Émilie Marchès : “La politique de la ville m’a choisie (...). C’est un territoire attachant, on ne peut pas faire de la politique en se distanciant des habitants. (...). C’est aussi un acte militant [de s’engager sur la politique de la ville]”. Derrière l’engagement d’Emilie Marchès, se trouve la volonté de sortir les habitant(e)s des QPV du déterminisme social qui les définit aujourd’hui ; mais aussi d’expérimenter, car “la politique de la ville c’est aussi un laboratoire, une manière d’expérimenter, dont il faut se saisir”.
Benjamin Fagès : “en tant que maire d’une commune rurale de 800 habitants, en arrivant sur la délégation de la politique de la ville, je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais, à l’époque”. Sur le précédent mandat électoral, le choix réalisé par Val-de-Garonne Agglomération a été de confier la délégation politique de la ville au maire d’une commune très rurale, afin de faciliter les relations avec les autres élus des communes hors QPV et les autres délégations portées par les élus intercommunaux, tout en travaillant l’acceptabilité de cette politique publique vis à vis des différents acteurs de droit commun. Ce choix a été reconduit sur la nouvelle mandature.
“Il faut mobiliser le droit commun au service du QPV : il faut travailler avec les partenaires pour agir”. “C’est une délégation assez technique qui demande une acculturation”.
Émilie Marchès : La politique de la ville à Mérignac, c’est deux “petits” quartiers par rapport au reste de la ville. Mais “l’élue à la politique de la ville ne peut pas faire seule” : il y a les services techniques, le tissu associatif, les autres délégations politiques. Il faut réussir à embarquer les autres élus, les délégués à la jeunesse, à la santé,...Il faut acculturer et sensibiliser à ce qu’est la politique de la ville.
Pour embarquer à plus large échelle que les seuls partenaires du contrat de ville, la Ville de Mérignac a réalisé en septembre 2023 un événement d’ampleur, les assises politique de la ville : pour réunir et associer élu(e)s des autres délégations de la ville, acteurs institutionnels, partenaires associatifs des QPV, services internes de la ville, et aboutir ainsi à des pistes opérationnelles pour les deux QPV.
Benjamin Fagès : la délégation politique assez large de Benjamin Fagès (jeunesse, prévention de la délinquance, accès aux droits, gens du voyage..), est un atout pour mieux embarquer les élus locaux qui portent ces sujets-là et pour avoir une vision globale et transversale. Le fait de siéger dans différentes instances de droit commun permet aussi de fluidifier les relations et de nouer des relations de confiance.
“La politique de la ville est l’affaire de tous : des élus municipaux où se trouvent les deux QPV et de l’ensemble des élus de l’Agglomération (...). Certains élus ruraux n’entendent pas forcément les moyens qui sont déployés dans les QPV : il faut savoir les embarquer, leur faire comprendre cette politique publique, car quand les quartiers vont bien, les villes centres vont bien et, quand les villes centres vont bien, l’agglomération va mieux”.
Benjamin Fagès : “Leur place est centrale, car ils sont les premiers bénéficiaires des actions qui sont mises en place. Mais il faut aller au-delà pour qu’ils soient acteurs de l’élaboration des actions et de leur mise en œuvre”. Toutefois, il est parfois difficile de les mobiliser dans la durée, il faut réussir à trouver les moyens pour qu’ils puissent s’exprimer dans les instances prévues. Il y a eu aussi à un moment donné un problème de posture de la part des élus et des acteurs associatifs partenaires, ne permettant pas aux habitants de prendre leur place.
En tant qu’élu au niveau intercommunal, il est plus difficile d’être en lien direct avec les habitants des quartiers, qui sont davantage habitués à se tourner vers leurs élus communaux en cas de besoin. “Il faut construire cette relation en se rendant dans les quartiers, en allant aux événements organisés, tels que Quartiers d’été, les groupes de travail. Il faut être bien identifié”.
Émilie Marchès : “Au départ, j’étais moi-même habitante de QPV, j’ai été conseillère citoyenne.” ; “Un mandat municipal est un mandat de proximité, d’autant plus lorsque les fragilités sont encore plus prégnantes”. On s’interroge souvent sur la place des habitants, mais il faut aussi se demander “quelle est la place de l’élu pour les habitants ? Qu’attendent-ils de nous ?”.