Les leviers d'action pour agir
Les collectivités disposent de nombreux leviers pour agir sur les facteurs qui influencent la santé des habitants. Alimentation, habitat, environnement, mobilités, éducation, emploi, lien social ou encore accès aux droits : autant de champs d’action qui peuvent contribuer à améliorer la santé et à réduire les inégalités territoriales.
Ces actions s’inscrivent dans des cadres nationaux et régionaux et peuvent s’appuyer sur les démarches et dispositifs présentés dans le premier article dédié aux modalités d'action.
Agir sur les déterminants de santé, c’est agir pour prévenir l’apparition de la maladie. L’alimentation, l’activité physique ou encore la lutte contre la sédentarité sont des leviers puissants pour réduire les risques de maladies chroniques et préserver l’autonomie tout au long de la vie.
Alimentation : favoriser une alimentation de qualité accessible à tous
L’alimentation joue un rôle déterminant dans la prévention des maladies chroniques, mais c’est aussi un enjeu social, économique et environnemental. À travers la restauration collective, les PAT, le soutien aux filières locales, la réduction de l'usage des produits phytosanitaires ou les actions de lutte contre la précarité alimentaire, les collectivités peuvent améliorer l’accès à une alimentation de qualité tout en renforçant les systèmes alimentaires locaux.
Créés par la loi d’avenir agricole de 2014 et labellisés par le ministère de l’Agriculture, les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) illustrent particulièrement bien cette approche transversale. En travaillant simultanément sur l’alimentation, l’agriculture, le développement économique, la précarité, l’éducation et les circuits courts, ils permettent de mobiliser une grande diversité d’acteurs : collectivités, agriculteurs, établissements scolaires, entreprises, associations, professionnels de santé et habitants.
La SNANC les reconnaît comme des leviers structurants pour promouvoir « une alimentation durable favorable à la santé pour tous » et « une meilleure articulation entre les dispositifs existants ». En Nouvelle-Aquitaine, la Région et la DRAAF accompagnent les collectivités dans cette démarche.
Le PAT du Pays Basque a permis de dépasser les clivages entre rural et urbain, entre précarité et accès à une alimentation de qualité. Aujourd’hui, manger sain et local n’est plus un privilège, mais un droit pour tous.
Habitat, urbanisme et cadre de vie
Le logement est l'un des déterminants les plus importants de la santé. Un habitat dégradé, humide ou mal isolé favorise les maladies respiratoires, accentue la précarité énergétique et renforce l'isolement social. En Nouvelle-Aquitaine, 10 % des ménages consacrent plus de 10 % de leurs revenus aux dépenses énergétiques (INSEE, 2024) et 15 % des logements dans les quartiers prioritaires sont considérés comme indignes (ORS Nouvelle-Aquitaine, 2025).
Plus largement, la qualité de l'environnement de vie (accès aux espaces verts, aménagement des espaces publics, lutte contre les nuisances) influence directement la santé physique et mentale. Rénovation énergétique, adaptation des logements au vieillissement, aménagement des espaces publics sont des leviers à disposition des collectivités. Les PLUi, les OPAH ou encore les Études d'impact sur la santé permettent d'intégrer ces enjeux dans les projets territoriaux.
Environnement et climat
Qualité de l'air, nuisances sonores, expositions aux pollutions, biodiversité et changement climatique ont des conséquences directes sur la santé. En Nouvelle-Aquitaine, la pollution aux particules fines contribue à environ 3 000 à 4 000 décès prématurés par an (Atmo France / Santé Publique France). La région est également concernée par l'usage agricole de produits phytosanitaires : selon l'Inserm (2024), certaines populations exposées présentent un risque accru de 20 à 30 % pour plusieurs pathologies.
Les PCAET constituent un cadre privilégié pour concilier adaptation climatique et amélioration de la santé des habitants. Les collectivités peuvent aussi mobiliser les EIS afin d'anticiper les effets de leurs projets d'aménagement. Le Plan régional santé environnement et la feuille de route Néo Terra apportent un cadre régional à ces démarches.
Emploi, éducation et santé
Le niveau d’éducation et les conditions d’emploi sont parmi les déterminants de santé les mieux documentés. Les hommes diplômés du supérieur vivent en moyenne 8 ans de plus que ceux sans diplôme ; l’écart est de 5,4 ans chez les femmes (INSEE, juillet 2024). Le chômage, la précarité professionnelle ou des conditions de travail difficiles fragilisent la santé physique et mentale, tandis qu’un emploi stable favorise les revenus, l’insertion sociale et l’accès aux droits (INRS, 2021). Les collectivités peuvent agir sur ces déterminants à travers leurs politiques d’insertion, de formation et de développement économique local.
Mobilités et activité physique
Les déplacements du quotidien influencent à la fois l'activité physique, la qualité de l'air et l'accès aux services. Les personnes insuffisamment actives présentent un risque de décès accru de 20 à 30 % ; dans la région européenne de l'OMS, près d'un million de décès par an seraient liés à l'inactivité physique (OMS, 2024). Pratiquer le vélo environ 100 minutes par semaine permettrait de réduire la mortalité de 10 % (Réseau vélo et marche, 2026).
En développant les mobilités actives, les infrastructures cyclables, les cheminements piétons ou les solutions de mobilité en milieu rural, les collectivités agissent simultanément sur plusieurs déterminants de santé tout en répondant aux enjeux environnementaux.
Lien social, participation et santé mentale
Le bien-être dépend aussi de la qualité des relations sociales et de la capacité des habitants à participer à la vie de leur territoire. En Nouvelle-Aquitaine, près d'un tiers des habitants (32 %) se trouve en situation d'isolement relationnel et près d'un quart (24 %) se sent seul (Fondation de France, février 2026). Ces difficultés sont souvent accentuées par un accès limité aux services ou aux mobilités, notamment dans certains territoires ruraux ou quartiers prioritaires.
À l'inverse, la vie associative, les pratiques culturelles et sportives, les démarches participatives et les actions de prévention en santé mentale contribuent à renforcer la cohésion sociale et à réduire les inégalités. Les CLSM constituent un outil particulièrement utile pour coordonner les acteurs concernés.
Numérique et accès aux droits
Le numérique est devenu un facteur déterminant dans l'accès aux droits, à l'information et aux soins. La dématérialisation croissante des démarches peut toutefois accentuer certaines inégalités — pour les personnes âgées, les publics précaires ou les habitants des territoires moins bien connectés. Pour ces publics, elle peut conduire à un non-recours aux aides ou à un renoncement aux soins lorsque les démarches sont dématérialisées.
Les usages numériques soulèvent également des enjeux de santé directe : une exposition excessive aux écrans est associée à une augmentation d'environ 30 % du risque de troubles du sommeil chez les jeunes (Santé Publique France / Inserm). La Stratégie Nationale de Santé (SNS) fixe les grandes priorités de santé publique.