressources, telles que PQN-A ;
  • Combattre les préjugés sur la politique de la ville ;
  • Se donner une marge de liberté au-delà du contrat de ville qui est un instrument contraignant : faire un pas de côté pour expérimenter. 

Contact PQN-A

Charlie Delorme, chargée de mission politique de la ville / Tél : 07 57 00 54 59

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