Cliquez ici pour fermer la fenêtre
Rechercher
Remonter en haut de la page
20250912_103909 p

Comprendre les précarités pour agir

Publié le 16/01/2026
Temps de lecture : 10 min
  • Partager
  • Partager sur facebook
  • Partager sur linkedin

Les précarités (économiques, alimentaires, numériques, énergétiques) représentent un enjeu majeur pour les territoires. Souvent cumulatives et entremêlées, elles affectent durablement les conditions de vie et appellent des réponses dépassant les approches sectorielles.

 

Pays et Quartiers de Nouvelle-Aquitaine (PQN-A), votre centre de ressources sur le développement territorial, éclaire ces enjeux en proposant analyses, ressources et initiatives inspirantes qui permettent d’objectiver, de mieux comprendre les mécanismes de précarité et de mobiliser des leviers d’action. Face à ces défis, les territoires sont invités à transformer leurs pratiques, expérimenter des solutions et progresser vers des transitions plus justes.

Sommaire

Pour faciliter la lecture de cet article, retrouvez le sommaire de cette analyse :

- Les précarités : de quoi parle t-on ?

  • Comprendre la précarité : des notions d’insécurité et de dépendance
  • La précarité : une réalité multidimensionnelle et cumulative
  • Données de cadrage pour appréhender les multiples précarités 

- Des impacts multiples sur les territoires, des conséquences directes pour les habitants

- Mobiliser les leviers d’action pour lutter contre les précarités : du national au local

  • Politiques publiques, mise en oeuvre départementale et démarches territoriales  : une combinaison et complémentarité d’actions
  • Objectiver les vulnérabilités pour ajuster les réponses 
  • Impliquer les citoyens et promouvoir la coopération entre acteurs locaux
  • Garantir la transversalité et la coordination des politiques publiques 

- Le développement territorial, un moteur pour renforcer les transitions et réduire les précarités

- Illustrations - S’inspirer d’actions sur les territoires

Les précarités : de quoi parle-t-on ?

Comprendre la précarité : des notions d’insécurité et de dépendance

Le mot précarité vient du latin precarius, qui signifie « obtenu par la prière », « accordé par faveur », « révocable à tout moment ».  À l’origine, est précaire ce qui ne nous appartient pas vraiment, ce qui dépend du bon vouloir d’un autre et peut nous être retiré à tout instant. Cette idée de fragilité, d’incertitude et de dépendance est donc inscrite dans l’essence même du mot.

Au fil du temps, le sens s’est élargi. Aujourd’hui, il recouvre un champ beaucoup plus large, englobant l’ensemble des situations d’insécurité sociale et de privation de droits fondamentaux. 

Pour en savoir plus : 

Plaquette - Comprendre la pauvreté, ATD Quart Monde 

La précarité est l’absence d’une ou plusieurs des sécurités permettant aux personnes et familles d’assumer leurs responsabilités élémentaires et de jouir de leurs droits fondamentaux. 

Rapport de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme (1987)

La précarité : une réalité multidimensionnelle et cumulative

Comme le rappelle le sociologue Serge Paugam, « la précarité s’inscrit dans une dynamique cumulative où les fragilités se renforcent mutuellement ». Ce qu’il nomme la spirale de la disqualification sociale décrit bien ce processus : une première rupture (perte d’emploi, isolement, problème de santé, difficulté d’accès au numérique) peut fragiliser la personne, puis entraîner d’autres vulnérabilités. On glisse alors d’une insécurité économique vers une insécurité relationnelle, puis statutaire, créant des formes de mise à distance et de décrochage vis-à-vis de la société. 

La précarité ne se limite donc pas à un seul manque ou à un seul champ : elle est multidimensionnelle et transversale. Elle est aussi un phénomène vivant, mouvant, systémique. Qu’elle soit économique, énergétique, numérique, sociale ou territoriale, aucune ne peut être comprise isolément, car chacune peut être à la fois cause et conséquence des autres.

Comprendre ces enchaînements est indispensable pour construire des réponses territoriales globales, capables de soutenir les personnes dans toute la complexité de leurs parcours. Cette réalité concerne l’ensemble des territoires, urbains comme ruraux, où les populations en situation de précarité rencontrent des difficultés spécifiques liées à leur cadre de vie.

C’est bien parce que cette réalité est systémique et qu’elle traverse toutes les dimensions de la vie sociale et territoriale qu’elle interpelle directement notre pacte collectif. Comme le rappelle Eric Labadie, Commissaire à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, Préfecture de la Région N-A : “Agir contre la précarité, c’est un enjeu de liberté, égalité et fraternité et répond donc à l’essence même du pacte républicain.”
 

Pour aller plus loin :

Pauvreté : un enfant sur trois subit au moins une privation matérielle -  La Rédaction, 19/11/2025,

Notre “Etat de la pauvreté en France 2025” - Secours Catholique Caritas France, 7/11/2025

Tout est lié… rien n’est figé. 

Secours catholique

 

Comprendre ces enchaînements est indispensable pour construire des réponses territoriales globales, capables de soutenir les personnes dans toute la complexité de leurs parcours. Cette réalité concerne l’ensemble des territoires, urbains comme ruraux, où les populations en situation de précarité rencontrent des difficultés spécifiques liées à leur cadre de vie.

C’est bien parce que cette réalité est systémique et qu’elle traverse toutes les dimensions de la vie sociale et territoriale qu’elle interpelle directement notre pacte collectif. 
 

Pour aller plus loin :

Pauvreté : un enfant sur trois subit au moins une privation matérielle -  La Rédaction, 19/11/2025,

Notre “Etat de la pauvreté en France 2025” - Secours Catholique Caritas France, 7/11/2025

Agir contre la précarité, c’est un enjeu de liberté, égalité et fraternité et répond donc à l’essence même du pacte républicain.

Eric Labadie, Commissaire à la prévention et à la lutte contre la pauvreté Préfecture de la Région N-A

Données de cadrage pour appréhender les multiples précarités

Les événements organisés par PQN-A, nourris par l’expertise de professionnels, permettent d’illustrer en chiffres l’ampleur  et la diversité des précarités présentes en France et en Nouvelle-Aquitaine (économique, alimentaire, énergétique, numérique, liées au vieillissement…).
 

Précarité économique : insécurité matérielle et financière qui empêche de répondre durablement aux besoins essentiels (logement, alimentation, santé, énergie…).

En 2023, en France, près de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. C’est le plus haut niveau de pauvreté depuis trente ans. Dans les Quartiers Politique de la Ville (QPV) de Nouvelle-Aquitaine, près d’un habitant sur deux est concerné. 

Source : Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (Insee), 2023

*Seuil de pauvreté : revenu disponible inférieur à 1 288 euros par mois pour une personne seule et de 2 705 euros pour un couple avec deux enfants âgés de moins de 14 ans.”

Pour aller plus loin :  Article - 2023, le taux de pauvreté et les inégalités de niveau de vie en France - PQN-A, 23/07/2025
 

Précarité alimentaire : incapacité d'accéder à une alimentation suffisante, diversifiée, de qualité et la possibilité d’être acteur de son alimentation

En 2023, les prix alimentaires ont augmenté de 14% et un français sur six déclarait ne pas manger à sa faim (Secours Catholique, 2024). En Nouvelle-Aquitaine, plus de 230 000 personnes  soit 3% de la population dépendent de l’aide alimentaire pour se nourrir et cette précarité continue de s’aggraver. (CREDOC, 2023).

Pour aller plus loin :  Article - Lutter contre la précarité alimentaire : diagnostic et gouvernance - PQN-A, 11/06/2025
 

Précarité numérique : fracture dans l’accès aux équipements et compétences numériques, avec des effets sur l’accès à l’emploi, aux droits et aux services publics.

En 2024, 36 % de population rencontrait des freins dans l’utilisation du numérique (contre 45 % en 2023) - ANCT, 2025. Les jeunes et les personnes âgées sont les publics les plus confrontés à cette précarité, pour des raisons très différentes : les premiers par manque de moyens, et donc d'équipements, les seconds surtout par manque de formation et d’accompagnement.

Pour aller plus loin : 

Article - Baromètre du numérique, les principaux résultats - ANCT, 20/03/2025

Analyse - Etude sur les fragilités numériques  des communes par département de N-A - PQN-A, 24/10/2024 

 

Précarité énergétique : incapacité à se chauffer correctement ou à se déplacer, du fait du coût de l’énergie et de la mauvaise qualité du logement.

En 2022, 18,4 % des ménages de N-A étaient exposés à la précarité énergétique (contre 15,7 % en 2018). 14,9 % des logements de la région sont des « passoires énergétiques » (étiquettes F ou G au DPE), soit environ 433 700 logements.

Pour en savoir plus :

Article - Energie et GES, les premiers chiffres clés 2022 - AREC Nouvelle-Aquitaine, 2022

Article - Une part plus importante de passoires énergétique dans les territoires ruraux - DREAL Nouvelle-Aquitaine, 04/10/2022

 

Des impacts multiples sur les territoires, des conséquences directes pour les habitants

La précarité ne touche pas seulement les individus. Elle a des répercussions sur l’ensemble des territoires, fragilisant la cohésion sociale, l’attractivité économique, la transition écologique et la participation citoyenne. 
 

Précarité alimentaire

La précarité alimentaire dépasse le simple manque de ressources financières. Elle se manifeste par des difficultés d’accès à des produits de qualité, impossibilité de cuisiner dans de bonnes conditions, stigmatisation et impacts sur la santé ou la réussite scolaire des enfants. Pour les territoires, ces difficultés traduisent des enjeux économiques (circuits alimentaires, commerces de proximité), sociaux (inclusion et lien social), culturels et territoriaux. Agir sur la précarité alimentaire revient donc à travailler tout autant sur l’accès aux denrées que sur la structuration des circuits alimentaires, les mobilités, l’inclusion sociale ou encore la dignité des pratiques.

 

Précarité numérique

Loin de concerner uniquement l’équipement ou la connexion, elle affecte directement l’accès aux droits sociaux (CAF, Sécurité sociale…), aux démarches liées à la retraite (Carsat, caisses de retraite), au logement (demandes de logement social) ou encore aux droits des étrangers (préfecture). Elle renforce les inégalités entre ceux qui maîtrisent ces outils et ceux qui en sont éloignés, en zone rurale comme en zone urbaine. Pour les territoires, l’enjeu est alors d’articuler inclusion numérique, accompagnement social et simplification administrative.
 

Précarité économique

La précarité économique fragilise l’ensemble des conditions de vie : logement, mobilité, capacité à faire face aux imprévus. Sur le plan territorial, elle freine l’attractivité et l’innovation, contribue à la fermeture de commerces, aux difficultés de recrutement et à l’affaiblissement des dynamiques entrepreneuriales et coopératives. Les habitants les plus vulnérables cumulent souvent restrictions matérielles et insécurité, accentuant les inégalités et le sentiment d’abandon. Les personnes âgées, notamment dans les quartiers prioritaires, sont particulièrement exposées, l’effet combiné de l’âge et du territoire accélérant la perte d’autonomie.

 

Vulnérabilité énergétique et environnementale

Les ménages modestes, qui consomment souvent le moins par nécessité, ne peuvent pas investir dans la rénovation énergétique, remplacer des équipements vétustes ou accéder à des mobilités durables. Cette situation renforce les inégalités d’exposition aux risques climatiques et limite la participation à la transition écologique. Elle montre que justice sociale et transition environnementale sont profondément liées.

 

Conséquences démocratiques

La précarité a aussi un impact sur la participation citoyenne. Les individus mobilisent prioritairement leurs ressources pour protéger l’accès à l’alimentation, au logement et à la santé, reléguant au second plan leur engagement civique. Cette logique de survie éloigne certains habitants des espaces de décision, réduisant la représentativité et la légitimité des politiques locales.

 

Pour aller plus loin :

Analyse - Précarité et solidarité alimentaire : quels questionnements et pistes d’action ? – PQN-A, 25/02/2025

Article - Justice alimentaire, de quoi parle-t-on ? – PQN-A, 28/09/2020

Analyse - Précarités et numérique : rural, urbain, quels enjeux ? – PQN-A, 28/11/2024

Analyse - Bien vieillir dans les QPV : quels défis, quelles réponses ? – PQN-A, 10/07/2025

 

Mobiliser les leviers d’action pour lutter contre les précarités : du national au local

Pour répondre aux multiples dimensions des précarités, les leviers d’action concrets sont mobilisés à la fois à l’échelle nationale, départementale et locale. 

Politiques publiques, mise en oeuvre départementale et démarches territoriales  : une combinaison et complémentarité d’actions

La lutte contre les précarités repose sur l’articulation entre orientations nationales, pilotage départemental et démarches territoriales. Au niveau national, le ministère chargé des solidarités définit les grandes priorités et pilote des cadres structurants tels que le RSA, le Pacte des Solidarités ou des programmes d’inclusion sociale (enfance et famille, grand âge et handicap). Ces politiques portées par l’Etat fixent des objectifs communs, garantissent l’égalité devant les droits et ciblent les publics les plus vulnérables, comme les familles monoparentales, les personnes âgées isolées…

 

Les départements occupent une place centrale dans cette architecture. Chefs de file de l’action sociale, ils assurent le pilotage opérationnel de nombreuses politiques de solidarité, organisent les services sociaux de proximité et adaptent les orientations nationales aux réalités locales. En lien étroit avec les directions départementales de l’État, les collectivités locales, les associations et les acteurs de l’économie sociale et solidaire, ils coordonnent les financements et construisent des réponses concrètes au plus près des besoins des habitants.

C’est à l’interface de ces niveaux d’action que se situe le commissaire à la lutte contre la pauvreté. Rattaché au préfet de région, il veille à la cohérence entre les priorités nationales et leur mise en œuvre départementale, tout en prenant en compte les spécificités territoriales. Selon Éric Labadie, commissaire à la lutte contre les précarités en Nouvelle-Aquitaine, « le rôle du CLP est à la fois de s’assurer que les politiques de droit commun prennent bien en compte les personnes les plus précaires et, d’autre part, de veiller à ce que ces personnes bénéficient réellement de ces politiques, au nom du principe d’égalité devant la loi garantie par notre Constitution ». Le commissaire a également pour mission d’identifier les particularités propres à chaque territoire, qui peuvent impacter la vie des personnes en situation de pauvreté, afin de proposer des solutions, actions et dispositifs adaptés pour favoriser leur sortie de la précarité.

À l’échelon local, les collectivités territoriales sont également en première ligne pour faire face à l’intensification des précarités et coordonner, avec l’ensemble des acteurs, des réponses concrètes et adaptées. Espaces d’action privilégiés du « dernier kilomètre », elles mobilisent de manière transversale les politiques publiques du logement, de lutte contre les précarités alimentaires, de la politique de la ville, de l’accès aux droits ou encore de l’inclusion numérique. En lien étroit avec les services de l’État, les Régions, les départements, les associations et l’économie sociale et solidaire, elles organisent les complémentarités entre dispositifs, articulent le droit commun et les actions ciblées. Elles peuvent par exemple favoriser les démarches d’« aller vers » ou bien à travers d’outils comme France services jouer un rôle clé pour lutter contre le non-recours et faciliter l’accès effectif aux droits. En prônant une approche systémique, les collectivités peuvent construire des réponses globales et durables pour accompagner les personnes et les territoires les plus fragilisés.
 

Pour aller plus loin :

Parole d’acteur #26 - Eric Labadie : Commissaire à la lutte contre la précarité en Nouvelle-Aquitaine - PQN-A, 2/12/2025

Les ressources produites par le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE)

OCARINA : l’outil cartographique des indicateurs sociaux de Nouvelle-Aquitaine, permettant de caractériser la pauvreté


 

Les parties suivantes explorent plus en détail les leviers d’action concrets mobilisables par les acteurs locaux pour lutter contre les précarités : un diagnostic partagé pour identifier les besoins et priorités sur le territoire, et une gouvernance concertée associant acteurs institutionnels, associatifs et habitants.

Objectiver les vulnérabilités pour ajuster les réponses

Objectiver les précarités, c’est d’abord comprendre les besoins tels qu’ils se vivent dans les territoires. Les diagnostics de territoire permettent de croiser données statistiques, analyses qualitatives et retours d'expériences des acteurs. Isabelle Blanchard (DRAAF N-A), rappelle le rôle central des Projets Alimentaires de Territoires (PAT) pour offrir un cadre et agir contre la précarité alimentaire de manière pérenne à l’échelle d’un territoire, d’une commune, d’un quartier. Les Contrats de ville constituent également des outils pertinents pour objectiver les vulnérabilités dans les quartiers prioritaires, en mobilisant indicateurs, enquêtes et diagnostics sociaux.

Plusieurs outils facilitent également l’analyse locale. Pour  la précarité numérique : la feuille de route France Numérique Ensemble encourage la co-construction de stratégies d’inclusion numérique fondées sur des diagnostics précis. Pour les précarités alimentaires : la Boîte à outils de l’ANSA croise expertises professionnelles, vécus des habitants, études qualitatives et cartographies ; Obsoalim, propose une lecture fine de la précarité alimentaire au niveau des villes et des quartiers. 

Le diagnostic ne se résume pas à collecter des données : c’est un processus de coordination et d’ajustement constant.

Aléna Homo, chargée de mission Alimentation et solidarités CBE du Seignanx

Dans le Seignanx, le Comité du Bassin d’Emploi a construit un diagnostic mobilisant structures, acteurs sociaux et habitants pour mieux comprendre les besoins alimentaires et les modes d’approvisionnement. Cette démarche partagée a ouvert de nouveaux espaces de coopération.

Pour aller plus loin 

Étude - Les fragilités numérique en Nouvelle-Aquitaine - PQN-A, 24/10/2024

Article - Lutter contre la précarité alimentaire : comment diagnostiquer et construire une gouvernance des solutions - PQN-A, 11/06/2025

Article - Contrats de ville 2024-20230 : un nouveau cadre pour repenser la politique de la ville et renforcer la participation citoyenne  - PQN-A, 27/11/2024

Impliquer les citoyens et promouvoir la coopération entre acteurs locaux

La participation des habitants est un levier essentiel pour lutter contre les précarités. Comme le rappelle Valérie Moutinard (PIMMS Médiation Bordeaux) : « Face aux précarités, on ne peut pas réussir seul. On est plus fort en groupe. » Le CESER N-A encourage d’ailleurs une implication des personnes concernées dans les conseils citoyens, espaces de concertation ou conseils de développement afin que leur expertise d’usage oriente les actions publiques.

Cette dynamique touche aussi l’alimentation : un récent webinaire consacré à la démocratie alimentaire montrait combien les citoyens doivent être considérés non seulement comme consommateurs, mais comme co-décideurs capables d’interroger et transformer les modèles alimentaires.

Pour aller plus loin : Analyse – Comment faciliter le pouvoir d’agir des personnes en situation de précarité ? (PQN-A, 16/09/2025)

De nombreuses initiatives territoriales illustrent l’importance de cette implication : les Restos du Cœur ou l’expérimentation de la Sécurité Sociale de l’Alimentation en Gironde valorisent l’expérience des personnes dans la gouvernance ; des projets comme le collectif L’Ain pour l’Autre, la formation-action Alim’activ, le projet MIAMM dans le Seignanx ou encore l’épicerie solidaire co-construite avec les habitants au PETR Monts et Barrages montrent comment la participation renforce les coopérations et pérennise l’action publique locale.

Cette dynamique s’appuie sur une coopération à consolider entre acteurs institutionnels, associatifs et économiques. Lors d’une rencontre régionale sur l’accès à l’emploi, André Chauvet rappelait que la collaboration doit reposer sur la complémentarité et la solidarité. La Cité de l’emploi de Pau en est aussi une illustration, en coordonnant emploi, insertion et solidarité. L’ESS joue également un rôle majeur grâce à des modèles de mutualisation des ressources et des compétences.

 

Pour aller plus loin

Ressource - Coopération économique territoriale : l’ESS et les collectivités au service de l’alimentation durable (PQN-A, 29/09/2025, PDF)

Analyse - La coopération locale pour faciliter l’accès à l’emploi (PQN-A, 14/10/2025)

 

Garantir la transversalité et la coordination des politiques publiques

État, Région et collectivités portent des dispositifs facilitant la mise en cohérence des réponses locales face aux précarités. 

Les Projets Alimentaires de Territoire (PAT) constituent l’un de ces cadres structurants. Ils permettent de coordonner des actions différentes (chèques alimentaires locaux, tarification sociale, paniers solidaires, logistique mutualisée ou encore expérimentations de sécurité sociale de l’alimentation) et de favoriser la convergence entre solidarité, agriculture locale et transition écologique. 

Ces dispositifs s’articulent avec les dispositifs en politique de la ville destinée aux quartiers prioritaires (QPV), et en milieu rural, avec le programme de revitalisation Petites Villes de Demain (PVD). Les Contrats de ville offrent en effet un levier essentiel pour comprendre et agir face aux précarités, notamment alimentaires. Leur approche transversale — croisant emploi, santé, logement, cohésion sociale — contribue à rendre visibles les inégalités locales et à favoriser des gouvernances partagées entre acteurs institutionnels, associatifs et habitants. 

D’autres programmes renforcent aussi cette transversalité : Territoires zéro exclusion énergétique, accompagne les ménages modestes via un ensemblier territorial ; Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée, montre qu’une coopération locale et un redéploiement des ressources peuvent supprimer le chômage de longue durée.

Le développement territorial, un moteur pour renforcer les transitions et réduire les précarités

En combinant objectivation des vulnérabilités, implication des citoyens, coopération entre acteurs locaux et transversalité des politiques publiques, le développement territorial se révèle un moteur essentiel pour construire des réponses adaptées aux différentes vulnérabilités dans les territoires.
 

Depuis de nombreuses années, Philippe Carbasse, chargé de mission à l’UNADEL, analyse les précarités à partir des dynamiques territoriales et des transitions en cours. Pour lui, la question des vulnérabilités n’est ni marginale ni nouvelle dans le champ du développement local : elle en constitue l’un des fondements. Le développement territorial s’est historiquement construit autour d’une approche globale, intégrant les dimensions économiques, sociales et humaines des territoires, bien avant que la notion de transition juste ne s’impose dans le débat public.

Si les démarches de développement local ont toujours accordé une place centrale à la question sociale, la décentralisation des années 1980 a néanmoins favorisé une sectorisation des politiques publiques, rendant plus complexe l’appréhension transversale des précarités. Or, les territoires montrent aujourd’hui qu’il est possible de dépasser ces cloisonnements. Projet de territoire, attractivité, transition écologique et justice sociale peuvent être pensés conjointement, à condition d’adopter une vision systémique et de long terme.

Depuis la fin des années 2010, les crises sociales, énergétiques et climatiques ont accéléré la prise de conscience collective. La notion de transition juste s’est progressivement imposée, soulignant la nécessité d’articuler transformation écologique et lutte contre les inégalités. Rapports nationaux, politiques publiques et stratégies institutionnelles viennent aujourd’hui conforter des dynamiques locales déjà engagées. Cette évolution souligne un constat partagé : les transitions ne peuvent être efficaces si elles ignorent les situations de précarité.

Ces précarités sont multiples et profondément ancrées dans les territoires. Elles s’expriment différemment selon les contextes géographiques et sociaux. En milieu rural, elles se traduisent par l’isolement, la dépendance à la voiture, l’éloignement des services et la difficulté d’accès aux droits. Dans les quartiers prioritaires, elles se cumulent autour du logement, de l’alimentation, de la santé, de l’éducation ou du vieillissement. À ces réalités s’ajoutent les effets du changement climatique, qui accentuent les vulnérabilités existantes et touchent en priorité les populations les plus fragiles.

Face à cette pluralité d’enjeux, le développement territorial apparaît comme un levier essentiel. Il permet de penser les réponses à l’échelle pertinente, au plus près des réalités vécues, en croisant les politiques sociales, environnementales et économiques. En articulant diagnostic, action et coopération entre acteurs, il offre un cadre propice à la construction de réponses adaptées et inclusives.

Selon Philippe Carbasse, trois leviers sont déterminants à l’échelle locale : un diagnostic partagé des vulnérabilités, indispensable pour objectiver les situations de précarité ; la sensibilisation des acteurs à la notion de transition juste, encore insuffisamment comprise ; et la valorisation des initiatives existantes, qu’il s’agisse de projets alimentaires territoriaux, de mobilités solidaires, de ressourceries ou d’expérimentations sociales innovantes.

Ainsi conçu, le développement territorial ne se limite pas à accompagner les transitions : il en devient un moteur. En reconnaissant la diversité des situations locales et en soutenant des démarches collectives, il constitue un levier stratégique pour réduire les précarités et construire des territoires plus justes, résilients et solidaires.

Pour aller plus loin : 

Parole d’acteur #27 - Philippe Carbasse (UNADEL) : “Le territoire est la bonne échelle pour agir sur les précarités et sur la transition juste”. PQN-A, le 3/12/2025


 

Illustrations - S’inspirer d’actions sur les territoires

Comment ces principes de gouvernance, coopération locale, participation prennent forme dans les territoires ? Face à ces formes de précarité multiples, les territoires néo-aquitains passent à l’action en mettant en œuvre des projets inspirants, indispensables pour nourrir l'apprentissage collectif. PQN-A met en lumière ces actions en vous proposant une sélection non exhaustive d’exemples inspirants issus de nos travaux, pour vous aider à passer à l’action.

Alimentation sociale et solidaire

Paniers solidaires et groupements d’achat avec MIAM (33), tarification sociale avec VRAC Bordeaux (33), épiceries sociales à Saint-Bonnet-Briance (87), jardins solidaires à La Rochelle (17), restauration collective en Pays basque (64), association Les Râteleurs (33) pour une éducation alimentaire etc.

Il est possible de concilier prix juste, respect du bénéficiaire et qualité pour faire face aux inégalités d’accès à une alimentation saine et durable. (Re)-visionnez de nombreuses initiatives territoriales issues de la captation vidéo du webinaire “Passage à l’action” du cycle Alimentation sociale et solidaire, le 25 février 2021 . (Re)-découvrez les initiatives menées en Nouvelle-Aquitaine pour une alimentation sociale et solidaire, par PQN-A, 15/02/2021
 

Inclusion numérique et territoires

Café Germaine, un camion qui allie inclusion numérique et lien social en Vendée, un triporteur connecté dans les QPV (33),  acculturation aux usages du numérique avec Périgord online (24), campus connectés à Villeneuve-sur-Lot (47), reconditionnement informatique solidaire en Lot-et-Garonne (47), chantier d’insertion spécialisé dans le reconditionnement informatique en Creuse (23) etc.

Aller vers pour favoriser les liens sociaux… et faire venir, tout se joue beaucoup dans l’animation et le lien avec les gens ! Depuis 2021, PQN-A et Hubikoop ont repéré un grand nombre d’expériences illustrant concrètement comment il est possible d’agir en faveur de l’inclusion numérique. (Re)-découvrez le livret d’expériences inspirantes sur l’inclusion numérique en N-A et au-delà produit le 3 juillet 2024.
 

Économie et insertion 

Allier emploi et réemploi dans la CDC de l’Estuaire et le SMICVAL (33), insertion et mixité pour les femmes réfugiées à Bordeaux (33), valoriser les savoirs-faire pour se former au numérique en Gironde (33), Papiole, entreprise à but d’emploi, à Poitiers (16), un tiers-lieu au service de l’emploi, à Saint-Léonard- de Noblat (24), des entreprises qui s’engagent en QPV, à Guéret (23), I-cycle répare les hommes et les vélos au coeur de la prison de l'Île de Ré (17) etc. 

Recruter des personnes avec des compétences particulières, faire avec les compétences du territoire, c’est avant tout partir de l’humain et des ressources existantes pour créer des activités. (Re)-découvrez le livret d’expériences inspirantes pour accompagner les personnes en situation de demandeurs d’emploi produit à l'occasion d'un webinaire organisé le 4 mai 2021 sur la coopération locale pour l’emploi. 

 

Vieillissement et inclusion sociale 

Autonomisation numériques grâce à l’action des Familles rurales, de Corrèze (19), le jeu vidéo en mode intergénérationnel, au centre social CAP de Tonnay (17), Faits de coeurs" joue la carte de la médiation numérique au domicile des séniors, dans les QPV de la métropole bordelaise (33), une épicerie solidaire pour et par les habitants, à Saint-Bonnet-Briance (87),  etc.

Recréer du lien entre les habitants, qui cohabitaient sans avoir de point de contact ou de lieux où se fréquenter, c’est tout l’enjeu de ce mémo-ressources conçu pour outiller les professionnels de la politique de la ville qui accompagnent de façon directe ou indirecte des personnes âgées résidant dans les zones urbaines défavorisées, ou qui travaillent sur la conception de politiques publiques locales du bien-vieillir (webinaire organisé par PQN-A, le 4 juin 2026). (Re)-découvrez également les défis et ressources utiles pour bien vieillir dans les QPV (webinaire organisé par PQN-A, le 10 juillet 2025).

 

En lien avec :

Découvrez nos derniers contenus :

Rue de centre ville
Vous souhaitez en savoir plus ?
Contactez-nous
Vous souhaitez contribuer ?
Proposez une ressource