Cliquez ici pour fermer la fenêtre
Rechercher
Remonter en haut de la page
village

Comment Créon (33) a résisté au phénomène de dévitalisation

Equipe PQN-A
Publié le 17/09/2019
  • Partager
  • Partager sur facebook
  • Partager sur linkedin
Gironde

Jean Marie Darmian, actuel Vice-président du Conseil général de la Gironde, a été élu municipal de 1983 à 1995 puis Maire de Créon de 1995 à 2014, mais aussi Secrétaire général adjoint de l’Association des maires de France entre 2011 et 2014 et Président de l’Association des villes bastides de Gironde entre 1995 et 2014. Il nous explique comment il a veillé, pendant près de 20 ans, à conforter le rôle du centre-bourg de Créon, à travers notamment un projet urbanistique global et la limitation des constructions en périphérie.

RCB-37

Comment définissez-vous un centre-bourg ? Quel est son rôle ?

Au moyen âge déjà le centre-bourg était un lieu qui remplissait 5 fonctions : le commerce à travers son marché ; l’urbanisme et l’habitat ; les services que pouvaient être la religion ou la justice ; le lien social à travers la place centrale et la mobilité.

 

Aujourd’hui ce n’est pas très différent, une centralité forte consiste à conjuguer intelligemment ces cinq thématiques et de comprendre leurs interactions mutuelles. Il n’est pas possible de penser le commerce sans réfléchir à la manière dont on se rend dans les magasins, sans mener de réflexion sur l’habitat ou sans prendre en compte la capacité des services et des lieux de sociabilité à générer un flux de chalands potentiels. J’ai le souvenir d’un cabinet de consultants transdisciplinaires avec des urbanistes et des sociologues qui nous avait beaucoup éclairé sur la question à Créon à la fin des années 1970.

Prenons le sujet par le bout du commerce de proximité, le territoire du créonnais semble jouir d’un certain dynamisme…

Comme partout, des périphéries commerciales avaient commencé à ouvrir depuis les années 1990 et concurrençaient fortement le commerce de proximité. Il a fallu travailler à un périmètre commerçant plus restreint dans le centre afin que les habitants soient en mesure de trouver ce dont ils ont besoin sans traverser la ville en large et en travers. Aujourd’hui à Créon une enquête a montré que l’on marche davantage pour faire ses courses dans l’hypermarché qui est très vaste, qu’en centre-ville.

Bien entendu, face aux changements des modes de consommation et des prix pratiqués par l’hypermarché, plusieurs commerces ont été contraints d’abdiquer. Il n’était pas envisageable de conserver les quatre boucheries dans le centre de Créon. Mais les commerces qui ont su se différencier par leur offre et revoir leur positionnement ont aujourd’hui une clientèle importante. La boucherie du centre vend par exemple des produits de grande qualité pour lesquels on se déplace.

Nous avons également été attentifs à conserver une offre de commerces variée. Par exemple, un des restaurants de la ville jouit d’une excellente réputation et attire une clientèle des alentours.

Un dialogue quotidien avec tous les commerçants a aussi été nécessaire pour favoriser cette conversion qui a bousculé les façons de faire. Le changement d’horaires, avec une ouverture plus tardive, a par exemple été le résultat de longues discussions. Elle a donné la possibilité aux personnes qui travaillent de faire leurs courses pendant la pause méridienne ou après les heures de bureau. Nous avions aussi mis en place des outils gratuits comme une gazette communale ainsi que d’autres avantages uniquement à destination des commerces de proximité.

 

La pression du secteur privé pour agrandir les périphéries commerciales n’a-t-elle pas rencontrée d’échos au sein de votre mairie ?

La taxe professionnelle, aujourd’hui obsolète, a constitué un argument très fort aux yeux des élus pendant les années 2000. L’argument de la création de nouveaux emplois existait bien entendu. Cependant, en tant que représentant du Conseil Départemental de la Gironde à la CDAC (Commission départementale d’aménagement commercial) depuis 20 ans, je suis en mesure de dire que l’emploi proposé grâce à ces projets commerciaux est souvent un emploi précaire, à temps partiel et jamais présenté en équivalent temps plein… 

Par ailleurs, aucune projection n’est faite concernant les emplois qui risqueraient d’être détruits dans le centre. Il est plus aisé de communiquer sur un nombre brut d’emplois créés que de parler de filière (tourisme, culture, loisirs) créatrice d’emplois disséminés peu visibles.

Il est donc important de se méfier de ces projets. Mais les élus se font séduire car ces emplois peu qualifiés semblent constituer une alternative pour répondre aux personnes les moins bien formées.

 

Maire de Créon pendant près de 20 ans, votre commune n’a pas connu d’importants signes de dévitalisation, comment l’expliquez-vous ?

Lorsque vous jetez un caillou dans l’eau, il dessine des cercles concentriques à la surface. Un centre bourg a ce même aspect. Il est construit au milieu de trois cercles concentriques :

  • Le premier cercle se situe dans un rayon de 600 à 800 mètres de la place centrale ce qui correspond à une distance que l’on effectue volontiers à pied
  • Au sein du second cercle, qui peut aller jusqu’à 2 / 3 kilomètres, on se déplace souvent en vélo. 
  • Au-delà de cette distance, le troisième cercle, c’est la voiture qui est reine. Cela signifie que pour aller faire des courses, quelqu’un qui habite à 3km du centre montera presque nécessairement dans sa voiture

Ces considérations nous ont poussé à créer des pistes cyclables pour inviter les personnes vivant dans les deux premiers cercles à se rendre plus facilement dans le centre. A partir de 2001, nous avons aussi refusé de délivrer tout permis de construire à plus de 800 mètres du centre. Cette règle a malheureusement été en partie détournée car les lots existants pouvaient être divisés. Cependant, de manière générale nous avons été soucieux de limiter l’étalement urbain. J’ai par exemple toujours refusé que des propriétaires fonciers figurent sur ma liste électorale afin d’éviter la collusion avec les intérêts particuliers.

Nous avons également veillé à avoir des entrées séparées et des places de parkings proches du centre afin de faciliter l’accès aux personnes qui vivent plus loin. Ce travail a été mené dans le cadre du PLU et en collaboration avec les Architectes des bâtiments de France. Pour l’ensemble de ce travail, la ville de Créon a été labellisée « Cittàslow ». Ce label distingue les villes pour leur urbanisme à visage humain, favorisant l’échange et le bien vivre.

Aujourd’hui, afin de limiter le coût du foncier, de la mobilité et des réseaux (fibre optique) pour les habitants et afin de leur garantir l’accessibilité aux services, il est important de densifier. J’observe en même temps un idéal collectif qui évolue du triptyque « maison, gazon, télévision » des années 2000 vers celui du « sécurité, service, proximité » qui est plus en phase avec cet urbanisme plus resserré.

 

Quelle place pour les citoyens dans une politique en faveur d’un centre-bourg ?

Construire une politique en faveur de son centre-bourg sans les citoyens, c’est cause perdue même si cela crée de l’agitation. Le dialogue avec les habitants est un sujet auquel je me suis beaucoup intéressé. Nous organisions avec les habitants une réunion par trimestre qui traitait à chaque fois d’un sujet différent (comment on se balade, comment on achète, l’école …) afin d’éviter que la rencontre ne tourne pas autour d’un intérêt particulier. La mairie organisait ausi, une seconde réunion spécifique pour les personnes du 3eme âge et une troisième à destination des jeunes. Ces réunions donnaient l’occasion d’informer les citoyens, des décisions qui avaient été prises ce qui permettait de désamorcer des crises éventuelles. Un hebdomadaire municipal traitait non pas des réalisations de la mairie mais de la vie des habitants.

Nous avions aussi un collège divisé de façon égale entre des professionnels, des citoyens volontaires, des élus et des représentants d’associations locales. Cela crée un équilibre, la démocratie s’exprime et c’est le paradis pour un élu car chaque partie comprend ce qui est possible ou non de faire. Nous avions des difficultés à impliquer les personnes qui ne s’expriment pas volontairement, même à travers le tirage au sort, mais la diversité de ce collège permettait une plus grande représentativité des habitants.

 

Personne ressource

Jean-Marie DARMIAN,
Élu municipal de 1983 à 1995 Maire de Créon de 1995 à 2014
Tel : +33 (0)06 08 05 64 23
Email : jmdarmian@club-internet.fr

En lien avec :

Découvrez nos dernières fiches d'expérience

Rue de centre ville
Vous souhaitez en savoir plus ?
Contactez-nous
Vous souhaitez contribuer ?
Proposez une ressource